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Le sacré et le social

En ce premier dimanche de l’Avent 2009, le nouveau missel, dit de Paul VI, fête ses quarante ans. Cette réforme liturgique dans le prolongement du Concile Vatican II a profondément marqué l’Église, certains pays, et notamment, la France plus que d’autres. Évènement positif à bien des égards, elle a également provoqué des tensions et suscité des excès. La récente libéralisation de la forme extraordinaire du rit romain, dite messe traditionnelle, a réveillé certains débats dépassés mais a pu aussi susciter une redécouverte du sens de la liturgie et de son importance dans la vie chrétienne, y compris dans l’engagement social. C’est uniquement sur ce point que je voudrais aborder la question ici en rappelant une idée simple : l’eucharistie est la source de l’engagement chrétien dans la société.

Continuité. Le nouveau missel n’est pas une rupture par rapport à la liturgie traditionnelle. Ainsi que le rappelle Benoît XVI dans la lettre accompagnant le Motu proprio Summorum pontificum :

Il n’y a aucune contradiction entre l’une et l’autre édition du Missale Romanum. L’histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture.

La confrontation des fidèles attachés à l’une ou l’autre forme de l’unique rite romain est totalement stérile et sans objet. Elle blesse tristement l’unité pour des raisons parfois plus politiques que spirituelles, comme l’a démontré le schisme des Lefebvristes. La forme ordinaire du rit romain n’a d’ailleurs pas abrogé le missel de Pie V, réformé par le Bienheureux Jean XXIII. Par certains aspects, d’ailleurs, il a renoué avec de très anciennes pratiques de l’Eglise. La prière universelle en est sans doute le plus bel exemple. L’importance du caractère social de la liturgie est par ailleurs bien mise en valeur dans le missel de Paul VI.

En revanche, on peut regretter certains excès dans la mise en œuvre de la réforme liturgique. Si le missel de Paul VI a renouvelé le sens de la participation des fidèles à la liturgie, certaines pratiques ont contribué à désacraliser la messe. Les concours d’inventivité au sein des paroisses ont parfois transformé la messe en un show accompagnant un sympathique dîner entre amis. La recherche de la pauvre simplicité a parfois tourné à la misère. L’abandon du chant grégorien a donné lieu à des vocalises approximatives sur des textes d’une niaiserie sans borne. D’une certaine façon Sommorum pontificum peut être une occasion de

relancer le mouvement liturgique qui… s’était un peu enlisé dans les méandres marécageux d’une créativité débridée et de déformation arbitraires (Mgr Aillet)

Le renouvellement du mouvement liturgique implique que l’on sache tirer le meilleur partie des deux formes du rit romain. Le chrétien doit avoir conscience en même temps de participer, et non seulement d’assister, à une liturgie eucharistique reflétant la liturgie céleste et d’être appelé à l’action sociale voire politique en tant que chrétien, et non seulement en chrétien. Bref, la liturgie nous constitue réellement en corps du Christ.

Le corps du Christ. Par la communion eucharistique, nous sommes assimilés au corps du Christ. Les théologiens expliqueraient sans doute cela très bien. Je n’en citerais qu’un seul ici : William T. Cavanaugh. Reprenant une idée présente chez Henri de Lubac, Cavanaugh part du constat que l’Eucharistie fait l’Église pour mettre en évidence que l’Église n’est pas une association comme les autres réunissant ses membres pour des banquets hebdomadaires. Corps eucharistique, elle est universelle et publique. Un corps ne peut être gardé secret au fond de soi. Cela condamne à l’échec toute tentative de politique d’enfouissement comme celle que l’on a connue, avec le succès que l’on sait, depuis quelques décennies. L’exemple dramatique du Chili est la source de la réflexion de Cavanaugh dans Torture et eucharistie. L’enfouissement des chrétiens a rendu leur parole inaudible lors de l’installation de la dictature de Pinochet. Seul le refus de la privatisation de la foi a permis, y compris par l’excommunication des tortionnaires, de résister à un État dictatorial. Dans un registre moins dramatique, la nouvelle évangélisation prend acte de cet échec et s’engage  dans une annonce explicite de l’Évangile. L’économie de communion fournit une autre illustration de cette démarche à laquelle Caritas in veritate vient donner toute sa légitimité.

Dans l’Eucharistie, nous ne consommons pas simplement le corps du Christ ; nous sommes consommés par Lui. Cela nous engage à être dans le monde nourriture pour nos frères. Autrement dit, une meilleure compréhension de la liturgie eucharistique dans toutes ses dimensions, bien que développées différemment par chaque forme du rit romain, conduit à l’engagement :

Le mystère de l’Eucharistie nous rend apte et nous pousse à un engagement courageux dans les structures de notre monde, pour y apporter la nouveauté de relations qui a sa source inépuisable dans le don de Dieu… Le chrétien laïc en particulier, formé à l’école de l’Eucharistie, est appelé à assumer directement sa responsabilité politique et sociale (Benoît XVI).

Il est parfois difficile de suivre l’actualité bessonienne. Même si son doigt a été dépassé par la main d’un autre, les diverses sorties ministérielles s’enchaînent à un rythme soutenu. Elles illustrent assez bien l’ambiguïté du débat sur l’identité nationale. Le travail est au noir, le mariage est blanc ou, pire, gris… la patrie semble bien grise. Continuer à lire »

De la postéromanie (II)

Le 15 octobre 2009, le président du tribunal de grande instance de Rennes a rejeté la demande de Fabienne Justel tendant à la restitution du sperme que son mari avait déposé quelques années auparavant avant son décès fin 2008. La décision était attendue notamment par les journalistes mais elle n’est pas surprenante. Il faut simplement rappeler que la question du transfert de l’insémination post mortem ne doit pas être confondue avec la question du transfert post-mortem d’embryons (Evans c/ RU). Elle est en réalité beaucoup plus simple dans la mesure où il s’agit uniquement de gamètes et non d’embryons humains, autrement dit de petits êtres humains congelés. Je n’aborderai ici (comme  précédemment) que la question de l’insémination post-mortem en présentant succintement la décision rendue la 15 octobre 2009.

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Un groupe de députés socialistes a déposé une proposition de loi qui sera discutée demain 19 novembre. Elle a déjà suscité des débats animés (ici notamement). Il n’y a que peu de risque qu’elle soit adoptée mais le simple fait que la question se pose à nouveau et soit portée devant l’Assemblée nationale par une partie importante du groupe socialiste est triplement révélateur. Continuer à lire »

Ma vie pour la tienne, dont le titre original (livre comme film) est My Sister’s Keeper, aborde une question à l’importance pratique assez réduite mais à la portée symbolique considérable. Je veux parler ici de la pratique dite du bébé médicament. En quoi cela consiste-t-il ? Il s’agit d’une utilisation particulière du diagnostic préimplantatoire permettant la naissance d’un enfant, sélectionné à cette fin, dont on pourra utiliser le sang de cordon, voire d’autres éléments du corps, afin de soigner un aîné malade.

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Ce petit billet a uniquement pour objet de pointer une erreur (volontaire?) de la plupart des journalistes ayant traité de l’affaire de Besançon. Rappel des faits : une femme vivant en couple avec une autre femme avait demandé l’agrément afin de pouvoir adopter un enfant. Cette demande a été rejetée notamment en raison de sa situation de ‘couple’. L’affaire avait été portée devant la Cour européenne des droits de l’homme qui avait condamné la France pour discrimination dans un arrêt du 22 janvier 2008.

Après un nouveau refus, le tribunal administratif a été à nouveau appelé à se prononcer sur la question. De manière assez étonnante, les journalistes ont rendu compte de cette décision en énonçant (exemples) :

- Feu vert à l’adoption pour un couple d’homosexuelles (France info)

- Des homos autorisés à adopter (JDD)

- Adoption autorisée pour un couple homosexuel : satisfaction des associations gay (Le point)

- La justice autorise un  couple d’homosexuelles à adopter (Le parisien)

etc. Même Me Eolas se trompe… Sans parler des journaux militants et de ceux qui par leur titre même indiquent suffisamment la rapidité avec laquelle les sujets sont traités…

Le Figaro qui a, semble-t-il, fait la même erreur dans un premier temps a corrigé son article. De même pour Le Monde.

En réalité, l’agrément en vue de l’adoption a été demandé par une femme seule sur le fondement de l’article 343-1 du Code civil. Il ne s’agit pas de l’adoption par un couple (V. aussi Jules) et ce cher Laloose) mais bien par une personne seule ainsi que cela est permis, de manière contestable en général, en droit français depuis la réforme de 1966. En outre, l’agrément est un passage obligé mais il n’est pas la fin de la procédure. Il n’y a pas encore adoption.

Ce traitement médiatique montre encore le manque de précisions de certains journalistes sur les questions un peu juridiques. Il s’agit évidemment également d’une question politique mais en rendant aussi médiocrement compte des faits, ils font en réalité de la propagande…

Sur le fond, il est évident que cette décision est très inquiétante car elle est une nouvelle étape vers l’adoption par un couple homosexuel. Il serait opportun que l’Etat fasse appel de cette décision devant le Conseil d’Etat ainsi que l’y invite le député Jean-Marc Nesmes. Cela semble toutefois fermé dans la mesure où l’appel (porté devant la CAA de Nancy) devrait être formé par le département et non par l’Etat (Correction apportée à la suite du com. de Serge). Un vrai débat s’engagera peut-être prochainement car il semble bien que les groupes de pression pro adoption homosexuelle ont engagé la bataille.

CCBComme vous le savez peut-être déjà, l’initiative de créer une aumonerie catholique réunissant les élèves avocats de l’EFB (Ecole parisienne de formation des avocats) a suscité une réaction sans doute disproportionnée de la part du Bâtonnier, publiée dans son Bulletin. Je publie ici une lettre ouverte à la signature de tous ceux et celles qui, chrétiens ou non, n’approuvent pas l’excessive rigueur de la prise de position de notre Bâtonnier. Soyons nombreux à la signer (jmartinez@hhlaw.com) !

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Deux mois : premier bilan

Cela fait deux mois que j’ai créé ce blog et posté le premier billet. Il y a  cependant trois semaines que je n’ai rien posté. L’actualité ne manquait pas, pourtant mon actualité personnelle et familiale m’a davantage retenu. La joie d’une naissance et quelques petits tracas m’ont retenu loin de ces pages. Sans regret même si j’aurais bien aimé, par exemple, dire un mot de la réaction disproportionnée du Bâtonnier du barreau de Paris à l’occasion de la création d’une aumonerie au sein de l’Ecole de formation du barreau (EFB) mais Koz l’a fait et très bien.

Ce qui est amusant c’est de constater que, finalement, billet ou pas billet, les visites ont continué et même quelques commentaires… preuve sans doute que quelques sujets étaient bons !

Pour faire dans le quantitatif, j’ai posté 15 billets sur des sujets de bioéthique et d’éthique médicale pour une bonne partie, mais aussi sur le dimanche et sur quelques aspects de la doctrine sociale en général ou sur le rôle du droit dans une perspective chrétienne. Le billet qui a le plus de succès à ce jour est celui sur le sang de cordon. Cela est dû notamment aux interventions répétées d’un internaute actif sur la question. Cela m’a permis également de recevoir la visite et les commentaires d’Albert et de Nico Forraz. Ce billet a aujourd’hui 20 commentaires (non il ne sont pas tous de moi!) soit près de la moitié des commentaires reçus (43 à ce jour).

Le billet sur l’objection de conscience des pharmaciens a eu pas mal de succès en termes de visites bien qu’il n’ait reçu que peu de commentaires. La revue de presse de gènéthique.org ainsi que le salon beige m’ont assuré sur ce thème un relais appréciable. La question qui me tient à coeur sera sans doute à nouveau abordée…

Pour parler un peu d’avenir, je pense continuer à développer les thèmes liés à la bioéthique notamment, mais aussi écrire davantage sur les questions de doctrine sociale de l’Eglise dans ses liens avec le droit. Je suis un peu inhibé face à la multitude des publications sur Caritas in veritate. Pourtant une bonne partie de mes travaux académiques ou pratiques porte sur le droit des affaires et suscite parfois des interrogations au regard de la doctrine sociale de l’Eglise.

« Le tout n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête ». Cette phrase du Cardinal Vingt-Trois a provoqué la réaction d’un groupe de laïcs composé en particulier de femmes, rejointes par des prêtres dominicains et jésuites. C’est le fameux comité de la jupe qui a suscité déjà des billets inspirés. L’accueil bienveillant des médias n’est pas étonnant mais un peu agaçant. La couverture médiatique d’une manifestation monstre réunissant presque 300000 300 personnes, le 11 octobre, commence à susciter l’interrogation. Cependant chacun sent qu’il y a peut-être matière à réflexion même si les réponses suggérées par le comité ne paraissent pas convaincantes. Comment se fait-il alors que malgré un sursaut de bienveillance et une tentative de bonne foi, il me soit impossible d’éprouver la moindre sympathie pour cette initiative ? Parce que je suis un homme ? Peut-être mais je veux croire qu’il y a d’autres raisons. Au-delà de la posture médiatique qui gène , il y a une mauvaise grille qui rend la communication impossible.

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Le père Pichard par W RonisLe 9 octobre est le soixantième anniversaire de la première émission du Jour du Seigneur. Après le succès de la première messe télévisée à Noël 1948, le P. Pichard a obtenu 1h30 d’antenne tous les dimanches pour une émission catholique comprenant la diffusion de la messe. C’est aujourd’hui la plus ancienne émission de la télévision française. C’est aussi une présence de l’Eglise pour toutes les personnes immobilisées, malades ou isolées.

L’Eglise et les catholiques ont su utiliser les technologies de leur époque pour annoncer l’Évangile. La radio, la télévision et aujourd’hui internet. Benoît XVI a récemment invité, lors de la 43e journée mondiale des communications sociales, les catholiques à être présents notamment sur internet.

Je désire encourager toutes les personnes de bonne volonté qui travaillent dans le monde émergent de la communication digitale, afin qu’elles s’engagent à promouvoir une culture du respect, du dialogue, de l’amitié.

Ce message s’adresse évidemment aux jeunes et s’accompagne d’une invitation à l’amitié vraie y compris sur les réseaux sociaux. Les initiatives sont nombreuses aujourd’hui de catholiques, jeunes ou moins jeunes, de prêtres et de laïcs L’exercice n’est pas toujours facile. Comment être sûr de toujours s’exprimer en vérité mais avec tact et délicatesse ? Malgré ces difficultés, l’invitation ne peut rester sans réponse. Espérons que cette présence numérique sera aussi durable que la présence cathodique du Jour du Seigneur.

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