Skip to content

L’île au Trésor : la banque et les finances publiques

29 août 2014

euroVous vous souvenez, au Bourget, un dimanche de janvier 2012, François Hollande qui est encore candidat à la présidence de la République proclame « Mon véritable adversaire, il n’a pas de nom, pas de visage[…], il ne sera pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance » ! La lutte contre la finance devait passer notamment par la séparation des activités dites spéculatives des activités traditionnelles (collecte des dépôts et octroi de crédit) au sein des groupes bancaires remettant en cause le modèle français dit de la banque universelle. Lors d’un récent colloque organisé par Mustapha Mekki et nos centres de recherches respectifs sur le thème du lobbying responsable, j’ai eu l’occasion d’exposer les grandes lignes de l’action de lobbying menée par le banques pour entraver le projet de séparation bancaire en 2013. Parmi les leviers d’influence, il en est un qui semblait assez méconnu : il s’agit des liens entre la banque et l’Etat moderne, au sens large du terme. Ces liens ont permis une plus grande proximité entre le pouvoir et la finance, notamment en France pour de multiples raisons tenant tant à la formation des élites qu’à une longue période de nationalisation des banques mais aussi à une grande familiarité entre l’administration des finances publiques, notamment le Trésor, et la Banque de France, d’une part, et la direction des établissements de crédit, d’autre part (V. A. de Tricornot, M. Thépot, F. Dedieu, Mon amie c’est la finance ! : Bayard 2014 p. 63 et p. 137 et s.). De ce point de vue, il apparaît évident que la sociologie du secteur bancaire et particulièrement de son management est aussi déterminante que l’histoire économique, le droit et la politique.

En particulier, il ne faut pas négliger la proximité entre le trésor et le management des grandes banques françaises. Ces élites à la française sont formées dans les mêmes écoles et ont souvent travaillé ensemble avant de prendre qui des responsabilités au Trésor, qui des postes de directions dans la banque. Le passage de l’un à l’autre n’a évidemment rien d’exceptionnel ; bien au contraire, un trésorier atteignant 40 ans commence à devenir rare tant la fuite vers la finance est importante et précoce. Il n’est donc pas surprenant qu’une part importante de l’activité de lobbying soit consacrée à convaincre le Trésor et ses agents de la pertinence du point de vue des établissements de crédit. Naturellement, lors de l’élaboration du projet de loi de séparation, le Trésor a été une cible privilégiée du lobbying bancaire et avec quelque succès, semble-t-il, personne n’ayant réellement envie de mécontenter un potentiel futur employeur…

Pour être franc, contrairement à beaucoup, je ne suis pas persuadé que le lobbying soit nécessairement une mauvaise chose et je ne suis pas sûr non plus que la séparation des activités bancaire dites classiques et des activités dites spéculatives soit la solution miracle. En revanche, la familiarité excessive qui existe entre certains corps de l’Etat et les banques voire les grandes entreprises en général ; le mercenariat financier qui incite des jeunes brillants à « passer par le Trésor » comme par un tremplin vers d’autres cieux plus lucratifs… tout cela soulève de sérieuses difficultés. Faut-il rappeler qu’Emmanuel Macron s’est chargé lui-même de dissuader Karine Berger de déposer des amendements qui auraient pu redonner un peu de substance à l’idée de séparation ? Ancien de l’Inspection des finances, puis gérant associé chez Rothschild avant de rejoindre l’Elysée auprès de François Hollande, notre nouveau Ministre de l’économie est manifestement quelqu’un de brillant, intelligent et à bien des égards séduisant mais il est aussi l’exemple même de ce système français qui reste le front collé au mur qu’il s’est pris il y a déjà des années (car non nous n’allons pas dans le mur ; nous y sommes depuis des années). Comme l’a très bien résumé PEG dans son article sur Atlantico :

Macron, c’est le socialisme moderne, de Bercy dirigé depuis les grands groupes financiers. Les études brillantes, l’ENA, l’inspection des finances, Rothschild, puis l’Elysée : c’est ce moule de l’élite française qui crée le corporatisme qui étouffe l’économie française.

De manière générale, le lobbying responsable peut être une voie à explorer afin d’assurer davantage de transparence et assurer une meilleure traçabilité de la décision publique. J’ai toutefois tendance à penser que cela reste largement illusoire. Plus techniquement, on ne peut que regretter que le législateur n’ai pas saisi l’occasion du vote de la loi organique n° 2013-906 du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique pour renforcer certaines règles relatives au pantouflage. Peut-être que cela aurait permis de réduire l’efficacité de certaines stratégies de nos élites. Quoi qu’il en soit, Emmanuel Macron ne mérite sans doute pas autant de critiques, ni autant d’éloges : il est seulement l’enfant un peu plus doué que les autres d’un système à bout de souffle.

Araud m’a tuer…

8 août 2014

nun

Billet dédié à son excellence Gérard Araud
Diplomate et grammairien du XXIe siècle
Représentant permanent de la France auprès de l’ONU

A l’occasion d’un tweet de Koz tentant encore une fois de secouer nos responsables politiques pour qu’ils réagissent enfin dignement face à la tragédie qui frappe la population irakienne et en particulier les chrétiens menacés de disparaître, son excellence Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès de l’ONU, a cru intelligent d’écrire :

Lire la suite…

La mort n’est toujours pas leur métier (3)

17 janvier 2014

Coktail lithiqueLa loi n° 2005-370 du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie, dite loi Léonetti, est fondée sur un double refus : refus de l’acharnement thérapeutique ; refus de l’euthanasie. Le législateur refuse de légitimer la transgression de l’interdit de tuer tout en autorisant l’arrêt des traitements disproportionnés : cet équilibre, un peu ambigu comme on va le voir, est l’originalité du droit français. Il est d’ailleurs très regrettable que les Français ignorent largement le contenu de la loi Léonetti : s’ils savent bien que l’euthanasie reste interdite en France, ils ignorent que l’acharnement thérapeutique peut être refusé. Cette ignorance est instrumentalisée par la propagande de l’ADMD à travers ses campagnes de sondages. Si le juge n’est pas ignorant, il peut lui arriver de suivre des raisonnements contestables même si le résultat peut sembler satisfaisant. C’est, me semble-t-il, ce qu’on peut constater à la lecture de la décision du Tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 16 janvier 2014 (TA Châlons-en-Champagne, 16 janvier 2014). Lire la suite…

République 1 – Dieudonné 0 ou pourquoi le Conseil d’Etat n’a pas enterré la liberté d’expression

11 janvier 2014

Il est parfois bien difficile d’aborder certains sujets avec mesure et raison. Il est désormais évident que l’affaire dite Dieudonné relève de cette catégorie. Il est amusant de voir à quel point chacun a une opinion bien tranchée sur la question. Pour être franc, j’ai changé d’avis au moins trois ou quatre fois en 48h… Il est donc très délicat de prendre le clavier après plus de deux mois d’absence et alors que des tâches urgentes nécessaires à la survie de l’humanité m’appellent ailleurs. Ce que je vais tenter ici n’est finalement qu’une brève synthèse des idées exposées à propos de la première ordonnance du Conseil d’Etat rendue dans cette affaire le 9 janvier 2014 (V. également la deuxième en date du 10 janvier 2014). Je dis bien idées ; j’oublie les invectives et autres insultes qui fusent parfois un peu vite. Pour faire simple, la décision du conseil d’Etat n’est pas un revirement de jurisprudence valant faire-part de décès de la liberté d’expression mais une réponse à une situation très particulière (V. S. Sur sur LLC). Ceci dit, il ne faut pas négliger les innovations de cette décision qui n’a rien de banal. Lire la suite…

L’animal est-il un homme comme les autres ou suis-je un affreux spéciste ?

7 novembre 2013

La question du statut de l’animal n’est pas nouvelle. Ce qui peut étonner en ce moment, c’est qu’elle prend une nouvelle ampleur. La nouvelle proposition de loi du sénateur Roland Povinelli (qui a déjà tenté le coup par le passé. –  V. également le S. Antoine, Rapport sur le régime juridique de l’animal, 2005. – V. encore la proposition de résolution de F. Lefebvre à l’Assemblée nationale)  déposée il y a quelques semaines ne soulève pas seulement des questions de techniques juridiques ; elle traduit une tentative de réorientation du droit dans un sens nouveau. Lire la suite…

François : l’ami de la famille

30 octobre 2013

Le Pape François a invité le week-end dernier les familles à un pèlerinage sur la tombe de saint Pierre à l’occasion de l’année de la foi. L’invitation est avant tout spirituelle et si nous avons pu aller à Rome à la rencontre du Pape, ce pèlerinage est proposé à chaque famille chrétienne : Famille, vis la joie de la foi ! La gioia ! La joie ! Nous l’avons entendu ce mot pendant ces deux jours. Il ne s’agit pas d’un vague sentiment de bien-être repu. Elle est une force pour la famille qui en vit. Car il faut de la force pour vivre et notamment pour vivre en famille. Lors de la rencontre du samedi après-midi, nous n’avons guère entendu ces témoignages édifiants de familles parfaites qui ne se distinguent de la Sainte Famille que par le nombre d’enfants ! Ce sont des époux, parfois seuls, courageux qui sont venus partager leurs difficultés et les conversions qui font l’épaisseur de leur vie. Le témoignage d’un rescapé de Lampedusa et de la famille qui l’a recueilli a été un moment de grande émotion : nous avons perçu la force puisée dans la vie familiale de ces généreux italiens et l’élan pris par cet homme étranger qui a perdu une partie de sa famille lors du passage mais aide maintenant les pauvres du pays qui l’accueille. Si cet après-midi était très festif, avec de la musique et des animations plus ou moins bouffonnes pour tous les âges, je pense que beaucoup l’ont vécu aussi comme une authentique rencontre de prière, dès avant l’arrivée du Pape.

La présence de François a évidemment porté la ferveur des familles. Comment ne pas l’aimer ?! J’ai pris l’habitude de lire une partie de ses interventions comme beaucoup mais je l’ai rarement entendu. Et pourtant, cela change tout. Le timbre de sa voix, son éloquence qui touche personnellement resteront dans ma mémoire. Son attitude en présence du petit garçon qui ne voulait plus le quitter malgré les tentatives du service d’ordre était d’une tendresse et d’un naturel qui nous a fait sourire mais nous a montré ce que signifie Église famille de Dieu.

Lors de la veillée comme lors de l’homélie du dimanche, le Pape François a fait une petite catéchèse sur la famille très pastorale et pratique. Il nous a rappelé que la vie en famille, comme la vie chrétienne tout entière sans doute, est bâtie sur trois mots : S’il te plait, merci et pardon (permesso, grazie, scusa). La traduction retenue sur le site du Vatican est un peu différente mais le fond est le même et mérite d’être cité :

Trois mots : permission, merci, excuse. Trois mots clés ! Nous demandons la permission afin de ne pas être envahissants en famille. « Puis-je faire cela ? ça te plaît que je fasse cela ? ». Par le langage de la demande de permission. Nous disons merci, merci pour l’amour ! Mais dis-moi, combien de fois, par jour, tu dis merci à ton épouse, et toi à ton époux ? Combien de jours passent, sans que tu ne dises ce mot : merci ? Et le dernier : excuse. Tous nous nous trompons et parfois quelqu’un est offensé dans la famille et dans le mariage, et quelquefois – je dis – les assiettes volent, on se dit des paroles violentes, mais écoutez ce conseil : ne pas finir la journée sans faire la paix. La paix se refait chaque jour en famille ! « Excusez-moi », voici, et on recommence. Permission, merci, excuse ! Nous le disons ensemble ? (ils répondent : « oui »). Permission, merci et excuse ! Vivons ces trois mots en famille ! Se pardonner tous les jours.

Vous imaginez sans doute la force d’une foule de 100 000 à 150 000 personnes scandant permesso ! grazie ! scusa ! Comment retourner chez soi sans avoir envie de vivre ça ? Je ne me fais pas d’illusion mais je pense qu’un jour j’y arriverai un peu… car comme nous le dit encore François

c’est cela le mariage ! Partir et marcher ensemble, main dans la main, s’en remettant entre les mains du Seigneur. Main dans la main, toujours et pour toute la vie ! Et ne pas prêter attention à cette culture du provisoire, qui morcèle notre vie !

Lors de l’homélie du dimanche, le Pape nous a montré l’image de la famille chrétienne ; non pas la fameuse image idyllique dont je parlais plus haut mais l’image de la famille qui chemine en priant, en gardant la fois et qui vit la joie. Et en écoutant François, personne ne peut se dire que ce projet n’est pas pour lui/elle. La prière nous dit le Saint Père, c’est facile !

Et il faut de la simplicité : prier en famille, il faut de la simplicité ! Prier ensemble le « Notre Père », autour de la table, n’est pas quelque chose d’extraordinaire : c’est facile. Et prier le Rosaire ensemble, en famille, c’est très beau, ça donne beaucoup de force ! Et aussi prier les uns pour les autres : l’époux pour l’épouse, l’épouse pour l’époux, tous les deux pour les enfants, les enfants pour les parents, pour les grands-parents… Prier les uns pour les autres. C’est prier en famille, et cela renforce la famille : la prière !

Quant à garder la foi, ce n’est pas un travail de conservateur de musée mais de missionnaire ! Saint Paul n’a pas gardé la foi en l’enfouissant mais en la diffusant bien au-delà de ce que les premiers disciples avaient sans doute imaginé. De la même façon,

Les familles chrétiennes sont des familles missionnaires.

La foi nous devrions savoir la partager par le témoignage, l’accueil, et l’ouverture aux autres et non la cacher dans un coffre-fort. Pour nous entraîner à cette pratique ouverte de la foi, le Pape nous a invité à prier pour les familles de Syrie et à faire un don (par sms pour les, nombreux, détenteurs de téléphones italiens).

Enfin, vivre la joie prend sa source dans la présence de Dieu au sein de la famille:

S’il manque l’amour de Dieu, la famille aussi perd son harmonie, les individualismes prévalent, et la joie s’éteint. En revanche, la famille qui vit la joie de la foi la communique spontanément, elle est sel de la terre et lumière du monde, elle est levain pour toute la société.

Pour conclure, voici le texte de la prière à la Sainte famille prononcée par le Pape à la fin de la messe de dimanche. Pour être franc, je ne l’avais pas bien comprise sur le coup et je pense que je la relirai encore !

Prière à la Sainte Famille à l’occasion de la Messe du Pèlerinage des Familles, Place St Pierre à Rome, le 27 Octobre 2013.

Jésus, Marie et Joseph,
vers vous, Sainte Famille de Nazareth,
aujourd’hui nous tournons le regard
avec admiration et confiance;
en vous nous contemplons
la beauté de la communion dans l’amour véritable;
à vous nous confions toutes nos familles,
afin que se renouvellent en elles les merveilles de la grâce.
Sainte Famille de Nazareth,
école séduisante du saint Évangile:
apprends-nous à imiter tes vertus
avec une sage discipline spirituelle,
donne-nous un regard limpide
qui sache reconnaître l’œuvre de la Providence
dans les réalités quotidiennes de la vie.

Sainte Famille de Nazareth,
gardienne fidèle du mystère du salut:
fais renaître en nous l’estime du silence,
rends nos familles cénacles de prière,
et transforme-les en de petites églises domestiques,
renouvelle le désir de la sainteté,
soutiens la noble peine du travail, de l’éducation,
de l’écoute, de la compréhension réciproque et du pardon.

Sainte Famille de Nazareth,
réveille dans notre société la conscience
du caractère sacré et inviolable de la famille,
bien inestimable et irremplaçable.
Que chaque famille soit une demeure accueillante de bonté et de paix
pour les enfants et pour les personnes âgées
pour qui est malade et seul,
pour qui est pauvre et dans le besoin.
Jésus, Marie et Joseph,
nous vous prions avec confiance, nous nous remettons à vous avec joie.

Discours sur l’état de la désunion

23 octobre 2013

Je sais ça n’a rien à voir mais c’est mignon un panda…

Il est une tradition ancestrale aux États-Unis d’Amérique, un peu comme la dinde de Thanksgiving, qui veut que le Président présente son programme pour l’année dans un discours appelé dit justement State of the Union address, en français discours sur l’état de l’Union. Cette pratique qui n’est pas sans rappeler le discours du trône de la monarchie britannique, a été reprise par l’exécutif européen mais reste inconnue en France sous réserve de l’usuelle causerie du 14 juillet. Il faut dire que si notre François national se lançait dans l’exercice, il faudrait bien rebaptiser discours sur l’état de la désunion. Jugez-en plutôt… Lire la suite…

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 2 486 autres abonnés