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Si c’est un rom…

2 octobre 2013

Le réalisme sert parfois de prétexte au manque d’humanité. La méthode forte de Manuel Valls peut apparaître comme la déduction logique d’un constat objectif : celui de l’insalubrité des camps de roms, des statistiques de la délinquance impliquant des roms. Face à ce constat, celui qui parle d’humanité et de dignité paraît à nouveau comme un bisounours et un bisounours dangereux car à vouloir faire l’ange… vous connaissez la suite. Alors pourquoi s’indigner des propos de Manuel Valls alors que les bons Français de souche approuvent très majoritairement sa fermeté ?

D’abord parce que ce ne sont pas que des mots. Derrière la petite phrase du ministre, il y a des actes et une politique qui n’ont finalement pas grand chose à envier à la violence du précédent gouvernement. Si on pouvait attendre quelque chose de la gauche (c’est une figure rhétorique…), c’était peut-être un peu d’humanité dans la mise en œuvre de sa politique, fut-elle ferme dans le rappel des règles de vie commune et notamment dans le rappel à la loi.  Pourtant, les démantèlements de camp se poursuivent sans que de réelles solutions soient recherchées pour accueillir les familles délogées. Les personnes sont déplacées ; les problèmes aussi. Seule reste la violence de la situation qui frappe toute une population sans distinction. Seul reste le message : les roms dehors ! Il sera permis par ailleurs de s’interroger sur les motivations de certains démantèlements. Avez-vous remarqué que la récente expulsion de Roubaix devait laisser la place libre pour la construction d’un centre commercial qui ouvrira le dimanche pour le bonheur de tous les consommateurs et des salariés qui pourront gagner plus en travaillant plus ?

Ensuite, la référence à l’intégration est ambiguë. En affirmant que leur mode de vie rend les roms impossible à intégrer, on dit deux choses bien différentes mais tout aussi contestables l’une que l’autre.

D’une part, de manière générale, cette affirmation persiste à faire de l’assimilation, parfois dite à la française pour bien montrer que c’est la meilleure, l’idéal de tout vivre ensemble. Autrement dit, pour avoir le droit de vivre en France, il faut adopter les codes de l’identité française, dont le débat pathétique lancé par le précédent gouvernement a également montré les équivoques. En réalité, l’intégration est pour une large part un mythe. Quand j’entends intégration, je repense à un échange avec une collègue au cours de mon service pas très militaire à la fin du siècle dernier. Je défendais justement cette idée d’intégration mutuellement enrichissante quand elle m’a demandé si je pensais que l’intégration de la pizza dans la culture gastronomique française était une illustration de mon propos… Je me suis senti un peu ballot et au fil de la discussion, j’ai compris que l’assimilation était une illusion ; elle n’a fonctionné à la limite que pour ceux qui n’avaient finalement qu’à acquérir la langue pour passer pour de bons Français. Dans d’autres cas, les choses sont bien plus complexes. Cela me conduit à une seconde observation.

D’autre part, l’affirmation du caractère inassimilable des roms conduit à leur reconnaître un statut d’étrangers de passage dans notre belle République. Le ministre est conduit, emporté par son propre discours en cela parfaitement logique, à affirmer que la vocation  (quel étrange mot ici…) est de retourner dans leur pays d’origine. Le terme même de pays d’origine a-t-il d’ailleurs un sens véritable appliqué aux roms quasiment aussi étrangers en Roumanie ou en Bulgarie qu’en France ?! Surtout, faut-il donc être totalement semblable pour vivre ensemble ? Qu’est-ce qui nous fait tenir ensemble en France ? Alors que l’unité du corps politique est mise à mal depuis quelques années, l’État-nation se trouve bien en peine pour rassembler ses morceaux et souffre de la présence de certaines populations sans État, des éternels migrants, avec qui nous partageons simplement une commune humanité.

On ne peut que souscrire au propos des associations dont ATD-Quart Monde dans leur lettre au Président de la République :

Reconnaître les difficultés et les tensions qui peuvent naître dans un certain nombre de communes du fait des conditions de vie très précaires des familles qui vivent dans des bidonvilles est une chose. Mais cibler une population entière, sur la seule base de son appartenance ethnique, réelle ou supposée, comme étant non intégrable et devant être éloignée du territoire français est de toute autre nature !

On voit bien qu’il  n’y a aucun angélisme dans ce discours (pas plus que dans le très juste billet de Koz sur le sujet), le respect du droit et des principes de vie en commun s’imposant à tous, simplement un peu d’humanité.

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  1. René de Sévérac permalink
    2 octobre 2013 14 h 07 mi

    Je suis toujours mal à l’aise avec ces jugements tranchés.
    Valls a raison (et le peuple français avec lui) : ces gens ne sont pas assimilables !
    A l’opposé, les « braves gens » (et particulièrement les bons chrétiens) considèrent qu’il suffit de « faire un peu de place » et cet argument est d’autant tenu que les Roms ne s’installent pas dans leur jardin.
    Le problème des Roms reste toutefois une question fondamentale :
    Il est évident que ces gens, qui n’ont pu s’assimiler au peuple chez qui ils sont installés depuis des siècles, sont naturellement attirés par les zones de l’Europe où l’accueil semble le plus favorable (cad, les Etats les plus faibles et les plus charitables) avec les risques que cela comporte. Sont-ils ou non assimilables ?

    • 2 octobre 2013 14 h 17 mi

      J’avoue que je ne sais pas de quels jugements tranchés vous parlez. Est-ce ceux de M. Valls, des vôtres ou des miens (même si je ne pense pas avoir un jugement tranché d’ailleurs…).
      Qu’ils soient assimilables ou pas, je serais tenter de dire : peu importe. S’ils ne le sont pas, quelles conséquences en tirer ? Ils ne le sont pas plus en Roumanie ou en Bulgarie, où ils sont globalement encore moins bien traités que chez nous ! Cette logique est fondée sur un mythe (l’assimilation) et n’offre aucune solution viable pour ce peuple.
      Quand il y a des problèmes, il faut les traiter au besoin avec fermeté mais sans recourir à une forme de culpabilité collective et sans brutalité.

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