Skip to content

Discours sur l’état de la désunion

23 octobre 2013

Je sais ça n’a rien à voir mais c’est mignon un panda…

Il est une tradition ancestrale aux États-Unis d’Amérique, un peu comme la dinde de Thanksgiving, qui veut que le Président présente son programme pour l’année dans un discours appelé dit justement State of the Union address, en français discours sur l’état de l’Union. Cette pratique qui n’est pas sans rappeler le discours du trône de la monarchie britannique, a été reprise par l’exécutif européen mais reste inconnue en France sous réserve de l’usuelle causerie du 14 juillet. Il faut dire que si notre François national se lançait dans l’exercice, il faudrait bien rebaptiser discours sur l’état de la désunion. Jugez-en plutôt…

« Leonarda, si tu reviens, j’annule tout » (ou presque)

Pour être clair d’entrée de jeu, dès le début, je ne suis pas parvenu à me faire une opinion sur cette affaire. Sur le fond, je ne suis pas fait un avis assez rapidement pour ne pas être actuellement tout chamboulé… Comme beaucoup, j’ai trouvé choquant que l’école ne soit pas respectée alors que l’usage est de ne pas intervenir dans le cadre scolaire et de ne pas expulser une famille en cours d’année scolaire. C’est au minimum une maladresse. Pour le reste, l’affaire est d’une affreuse complexité et Resat Dibrani s’est manifestement plu à accumuler mensonges et fausses pistes pour tenter de rester en France. L’analyse juridique de la situation soulève des questions très difficiles de droit international privé comparé en droit de la nationalité. Le père (même cette qualification semble devenir douteuse maintenant…) est kosovar mais il n’est pas sûr que le reste de la famille soit italienne, comme on le dit parfois. En effet, le fait que la mère et les enfants soient, peut-être, nés en Italie n’en fait pas des citoyens Italiens. Le droit de la nationalité italien ne reconnaissant pas le droit du sol (une réforme serait toutefois en cours), il est même assez vraisemblable qu’ils ne soient pas de nationalité italienne. Les papiers que le père aurait détruits sont sans doute des titres de séjours : s’ils ont la nationalité italienne, les détruire n’auraient pas eu grand sens ; sauf s’ils ont en plus une fausse identité… Ce qui semble acquis est également que les enfants n’ont pas d’autre pays d’attache que la France. S’enchaînent alors les provocations de la famille, et notamment du père et de Leonarda, poussant notre président à prendre la parole samedi dernier pour une intervention qui bat un record de nullité et suscite l’hilarité des quelques analystes étrangers qui s’intéressent encore à notre pays (sans doute des stagiaires en attente de transfert vers le service des sports ?).

Ceci dit, cette affaire suscite deux observations et une petite leçon.

D’une part, première observation, au plan juridique, le rapport remis au Ministre de l’Intérieur sur les circonstances qui ont entouré la décision d’éloignement du territoire et son exécution fait apparaître que le droit a été respecté et qu’il n’y a guère eu de faute de la part des différentes personnes impliquées dans le traitement du cas de la famille Dibrani. Bien évidemment, ce rapport doit être reçu avec beaucoup de précautions dans la mesure où il a été rédigé après coup et sent l’autojustification à plein nez. Il semble bien que certaines décisions ont sans doute été prises un peu légèrement comme cela semble toutefois être devenu l’usage à l’OFPRA (V. l’analyse de Fabien Abitbol). Il reste que même si la moitié des faits rapportés est exacte, la mesure d’éloignement pouvait se justifier et qu’elle a été mise en œuvre dans le respect du droit. Quant à la réaction de la famille et notamment la provocation de la jeune fille, elle suscite nécessairement le malaise même si, à nouveau, il ne faut pas survaloriser les propos d’une adolescente. Mais comment ne pas être frappé par la phrase suivante :

Un jour ou l’autre, je rentre en France et c’est moi qui vais faire la loi

Soit dit en passant, cette affaire fait douter à nouveau, si besoin était, de l’idée même d’intégration. L’école est évidemment un facteur favorable mais que dire face à un absentéisme massif comme celui de Leonarda ? Que faire lorsque des personnes n’ont finalement aucun pays de rattachement ? Un certain nombre de familles dite françaises ne sont-elles pas également dans une situation de non-intégration équivalente à celle de la famille Dibrani ? Faut-il imaginer également un éloignement de ces familles ?

D’autre part, seconde remarque, notre président a fait samedi la démonstration d’une forme de stupidité dont on ne se doutait pas. Il n’est pas nécessaire de revenir sur la proposition qui consiste à permettre un retour en France de Leonarda, seule sans ses parents ! C’est la plus mauvaise solution qui se pouvait imaginer ! Le principe même de l’intervention est proprement stupéfiante : pourquoi le président de la République a-t-il pris l’initiative de s’adresser aux Français à propos d’un cas si particulier, affichant ainsi sa faiblesse et son inaptitude (V. l’analyse de Koz). Sans doute, fallait-il communiquer vers la gauche qui veut la peau du Ministre de l’Intérieur mais le président a oublié qu’il s’adressait aussi à tous les Français : à tous ceux qui l’ont trouvé ridicule mais aussi à tous ceux qui seraient près à voter pour le FN et qui n’attendaient que ça pour se lâcher.

Quant à la leçon, elle porte sur la pratique de l’état de droit en France. L’état de droit est un rempart contre la force et la violence qu’elles viennent de l’État, bien entendu, mais aussi des individus. Il signifie que nous renonçons à l’exercice violent du pouvoir, individuel ou étatique. Or, nous constatons que même alors que Sarkozy est parti, c’est finalement un style politique très analogue qui persiste, entre violence et faiblesse, et peine à répondre à des provocations  qui sont autant d’attaques (certes, je sais, venant d’une adolescente…) directes contre l’état de droit. Dans ces circonstances, autant dire que nous ne sommes pas loin du retour à l’état de nature (mode Hobbesien et non rousseauiste. –  V. aussi l’excellent édito de Gérard Leclerc sur les germes d’un nouveau délire guerrier sur la question de l’immigration)…

« L’impôt, tu l’aimes ou tu l’acquittes »

Second symptôme de notre division récemment mis à jour : l’affaiblissement du consentement à l’impôt. Pour mémoire, l’État moderne, sous sa forme d’État nation, n’existe que depuis le XVIe siècle. Il a surgi dans l’histoire humaine à la faveur de grandes guerres (dont certaines dites de religion alors qu’elles étaient en réalité essentiellement politiques ; la religion étant précisément  instrumentalisée par l’État en cours d’émergence). De même, la nécessité de lever l’impôt et en particulier l’impôt permanent est un autre facteur de développement de l’État nation tout comme la construction territoriale et le développement des armées permanentes. Au-delà de sa dimension technique, la fiscalité et surtout le consentement à l’impôt sont des facteurs décisifs de la cohésion d’une société vivant sous le régime de l’État moderne. Le contrôle de l’usage de l’argent public est une des origines de la démocratie moderne.

Dès lors, les résultats de l’enquête réalisée par Ipsos/CGI pour Le Monde, BFMTV et La Fondation internationale de finances publiques ne peuvent qu’inquiéter. A peine plus de la moitié des personnes interrogées considère l’acquittement de l’impôt comme un acte citoyen participant de l’effort collectif au service de l’intérêt général (57 %, avec un plus bas à 39% chez les électeurs du FN). L’impôt est jugé excessif et mal réparti (les classes moyennes toujours aussi râleuses). Près d’une personne sur deux reconnaît comprendre l’exil fiscal ! A méditer alors que s’ouvre le débat sur la loi de finance pour 2014…

Bien entendu, il y a du vrai dans tout cela : on paye beaucoup d’impôts en France et on ne s’intéresse que rarement aux dépenses et à leur efficacité. Mais ce qui est remarquable dans cette enquête, c’est non seulement que ce sentiment est partagé par l’essentiel des personnes interrogées mais aussi que le rejet de l’impôt (qui n’est pas nouveau mais atteindrait une ampleur nouvelle) tend à devenir une forme de contestation du gouvernement voire du monde politique. On y retrouve un nouveau facteur de progression du FN ou tout au moins de l’abstention (ce qui va un peu ensemble d’ailleurs).  Dans la synthèse périodique des rapports remis par les préfets, le Ministre de l’Intérieur a appris dernièrement que « [l]a menace de désobéissance fiscale est clairement brandie » (Rapport au Ministre de l’Intérieur).

François « Moi Président » Hollande prétendait mettre un terme à une pratique politique clivante et nous constatons que les Français sont encore plus divisés qu’il y a deux ans. Entre violence et faiblesse, l’état actuel de la France illustre finalement bien plus une continuité entre Sarkozy et Hollande à la tête d’une gauche qui a perdu son meilleur ennemi et a oublié de gouverner, préférant mettre en œuvre une idéologie.

Le rapprochement, peut-être a priori surprenant entre l’affaire Leonarda (en passe de devenir l’affaire Hollande comme le remarque Koz) et l’affaiblissement du consentement à l’impôt, fait apparaître la nécessité de chercher de nouvelles pistes pour éviter la dissolution de la société.

About these ads
2 commentaires leave one →
  1. provenchere permalink
    23 octobre 2013 12 h 25 mi

    Je releve toujours des pistes de réflexion,en depit du caractere a chaud de ces billets .a propos de l’Etat Nation ,je frequente souvent des flammands ex belges et des wallons ex belges et aussi des hollandais .pour differentes raisons ces idees d’identite nationale leur semblent etrangeres. Les Francais y sont tres attaches et les Germains aussi ,grace a Napoleon ! APres 5 ans de Hollandisme et malgre l’appui des syndicats achetes par l’Uimm et les reformettes votees sans broncher (retraites ) et malgre la bienveillance des medias ,on c’omprendra les degats d’un Sarkozisme rad soc. En sera t(on geri pour qqs temps ?a

Trackbacks

  1. Discours sur l'état de la désunio...

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 2 483 autres abonnés

%d blogueurs aiment cette page :