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Pour le dimanche (I)

22 septembre 2009

reposVoici le premier billet d’une série, indéfinie, que je souhaite consacrer, avec un peu de recul par rapport à l’actualité, au dimanche. Sans prétendre faire œuvre théologique, il faut revenir sur la signification du sabbat et du dimanche pour fonder la réflexion, y compris juridique, sur la question du repos dominical.

Le premier jour de la semaine : culte. Le dimanche n’est pas le dernier jour de la semaine. S’il a repris et assimilé le sabbat, le dimanche est le premier jour de la semaine. Le jour du Seigneur et le seigneur des jours, jour de l’homme consacré à la joie, au repos et à la solidarité (Jean-Paul II, Dies Domini). Jour de la charité et du culte, bref de la communion, il est devenu naturellement jour de repos car il fallait consacrer le temps nécessaire pour participer au culte et sanctifier le jour de la Résurrection. Ce n’est toutefois qu’à partir du IVe siècle que le repos est devenu un élément essentiel du dimanche, sous l’influence de la législation d’un Empire devenu chrétien. L’Eglise n’était d’ailleurs peut-être pas bien préparée à cette nouveauté. Les loisirs offerts ce jour-là n’étaient pas tous très sanctifiants !

Aujourd’hui, le dimanche et les autres jours de fête de précepte, les fidèles sont tenus par l’obligation de participer à la Messe (CIC, Can. 1247; CEC, n° 2186). Selon le même texte, ils s’abstiendront des travaux et des affaires qui empêchent le culte dû à Dieu, la joie propre au jour du Seigneur ou la détente convenable de l’esprit et du corps. L’institution du dimanche contribue à ce que  » tous jouissent du temps de repos et de loisir suffisant qui leur permette de cultiver leur vie familiale, culturelle, sociale et religieuse  » (GS 67, § 3). Le chrétien doit non seulement sanctifier le dimanche mais aussi éviter d’imposer sans nécessité à autrui ce qui l’empêcherait de garder le jour du Seigneur (CEC, n° 2187).

Le dernier jour de la semaine : repos. Le sommet de l’enseignement biblique sur le travail est le commandement du repos sabbatique (CDSE, n° 258). Ce repos est riche de sens pour l’homme.  L’alternance du travail et du repos est, dès l’origine, inscrite dans la nature humaine. Le septième jour est mémoire de la Création mais aussi de la Libération. Le sabbat doit être gardé  afin de faire mémoire de la Création. Comme Dieu s’est reposé le septième jour, au terme de la création (Gn 2,2-3), l’homme se repose et se souvient qu’il n’est pas le maître absolu de la Création :

Pendant six jours tu travailleras, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est un sabbat consacré à YHWH, ton Dieu: tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes portes. Car pendant six jours YHWH a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, et il s’est reposé le septième jour: c’est pourquoi YHWH a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié (Ex 20,8-11).

Il est étonnant de constater que ce commandement a été donné à un peuple qui était en exode et recevait sa subsistance de son Dieu. Il ne travaillait guère : ni culture, ni industrie. Et pourtant, Dieu appelle son Peuple au repos ! C’est dire l’importance de ce commandement qui ne dépend pas des circonstances économiques. Le Deutéronome, qui adopte d’abord une forme assez proche, ajoute :

Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d’Egypte, et que YHWH, ton Dieu, t’en a fait sortir d’une main forte et d’un bras étendu: c’est pourquoi YHWH, ton Dieu, t’a ordonné d’observer le jour du sabbat (Dt 5, 15).

Comme Dieu a libéré son Peuple d’Egypte, le sabbat libère l’homme de son travail. Ce repos est sacré pour tout homme. Il est libérateur. Le repos sabbatique constitue un rempart contre l’asservissement au travail, volontaire ou imposé, et contre toute forme d’exploitation (CDSE, n° 258). Le repos concerne toute la maison et même le bétail ! Puisque Dieu lui-même a repris haleine après la création du monde, le travailleur et surtout le pauvre doit pouvoir souffler le 7e jour :

Le Sabbat fait cesser les travaux quotidiens et accorde un répit. C’est un jour de protestation contre les servitudes du travail et le culte de l’argent (CEC, n° 2172).

Le Christ lui-même a suscité la controverse à propos du sabbat. Pas une fois, ni deux… non pas pour le violer mais pour en redonner la véritable signification après des années de casuistique desséchante (CEC, n° 2173) :  » Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat  » (Mc 2, 27). L’épisode des disciples traversant un champ et arrachant des épis de blé, de guérisons comme celle de l’homme à la main sèche ou encore celle de l’aveugle né sont des signes de vie le jour du sabbat. Jésus rappelle l’origine du sabbat au-delà des prescriptions humaines des pharisiens. Il ne vient pas abolir le sabbat mais, au contraire réaffirmer :

« l’intention profonde du commandement divin du sabbat : protéger et bénir la vie de l’homme dans toutes ses expressions et dimensions, à partir de sa corporéité. Ce n’est pas un hasard si les disputes sur le sabbat, tant dans les synoptiques que chez Jean, concernent en général des situations humaines de besoin (comme dit Marc) : des hommes et des femmes marqués par la maladie, dont la plénitude de vie et de relations est amoindrie. L’introduction de la part de Jésus du « cas de besoin humain » ne signifie en aucun cas une abrogation du précepte sabbatique, mais sa confirmation et sa valorisation radicale » (E. Bianchi, Qu’est-ce que le dimanche, Recherches de sciences religieuses 2005/1, p. 27).

Première étape. Au terme de cette première étape, cette petite redécouverte peut inspirer deux réflexions.  Le repos dominical est non seulement source de sanctification, ce qui pourrait ne toucher que le croyant, mais libération de tout homme : la servante, le bétail et l’étranger bénéficient aussi du repos sabbatique. La responsabilité du chrétien est de témoigner de cette libération de tout asservissement par le travail et du culte de l’argent, si possible en faveur du culte divin. La libération bénéficie non seulement au travailleur mais aussi au consommateur. Ce second aspect de la libération est peut-être encore plus important aujourd’hui. Travailler le dimanche, pour gagner plus ; consommer le dimanche, pour consommer plus. Ce sont tout simplement des formes d’asservissement. Même volontaire, le fameux volontariat, cela reste une servitude.

à suivre…

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