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Comité de la jupe contre Comité de la soutane ?

17 octobre 2009

« Le tout n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête ». Cette phrase du Cardinal Vingt-Trois a provoqué la réaction d’un groupe de laïcs composé en particulier de femmes, rejointes par des prêtres dominicains et jésuites. C’est le fameux comité de la jupe qui a suscité déjà des billets inspirés. L’accueil bienveillant des médias n’est pas étonnant mais un peu agaçant. La couverture médiatique d’une manifestation monstre réunissant presque 300000 300 personnes, le 11 octobre, commence à susciter l’interrogation. Cependant chacun sent qu’il y a peut-être matière à réflexion même si les réponses suggérées par le comité ne paraissent pas convaincantes. Comment se fait-il alors que malgré un sursaut de bienveillance et une tentative de bonne foi, il me soit impossible d’éprouver la moindre sympathie pour cette initiative ? Parce que je suis un homme ? Peut-être mais je veux croire qu’il y a d’autres raisons. Au-delà de la posture médiatique qui gène , il y a une mauvaise grille qui rend la communication impossible.

La posture du comité de la jupe est médiatique. Le comité de la jupe a utilisé toutes les ficelles de l’action militante en commençant par l’action en justice.  Ce sont les mêmes qui critiquent le juridisme de l’Eglise et qui prétendaient porter plainte, devant les juridictions écclésiastiques, contre un cardinal pour propos sexistes ! La création d’un comité au nom accrocheur et un bon plan de communication a pris le relais une fois le premier coup réalisé. Une petite manif avant qu’il ne fasse trop froid. Puis pour relancer le tout, à l’issue de la manif monstre au cours de laquelle certaines personnalités ont été remarquées au milieu de la foule, l’annonce de la création d’une nouvelle structure : La  Conférence des Baptisé-e-s de France (CBF) pastiche la Conférence des évêques de France mâtinée de motivé-e-s du sud-ouest.

Tout cela est très efficace puisque tout le monde en parle. C’est un vrai succès médiatique, voulu et programmé. Cela n’est pas forcément mauvais même si cela agace un peu. N’y-a-t-il pas un peu de vrai derrière tout cela ?

La mauvaise grille de lecture. Pas de suspens : la réponse est non. Tout simplement parce que la grille de lecture est faussée. Elle est fondée sur une analyse en terme de pouvoir et de rapports de force. L’observation n’est pas originale et elle a été entendue. Mme Soupa tente une réponse :

Quand c’est eux qui exercent l’autorité, c’est un « service », et, quand la demande vient de nous, il s’agit d’une « volonté de puissance » ! On est dans un système patriarcal, hiérarchique, où l’autorité vient du haut (A. Soupa).

Bah oui… en gros. Le prêtre exerce le sacerdoce comme serviteur. C’est précisément parce que, à l’image du Christ, il est serviteur de tous et de chacun que le prêtre est en même temps à la tête de son Eglise locale. Il exerce peut-être une autorité (l’autorité fait grandir celui sur qui elle est exercée) mais pas un pouvoir qui peut écraser. Ce que certains laïcs demandent, c’est de la reconnaissance et du pouvoir. C’est d’une forme d’égoïsme qu’il s’agit. Cela fait penser aux apôtres qui se disputaient pour savoir lequel était le plus grand ou pour entourer le Christ (la bédé ici). En tout cas, si le but est de semer la discorde, cela fonctionne assez bien. Certains échanges sur internet ont déjà atteint un haut degré d’amertume.

Le plus triste est que, chez certains, la conscience de soi est à ce point développée qu’ils se sentent brimés, humiliés. Ils demandent l’émancipation ! Les baptisés s’émancipent ? Quel sens cette formule peut-elle bien avoir ? Les baptisés ne sont-ils pas appelés à la Vérité qui rend libre. Qu’est-ce que l’émancipation pour un chrétien et singulièrement pour un catholique ?

L’opposition entre moderne et anti moderne lasse. Comme l’écrit Patrck Kéchichian, dans son Petit éloge du catholicisme, « c’est toujours la même alternative, la même caricature ». On a l’impression que certains souhaitent la guerre entre le comité de la jupe et le comité de la soutane.  On a le sentiment de se trouver face à une version light de Golias. Reconnaissance, discrimination, égalité, droits civiques… Tout l’arsenal est là. L’Eglise n’est pas une démocratie et ne peut l’être. Elle est le Corps du Christ avec ces organes chacun à sa place. Cela vire quasiment au protestantisme lorsque Mme Soupa affirme que

les Douze sont des hommes tout simples ! Les Douze de l’origine n’étaient pas prêtres ! La frontière entre le sacerdoce ministériel et le sacerdoce des baptisés n’est plus si forte… Si Jésus avait voulu des prêtres, il aurait été les chercher chez les Lévites. Non, il a été les chercher chez monsieur tout le monde. On ne peut pas dire que Jésus les a ordonnés. Non, non, montrez-moi les Écritures !

C’est d’ailleurs l’analyse de Mgr Castet, évêque de Luçon. Sola scripura et remise en cause du ministère sacerdotale (et petite pique en passant pour le Pape) : tout y est. Evidemment, protestant, ce n’est pas une insulte. Mais on m’accordera que ce n’est pas très catholique… Est-ce comme cela que l’on fera aimer l’Eglise et le Christ ?

La responsabilité des laïcs. Leur vision se veut « responsable » d’après un hebdo. Mme Soupa le rappelait dans son discours du 11 octobre : « À ceux qui nous disent : “ vous prenez le pouvoir ? ”, nous répondons : “nous prenons nos responsabilités !”». Si c’était vrai ! Les laïcs ont-ils vraiment pris une telle place dans l’Eglise ? Chacun évangélise-t-il avec ferveur ? Est-on submergé par les propositions de services à la catéchèse ? Si l’Eglise est un corps, il faut que chaque organe remplisse son rôle sans quoi c’est le corps tout entier qui souffre. La souffrance est encore plus grande lorsque des organes fonctionnant au ralenti se mettent à contester d’autres organes. Je ne pense pas ici à Mme Soupa qui manifestement est engagée et ne fonctionne pas au ralenti mais à tous ces catholiques qui peinent à se lever le dimanche matin mais sont promptes à jouer les contestataires dès le lundi. Nos prêtres et nos évêques ont-ils la vie si belle qu’il faille leur fournir une nouvelle occasion de mettre à l’épreuve leur sainteté ?

Un internaute rappelait la phrase de Bernanos : « L’Église n’a pas besoin de réformateurs, mais de saints ». Efforçons nous d’être saints. Servons sans attendre d’autre récompense que celle de savoir que nous faisons la volonté de Dieu. Les charges d’autorité viendront toutes seules sans que nous prenions la peine de les chercher. S’il y a quelque chose de juste dans l’agitation des Baptisé-e-s de France, c »est sans doute cela : les laïcs ont leur place dans l’Eglise et leur rôle à jouer dans la venue du Règne de Dieu. Il ne s’agit pas de pouvoir et de reconnaissance mais de mission et d’évangélisation.

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5 commentaires leave one →
  1. 17 octobre 2009 23 h 05 mi

    « L’Église n’a pas besoin de réformateurs, mais de saints”
    Il me semble que tout est dit.
    Excellent billet!

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  2. 18 octobre 2009 15 h 13 mi

    ça fait penser à un cancer, toutes ces « cellules » qui se trompent de destination, et qui fabriquent des morceaux d’organes dont le corps n’a pas besoin, mais qui empêchent les organes « sain-t-s » de fonctionner normalement.

    ça fait aussi penser à un corps épileptique, avec un membre qui bouge sans que le cerveau ne l’ait commandé, pour faire des mouvements désordonnés, qui fait passer tout le corps pour débile.

    C’est de l’orgueil, c’est vouloir  » les premiers sièges dans les synagogues » et aimer « à être salués dans les places publiques, et à être appelés par les hommes Rabbi, Rabbi. « ,
    ce n’est que de l’amour propre, c’est exactement le contraire de l’amour de Dieu et des frères, à commencer par nos frères prêtres.

    C’est ne rien comprendre à l’Evangile et à l’histoire de l’Eglise.

    Je parie que cette aventure va leur monter à la tête et que plusieurs de ces femmes du comité de la jupe (qui ont du être fédérées au début uniquement parce que le nom était amusant) vont se retrouvées à rejoindre les femmes évêques ou je ne sais quel mouvement ni catholique ni protestant, sous l’égide d’une gouroute.

    Il y a un parti politique qui a essayé de me recruter, alors que je n’y connais rien, parce que la parité leur imposait d’avoir des femmes et aucune ne voulait venir. C’est vrai, ce que dit Mgr 23, il ne suffit pas d’être une femme. son rire était non pas contre les femmes, mais pour sa formule, dont il devait être content: « il ne suffit pas d’avoir une jupe, il faut avoir qq ch dans la tête »; il aurait ri de la même façon avec pantalon ou soutane.

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  3. 18 octobre 2009 15 h 44 mi

    Idem, je pense aussi qu’il s’agit là d’un coup médiatique, un sursaut de défense contre ce qui semble aux yeux de certains, issus de courants idéologiques nés dans les années 70, d’une régression de l’église vers un passé honni, allez savoir pour quelle raison en vérité.
    Cette position me semble dangereuse, car elle donne l’impression à nouveau, d’un schisme rampant : puisqu’il y a deux camps, pourrait-on se demander, et qu’ils ne peuvent coexister tant ils sont contradictoires, lequel sera poussé dehors ?
    En fin de compte que souhaite cette énième association Conférence des baptisés ? Je ne comprends pas bien la finalité, et ce que signifie concrètement cette expression « plus de responsabilités ». La place et le rôle des laïcs ainsi que celui des clercs n’est-il pas déjà défini dans les textes de Vatican II ? C’est déjà énorme à mon sens : je ne souhaite pas que les laïcs se cléricalisent plus que cela et réciproquement, que les clercs se sécularisent. Que chacun accomplisse sa mission et fasse son travail. Je ne vois pas le prêtre, là, comme un chef d’entreprise distribuant et contrôlant le travail des laïcs… et se gobergeant en fin de compte…. Il me semble qu’à ce point, c’est toute la vision et la représentation du prêtre qui est en cause. Qui est-il ? Que fait-il et quelles sont ses responsabilités ? Nous pourrions nous interroger sur la confusion régnante résultante d’une situation bien particulière, et nous demander comment nous sommes arrivés à cette confusion. Et même, si j’ose : qui a intérêt à celle-ci, pourquoi et qui l’entretient ?
    Pour ma part, je pense que l’église a besoin non seulement de saints, comme toujours, mais aussi de réformateurs : des communautés nouvelles qui souhaitent s’encrer à nouveau dans la Tradition de l’Eglise voient de plus en plus le jour et se développent, rencontrent un certains succès, surtout après les 40 dernières années de déliquescence. Il est probable que ce soit en partie affaire de génération, mais il est aussi probable que ce soit aussi désir authentique de redecouvrir un chemin intérieur qui nous mène à la beauté de Dieu et à un engagement, une soif d’un certain absolu, renouer un fil qui s’était rompu avec la vérité de l’Evangile. Et puis, il est bien difficile construire un avenir à côté ou en dehors de l’histoire chrétienne et de l’Eglise. « Du passé, faisons table rase » est bien une formule inapplicable à qui que ce soit, à quelque société que ce soit, mais aussi à l’Eglise.
    Par exemple : je pense aux franciscains du Bronx, mais aussi à bien d’autres communautés.
    Enfin, puisque nous parlions de grands saints, je pense surtout à la grande Sainte Thérèse d’Avila, qui fut sainte, et aussi réformatrice, non pas en faveur de la dilution de la foi dans l’esprit du siècle et la mode.

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  4. 19 octobre 2009 21 h 47 mi

    Merci de ces commentaires. Peu de contradictions à ce stade!

    Sur les réformateurs, je suis d’accord (not. pour les franciscains du renouveau!). Remarquons qu’ils ne prétendaient pas réformer l’Eglise mais leur congrégation…

    Sur l’avenir du comité ou de la conférence, il y a fort à parier que cela tourne au golias mais ce n’est pas sûr.

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  5. 16 janvier 2010 1 h 04 mi

    très forte analyse décomplexée par Patrice de Plunkett : http://plunkett.hautetfort.com/archive/2010/01/14/une-petite-entreprise-qui-connaitra-la-crise.html#more

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