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Travail famille patrie ou Black, blanc, gris

25 novembre 2009

Il est parfois difficile de suivre l’actualité bessonienne. Même si son doigt a été dépassé par la main d’un autre, les diverses sorties ministérielles s’enchaînent à un rythme soutenu. Elles illustrent assez bien l’ambiguïté du débat sur l’identité nationale. Le travail est au noir, le mariage est blanc ou, pire, gris… la patrie semble bien grise.

Le travail au noir. M. Besson s’affirme, à coté de M. Darcos, intraitable sur la question du travail des personnes sans papiers. Les propositions du gouvernement en matière de lutte contre… on ne sait pas bien quoi en réalité. Le travail au noir ? Le travail des sans papiers ? Ce n’est d’ailleurs pas la même chose. L’amalgame est vite fait et à tort. Le travail au noir voire dissimulé est évidemment un scandale civique. Il doit être combattu avec une grande vigueur. Cependant, assimiler travail au noir et emploi des personnes sans papiers est un abus de langage. Le travail au noir n’est pas réservé à cette catégorie de travailleurs. Par ailleurs, la méthode qui consiste à faire des entreprises des collaborateurs bénévoles de l’administration n’est pas satisfaisante. De même, l’idée d’une sanction administrative consistant dans l’exclusion des marchés publics est également contestable.

Sans aller jusqu’à dire que le débat est posé en termes xénophobes , on peut douter de la pertinence de s’attaquer à la présence sur notre territoire de travailleurs qui ne sont pas toujours, ni même le plus souvent, entrés en fraude mais se sont maintenus au-delà de ce qui était prévu initialement. Pourtant, ils travaillent, ils produisent de la richesse et consomment sur notre territoire. Si le respect des lois relatives à l’immigration doit être assuré, c’est évident, cela ne peut se faire qu’avec humanité et discernement. Les travailleurs étrangers sont-ils bien les premiers à devoir être l’objet d’une telle attention. Sans faire d’angélisme, le doute est sérieusement permis. Le travail est un facteur d’intégration et les travailleurs étrangers même sans papiers ne sont-ils pas préférables à des travailleurs pourvus de tous les documents administratifs mais sans travail ? L’intégration mérite assurément mieux que cette forme administrative.

Le mariage blanc ou gris. La pratique des mariages blanc est évidemment une atteinte à la dignité du mariage. Face au renforcement de la lutte contre les mariages blancs, certaines personnes en quête d’un titre de séjour, voire d’une naturalisation, tentent de les obtenir par la séduction et l’escroquerie sentimentale. Eric Besson a décidé de réagir et part en guerre contre les mariages gris. Si la pratique est condamnable, plusieurs questions surgissent lorsque l’on considère le début de réponse que prétend y apporter le gouvernement. Faut-il renforcer la lutte ? Est-ce même nécessaire ? Le droit civil n’y pourvoit-il pas suffisamment en ouvrant l’action en nullité ? Cette nouvelle étape ne risque-t-elle pas de rendre encore plus difficile la vie des couples mixtes dont on conviendra qu’ils ne sont pas tous uniquement motivés par une volonté de frauder ? Finalement, le mariage est tellement dévalué pour notre gouvernement que voir deux personnes qui veulent encore se marier, cela devient louche. A nouveau, le mariage est traditionnellement un facteur d’intégration dans la mesure où l’on partage une certaine conception de l’institution. Le soupçon jeté sur les mariages mixtes risque de remettre en cause cette tradition.

La patrie grise. Ce billet est surtout l’expression de quelques doutes et interrogations. Il ressort, cependant, de la regrettable conjonction des deux idées précédentes que l’on peut craindre que la réflexion de l’identité nationale soit faussée dès l’origine. Ces deux aspects de la politique gouvernementale mis en avant alors que débute de manière un peu suréaliste un débat sur l’identité nationale laisse très sceptique sur l’état d’esprit qui y présidera. En jetant le soupçon sur deux des institutions qui assurent traditionnellement l’intégration, ne risque-t-on pas de remettre en cause toute politique d’intégration ?

L’Eglise et les chrétiens ont évidemment leur mot à dire dans ce débat. Sur ce point deux idées méritent d’être rappelées. D’une part, accueillir le migrant, c’est accueillir le don de Dieu. De ce point de vue l’accueil des migrants chrétiens peut aider à une prise de conscience de l’universalité de l’Eglise. En revanche, il est évident que les rapports avec l’islam sont bien plus compliqués et le don de Dieu n’est pas toujours évident. C’est pourquoi cet esprit d’accueil doit être mis en oeuvre sans angélisme et dans le respect du bien commun des pays d’immigration.

D’autre part, l’identité de la France sera toujours incomplète si l’on refuse de tenir compte de ses racines chrétiennes. L’accueil de l’étranger implique que l’on sache un peu qui l’on est et d’où l’on vient. La prétention de la France à faire table rase de son passé et un certain mépris de l’histoire n’aident pas à constituer une communauté nationale accueillante.

Enfin, il faut rappeler que le phénomène migratoire dans son ensemble doit être replacé dans la perspective du développement intégral. Le point de départ de toute réflexion pourrait être ce passage de Caritas in veritate :

Le phénomène des migrations est un autre aspect qui mérite attention quand on parle de développement humain intégral… Nous pouvons dire que nous nous trouvons face à un phénomène social caractéristique de notre époque, qui requiert une politique de coopération internationale forte et perspicace sur le long terme afin d’être pris en compte de manière adéquate. Une telle politique doit être développée en partant d’une étroite collaboration entre les pays d’origine des migrants et les pays où ils se rendent; elle doit s’accompagner de normes internationales adéquates, capables d’harmoniser les divers ordres législatifs, dans le but de sauvegarder les exigences et les droits des personnes et des familles émigrées et, en même temps, ceux des sociétés où arrivent ces mêmes émigrés. Aucun pays ne peut penser être en mesure de faire face seul aux problèmes migratoires de notre temps. Nous sommes tous témoins du poids de souffrances, de malaise et d’aspirations qui accompagne les flux migratoires. La gestion de ce phénomène est complexe, nous le savons tous; il s’avère toutefois que les travailleurs étrangers, malgré les difficultés liées à leur intégration, apportent par leur travail, une contribution appréciable au développement économique du pays qui les accueille, mais aussi à leur pays d’origine par leurs envois d’argent. Il est évident que ces travailleurs ne doivent pas être considérés comme une marchandise ou simplement comme une force de travail. Ils ne doivent donc pas être traités comme n’importe quel autre facteur de production. Tout migrant est une personne humaine qui, en tant que telle, possède des droits fondamentaux inaliénables qui doivent être respectés par tous et en toute circonstance.

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