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Le sacré et le social

30 novembre 2009

En ce premier dimanche de l’Avent 2009, le nouveau missel, dit de Paul VI, fête ses quarante ans. Cette réforme liturgique dans le prolongement du Concile Vatican II a profondément marqué l’Église, certains pays, et notamment, la France plus que d’autres. Évènement positif à bien des égards, elle a également provoqué des tensions et suscité des excès. La récente libéralisation de la forme extraordinaire du rit romain, dite messe traditionnelle, a réveillé certains débats dépassés mais a pu aussi susciter une redécouverte du sens de la liturgie et de son importance dans la vie chrétienne, y compris dans l’engagement social. C’est uniquement sur ce point que je voudrais aborder la question ici en rappelant une idée simple : l’eucharistie est la source de l’engagement chrétien dans la société.

Continuité. Le nouveau missel n’est pas une rupture par rapport à la liturgie traditionnelle. Ainsi que le rappelle Benoît XVI dans la lettre accompagnant le Motu proprio Summorum pontificum :

Il n’y a aucune contradiction entre l’une et l’autre édition du Missale Romanum. L’histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture.

La confrontation des fidèles attachés à l’une ou l’autre forme de l’unique rite romain est totalement stérile et sans objet. Elle blesse tristement l’unité pour des raisons parfois plus politiques que spirituelles, comme l’a démontré le schisme des Lefebvristes. La forme ordinaire du rit romain n’a d’ailleurs pas abrogé le missel de Pie V, réformé par le Bienheureux Jean XXIII. Par certains aspects, d’ailleurs, il a renoué avec de très anciennes pratiques de l’Eglise. La prière universelle en est sans doute le plus bel exemple. L’importance du caractère social de la liturgie est par ailleurs bien mise en valeur dans le missel de Paul VI.

En revanche, on peut regretter certains excès dans la mise en œuvre de la réforme liturgique. Si le missel de Paul VI a renouvelé le sens de la participation des fidèles à la liturgie, certaines pratiques ont contribué à désacraliser la messe. Les concours d’inventivité au sein des paroisses ont parfois transformé la messe en un show accompagnant un sympathique dîner entre amis. La recherche de la pauvre simplicité a parfois tourné à la misère. L’abandon du chant grégorien a donné lieu à des vocalises approximatives sur des textes d’une niaiserie sans borne. D’une certaine façon Sommorum pontificum peut être une occasion de

relancer le mouvement liturgique qui… s’était un peu enlisé dans les méandres marécageux d’une créativité débridée et de déformation arbitraires (Mgr Aillet)

Le renouvellement du mouvement liturgique implique que l’on sache tirer le meilleur partie des deux formes du rit romain. Le chrétien doit avoir conscience en même temps de participer, et non seulement d’assister, à une liturgie eucharistique reflétant la liturgie céleste et d’être appelé à l’action sociale voire politique en tant que chrétien, et non seulement en chrétien. Bref, la liturgie nous constitue réellement en corps du Christ.

Le corps du Christ. Par la communion eucharistique, nous sommes assimilés au corps du Christ. Les théologiens expliqueraient sans doute cela très bien. Je n’en citerais qu’un seul ici : William T. Cavanaugh. Reprenant une idée présente chez Henri de Lubac, Cavanaugh part du constat que l’Eucharistie fait l’Église pour mettre en évidence que l’Église n’est pas une association comme les autres réunissant ses membres pour des banquets hebdomadaires. Corps eucharistique, elle est universelle et publique. Un corps ne peut être gardé secret au fond de soi. Cela condamne à l’échec toute tentative de politique d’enfouissement comme celle que l’on a connue, avec le succès que l’on sait, depuis quelques décennies. L’exemple dramatique du Chili est la source de la réflexion de Cavanaugh dans Torture et eucharistie. L’enfouissement des chrétiens a rendu leur parole inaudible lors de l’installation de la dictature de Pinochet. Seul le refus de la privatisation de la foi a permis, y compris par l’excommunication des tortionnaires, de résister à un État dictatorial. Dans un registre moins dramatique, la nouvelle évangélisation prend acte de cet échec et s’engage  dans une annonce explicite de l’Évangile. L’économie de communion fournit une autre illustration de cette démarche à laquelle Caritas in veritate vient donner toute sa légitimité.

Dans l’Eucharistie, nous ne consommons pas simplement le corps du Christ ; nous sommes consommés par Lui. Cela nous engage à être dans le monde nourriture pour nos frères. Autrement dit, une meilleure compréhension de la liturgie eucharistique dans toutes ses dimensions, bien que développées différemment par chaque forme du rit romain, conduit à l’engagement :

Le mystère de l’Eucharistie nous rend apte et nous pousse à un engagement courageux dans les structures de notre monde, pour y apporter la nouveauté de relations qui a sa source inépuisable dans le don de Dieu… Le chrétien laïc en particulier, formé à l’école de l’Eucharistie, est appelé à assumer directement sa responsabilité politique et sociale (Benoît XVI).

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One Comment leave one →
  1. 1 décembre 2009 15 h 06 mi

    Chers amis,

    Si vous le vouliez bien, Una Voce pourrait utilement figurer dans vos liens.
    Union de prières.

    Ph Fabre
    Secrétaire général d’Una Voce

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