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Parole et silence d’un pape

24 décembre 2009

Je viens un peu tard et sans compétence particulière sur un sujet malheureusement polémique. Sur le fond, il sera difficile d’ajouter à ce qui a déjà été dit par Koz (avec un pearltree complet), Le Chafouin, Laloose, Patrice de Plunkett et d’autres (ici et ici et là) sur l’injustice faite à Pie XII. Tout est dit et l’on vient trop tard… Je voudrais seulement revenir sur le reproche fondamental : le silence.

Parole : Tout était dit. Le reproche porte sur le silence du Pape Pie XII pendant le conflit et surtout pendant l’extermination des juifs d’Europe. Tout était dit ! En 1937, dans Mit Brennender Sorge (encyclique de Pie XI rédigé par le Cardinal Pacelli nonce Berlin et futur Pie XII), la condamnation du nazisme est sans ambiguïté. Dans le message pour la Noël 1942, Pie XII formule, pour les peuples, le vœu que

devienne légion la troupe de ceux qui, décidés à ramener la société à l’inébranlable centre de gravitation de la loi divine aspirent à se dévouer au service de la personne humaine et de la communauté ennoblie par Dieu.

Ce vœu, l’humanité le doit aux centaines de milliers de personnes, qui, sans aucune faute de leur part, et parfois pour le seul fait de leur nationalité ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à une extermination progressive.

Sans doute, le mot « juif » ne figure-t-il pas dans ce texte. Il était question de dignité humaine et précisément c’est en affirmant sans ambiguïté que l’extermination des juifs d’Europe est une atteinte à la dignité de l’homme que Pie XII a tenu un discours fort. Il ne faut pas oublier également les autres peuples visés par la politique d’extermination et notamment les tziganes. Il n’y a là aucun silence. Au moment où les mots étaient pervertis  et où tout discours était périlleux, Pie XII a peut-être tenu le seul discours que pouvait tenir le chef de l’Église catholique.

Silence : il restait à faire. Surtout, le silence n’est pas nécessairement condamnable. Il peut être signe de prudence. Ainsi que le relève avec justesse (et justice) Philippe Cheneaux, « la vertu de Pie XII est la prudence ». Il est caractéristique de la discrétion. On se doute des conséquences désastreuses qu’auraient eues des attaques verbales. L’action de Pie XII en faveur des juifs est acquise au plan historique. Il y a des débats sur les chiffres mais il resterait à savoir si une autre institution a fait mieux, même en prenant le minimum de juifs sauvés par l’intervention de Pie XII.

Le silence du pape n’est pas l’expression d’une indifférence. Il est témoignage dans l’action. Thomas More n’a pas été condamné pour avoir parlé mais pour avoir conserver le silence alors que son souverain sombrant dans la tyrannie exigeait de lui l’approbation. Le Christ lui-même après avoir enseigné publiquement n’a guère répondu aux questions de Pilate. Le silence est aussi une vertu.

Un pape n’aurait pas le choix : il devrait être Antigone ou rien ? La jeune fille a agi avant de déclamer son célèbre discours. Elle a agi et l’on a vu le résultat d’ailleurs : un vrai carnage ! Elle a entraînée dans la mort son fiancé, sa ex-future belle-mère et son oncle. Si le pape peut accepter le martyre pour lui, il ne peut pas l’imposer aux autres. Il avait une responsabilité qui dépassait sa personne, son État et le peuple qui lui avait été confié. Son silence et son action sont des témoignages.

2 commentaires leave one →
  1. 6 janvier 2010 12 h 46 mi

    Cher Nicolas, j’ai lu sur votre blog placé sous la haute personnalité de Thomas More, votre article intitulé « silence? ». J’aimerai vous inviter à lire dans le Monde l’article de Patrick Kechichian, peu suspect de progressisme, sur la question du silence de Pie XII, et ce qu’en pensaient Claudel et Maritain… Le problème, ce n’est pas de s’interroger sur le silence pendant la guerre… Ce qui est choquant, c’est le silence après la victoire des alliés, après la « libération » des camps… Alors qu’il n’y avait plus le moindre risque. Pas un mot pour dire publiquement que l’Eglise partageait la douleur, qu’elle était horrifié par ce que certains avaient fait de son enseignement, etc… Thomas More ne reconnaîtrait pas ses petits dans un pareil silence.
    Enfin quelle est l’utilité de canoniser Pie XII et pas Paul VI? ou de canoniser presque tous les papes d’après Vatican I. Le dogme de l’infaillibilité pontificale aurait-il besoin d’être vérifié?

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