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Paix & écologie

1 janvier 2010

Si tu veux construire la paix, protège la création. C’est ainsi que Benoît XVI a intitulé son message pour la célébration de la Journée mondiale de la Paix (V. déjà ici et ). Ce message contient une invitation à s’engager pour une véritable écologie humaine, intégrant l’écologie environnementale, qui permet d’échapper à l’alternative déprimante et mensongère entre l’écologie radicale et l’écolophobie et ouvre des perspectives de conversion authentique.

La création. En affirmant que la nature est création de Dieu et que l’homme est créature, l’Église permet d’esquiver en même temps deux dangers. D’une part, si la création nous est confiée (Gn 1, 28) nous en sommes les intendants et non les propriétaires. La nature est créée par Dieu et si nous aimons Dieu nous devons respecter Sa création. Le chrétien ne peut être écolophobe. On peut être réservé (euphémisme) à l’égard de la traduction politique donnée à l’idée écologique mais le respect de la nature, à la suite de saint François d’Assise notamment, n’est pas facultatif pour le chrétien. Les chrétiens engagés dans cette voie sont encore assez rares, il faut bien le reconnaitre.

Un autre danger guette cependant le chrétien qui voudrait s’engager pour la défense de l’environnement : celui de l’écologie radicale qui prend la forme d’un néo malthusianisme anti humaniste des plus déprimant. L’homme est vu alors comme l’ennemi de la nature et son élimination ou sa réduction est vue comme la seule solution pour sauver la nature. L’écologie humaine rappelant que la nature est création ordonnée, et ordonnée à l’homme, permet d’échapper à cette tentation. Benoît XVI le rappelle très justement dans son message :

Si le Magistère de l’Église exprime sa perplexité face à une conception de l’environnement qui s’inspire de l’éco-centrisme et du bio-centrisme, il le fait parce que cette conception élimine la différence ontologique et axiologique qui existe entre la personne humaine et les autres êtres vivants.

Autrement dit, l’écologie chrétienne (environnementale et humaine) rappelle que l’homme fait partie de la nature mais qu’il est fondamentalement différent des autres créatures. Il a été créé à l’image de Dieu. Par conséquent, toute écologie doit rester humaniste. Le chrétien peut rappeler cette vérité fondamentale par son engagement et ainsi évangéliser l’écologie.

Responsabilité. En outre, le message de Benoît XVI intègre clairement l’écologie dans le cadre général de la responsabilité.

L’Église a une responsabilité vis-à-vis de la création et elle pense qu’elle doit l’exercer également dans le domaine public, pour défendre la terre, l’eau et l’air, dons du Dieu Créateur à tous, et, avant tout, pour protéger l’homme du danger de sa propre destruction.Responsabilité personnelle et communautaire, responsabilité à l’égard des générations futures.

La responsabilité est personnelle et communautaire. Le changement ne viendra pas que des institutions internationales ou de la coopération interétatique. L’échec du sommet de Copenhague illustre tristement l’égoïsme des États qui n’a rien à envier à celui des individus. Le Pape reconnaît notamment l’importance de l’action des organisations non-gouvernementales et de la société civile. Mais c’est aussi à chacun de nous de s’engager personnellement au quotidien. Chacun peut et doit à son niveau (en vertu du principe de subsidiarité) agir pour la protection de l’environnement.

Partant d’un constat fort :

Il apparaît toujours plus clairement que le thème de la dégradation environnementale met en cause les comportements de chacun de nous, les styles de vie et les modèles de consommation et de production actuellement dominants, souvent indéfendables du point de vue social, environnemental et même économique.

Benoît XVI appelle à s’engager :

Selon le principe de subsidiarité, il est important que chacun s’engage à son propre niveau, travaillant afin que soit dépassée la suprématie des intérêts particuliers.

Notre responsabilité est engagée non pas tant à l’égard d’une nature personnifiée voire quasi divinisée mais surtout à l’égard des générations futures :

La mise en place d’une solidarité intergénérationnelle loyale semble en effet urgente. Les coûts découlant de l’usage des ressources environnementales communes ne peuvent être à la charge des générations futures (n° 8 ).

L’écologie est un aspect essentiel du développement intégral défendu dans Caritas in veritate. Les aspects économiques sont évidemment très importants dans cette perspective :

Pour contrer ce phénomène, en s’appuyant sur le fait que «toute décision économique a une conséquence de caractère moral», (Caritas in veritate, n° 37) il est aussi nécessaire que l’activité économique respecte davantage l’environnement.

Dans le prolongement de Caritas in veritate, Benoît XVI invite par conséquent à une véritable conversion :

Il est donc sage d’opérer une révision profonde et perspicace du modèle de développement, et de réfléchir également sur le sens de l’économie et de ses objectifs, pour en corriger les dysfonctionnements et les déséquilibres (n° 5).

Les questions de l’eau et des ressources énergétiques sont cruciales à bien des égards. C’est notamment dans ces domaines que le rapport à la paix est le plus évident tant elles sont sources de tensions entre États et bloc continentaux. Comment s’imaginer que notre mode de vie  puisse être maintenu pacifiquement alors qu’il suppose nécessairement que d’autres peuples n’y ont pas accès : nous ne vivons confortablement que parce que d’autres meurent de faim ou à la tâche. Ces difficultés ne pourront sans doute être réglées qu’au niveau mondial mais chacun peut déjà agir dans son environnement immédiat. Benoît XVI invite à adopter un nouveau style.  Le terme ‘style’, employé à plusieurs reprises dans le message, peut sembler étrange. S’il vise d’abord nos styles, au sens de modes, de vie, le terme est utilisé une fois de manière plus originale :

Les relations entre les personnes, les groupes sociaux et les États, comme entre l’homme et l’environnement, sont appelées à prendre le style du respect et de la «charité dans la vérité».

Le style, ce n’est pas une politique, ni une idéologie. C’est une façon de faire et d’être qui engage la personne tout entière. La Charité dans la vérité, et sa composante écologique, ne sont donc pas une troisième voie, une voie moyenne entre l’écologie radicale ou l’écolophobie. Pas davantage que la doctrine sociale de l’Église n’est elle-même une troisième voie située quelque part entre le libéralisme et le socialisme. C’est autre chose, quelque chose de radicalement différent. C’est en le comprenant que les chrétiens, a priori sceptiques sur les questions écologiques (comme pour être franc je l’ai été personnellement pendant assez longtemps), pourront s’engager en vérité pour le respect de la création.

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3 commentaires leave one →
  1. 2 janvier 2010 12 h 18 mi

    Merci pour ce bon commentaire, qui encourage à vivre cette dimension de l’écologie dans le respect de la personne et de la nature (dans cet ordre). C’est là tout le sens de la Doctrine Sociale de l’Eglise.

    bonne année.

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  2. 3 janvier 2010 16 h 04 mi

    Intéressant texte pour quelqu’un qui suis bien peu l’actualité de l’église catholique.

    Détail amusant: mon blog se veut l’héritier d’un autre tenu par quelqu’un qui avait pris le pseudonyme d’Erasme de Metz … il doit regretter de ne pas avoir rencontrer le blog « Thomas More » 🙂

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Trackbacks

  1. Ecologie « Lemessin

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