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Rentrée de la Rote à Rome

5 février 2010

Le Tribunal de la Rote romaine a fait sa rentrée solennelle vendredi 29 janvier 2010. Conformément à l’usage, Benoît XVI a prononcé un discours devant cette juridiction mal connue même par les catholiques. Elle juge essentiellement les appels dirigés contre les décisions rendues par les juridictions de première instance (CIC, Can. 1444). Bien évidemment une grande part des affaires traitées par la Rote romaine relève du droit de la famille et en particulier de la nullité du mariage.

Cette année, Benoît XVI a replacé le travail des juges ecclésiastiques dans la perspective plus large de la charité et de la vérité : de la charité dans la vérité (Caritas in veritate). Le Pape rappelle à cette occasion que l’on ne peut sous prétexte de charité pastorale rechercher à tout prix la nullité d’un mariage pour permettre notamment à certaines personnes d’accéder aux sacrements. Si la démarche pastorale est essentielle, elle ne doit pas conduire à une instrumentalisation du droit qui est un instrument de justice.  La question a déjà été abordée ici et mais elle n’a manifestement pas reçu de réponse satisfaisante.

De manière plus générale, les propos de Benoît XVI devraient également être médités par tout juriste, magistrat, avocat ou enseignant. L’apport du dernier discours de Benoît XVI est de rappeler que le vrai, le bon et le juste sont liés. La justice n’est pas uniquement, ni même principalement, une administration. Elle est une vertu. Une vertu humaine que le chrétien doit mettre en œuvre avec plus d’exigence encore que les autres car il ne peut la détacher de la charité.

Ensuite, l’action de celui qui administre la justice ne peut faire abstraction de la charité. L’amour envers Dieu et envers son prochain doit inspirer toute activité, même celle apparemment la plus technique et bureaucratique. Le regard et la mesure de la charité aideront à ne pas oublier que l’on se trouve toujours face à des personnes marquées par des problèmes et des souffrances. Même dans le domaine spécifique du service d’agents de la justice, le principe vaut selon lequel « la charité dépasse la justice » (Enc. Caritas in veritate, n. 6).

Non seulement la justice n’est pas étrangère à la charité, non seulement elle n’est pas une voie alternative ou parallèle à la charité:  la justice est « inséparable de la charité », elle lui est intrinsèque » (ibid., n. 6). La charité sans justice n’est pas telle, mais elle est seulement une contrefaçon, car la charité elle-même requiert cette objectivité typique de la justice, qui ne doit pas être confondue avec une froideur inhumaine. A cet égard, comme l’affirma mon prédécesseur, le vénérable Jean-Paul II, dans l’allocution consacrée aux relations entre pastorale et droit:  « Le juge doit toujours se garder du risque d’une compassion déplacée qui se transformerait en sentimentalisme, pastoral en apparence seulement » (18 janvier 1990, in AAS, 82 [1990], p. 875, n. 5).

La charité n’est pas sentimentalisme car elle est liée à la vérité. Elle n’est pas pur subjectivisme mais recherche du bien de la personne et du bien commun. Thomas More peut être à nouveau un guide sur ce chemin exigeant. Il était loin de l’image que tend à en donner petit à petit la série Tudor par exemple (outre qu’il n’a jamais condamné à mort de protestants). Il est le juriste complet : d’abord avocat, puis juge, législateur et Lord Chancelier mais aussi accusé et enfin condamné à mort. La méditation de sa vie à la lumière des enseignements de l’Eglise sera une source vive pour tous les juristes catholiques.

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  1. Mike permalink
    9 février 2010 13 h 52 mi

    La precision que vous donnez sur More à propos de la condamnation à mort des protestants dans la serie des Tudor est interressante car malgré l’exercice de mon esprit critique en suivant cette serie j’avais cru en cette partie de l’histoire. Cependant, la saison 2 des Tudor rend un tant soit peu justice à More: la façon dont il y subit son martyr est digne d’admiration surtout lorsque le spectateur met tout cela en relation avec la situation de l’Eglise anglicane aujourd’hui.

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