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De la justice : crise financière et droits humains

10 mars 2010

Le message de Benoît XVI pour le Carême 2010 invite à méditer sur la justice à partir d’une citation de Paul :

«La justice de Dieu s’est manifestée moyennant la foi au Christ. » (Rm 3, 21-22)

Le thème ne peut que retenir l’attention du juriste. Pourtant, la justice que le Pape nous invite à méditer n’est pas uniquement cette justice particulière, un peu étroite. L’homme juste, au sens chrétien voire biblique, est l’homme qui fait ce qui plait à Dieu ; mieux, qui vit de l’Amour de Dieu. Cela conduit Benoît XVI à rappeler que, contrairement à ce que l’on est tenté de penser par confort, l’injustice ne vient pas exclusivement de causes extérieures à l’homme mais de son coeur. Un coeur lourd d’égoïsme qui le porte à se replier sur lui-même.

[Adam et Eve] ont substitué une logique du soupçon et de la compétition à celle de la confiance en l’Amour, celle de l’accaparement anxieux et de l’autosuffisance à celle du recevoir et de l’attente confiante vis-à-vis de l’autre

C’est l’ouverture  à l’Amour de Dieu qui peut nous conduire à l’exercice de la justice envers le prochain. Le message de Carême permet au passage de perfectionner notre hébreux biblique en recourant au terme Sedaqah pour exprimer le lien entre la foi et la justice.

Sedaqah signifie en effet l’acceptation totale de la volonté du Dieu d’Israël et la justice envers le prochain (cf. Ex 20,12-17), plus spécialement envers le pauvre, l’étranger, l’orphelin et la veuve (cf. Dt 10, 18-19).

Mais la justice divine n’est pas la justice de l’homme. C’est la justice de la Croix.  Nous avons reçu tellement de notre Dieu qui a payé à travers son fils un prix qui peut paraître exorbitant. Nous pouvons d’ailleurs ne pas supporter un tel présent et nous révolter. La justice de la Croix doit conduire l’homme à abandonner le fantasme de l’autosuffisance. Benoît XVI montre alors comment à partir de là nous sommes invités particulièrement en ce temps de Carême, à nous engager dans une charité active.

Fort de cette expérience, le chrétien est invité à s’engager dans la construction de sociétés justes où tous reçoivent le nécessaire pour vivre selon leur dignité humaine et où la justice est vivifiée par l’amour.

Ce message de Carême trouve un écho dans l’intervention de Mgr Silvano Tomasi, représentant permanent du Saint-Siège aux Nations Unies, lors de la 13e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU (Zenit). Contestant la séparation des sphères économique, sociale et écologique, Mgr Tomasi défend l’idée que la défense des droits humains peut contribuer à sortir de la crise économique actuelle :

La délégation du Saint-Siège veut réaffirmer sa conviction que la perspective des droits humains offre une contribution positive pour une solution de la crise financière actuelle

Autrement dit, la crise peut être l’occasion de revisiter les fondements de l’organisation économique et sociale afin de s’attaquer aux racines de la crise. Une telle conviction est soutenue par l’encyclique Caritas in veritate, citée évidemment par Mgr Tomasi.

L’intervention de Mgr Tomasi contient un appel fort à la justice et à l’équité afin que soit respectée la dignité de la personne humaine au fondement tant des droits de l’homme que de la doctrine sociale de l’Église :

l’objectif commun est la protection de la dignité humaine qui relie toute la famille humaine… enracinée dans ces 4 principes fondamentaux : caractère central de la personne humaine, solidarité, subsidiarité, et bien commun

Les États sont évidemment les premiers acteurs de cette évolution. Ils ne sont pas les seuls. Outre les organisations internationales et les ONG, les entreprises elles-mêmes peuvent et doivent contribuer au développement intégral de la personne. Il faut se souvenir que pour la première fois, semble-t-il, dans une encyclique, le terme de responsabilité sociale des entreprises a été employé dans Caritas in veritate (n° 40 et 45).

Doivent en conséquence être abandonnées les « vieilles habitudes d’avidité ». Des réformes sont nécessaires non seulement pour réformer le système financier mais aussi pour concrètement modifier les règles du jeu afin de répondre aux besoins de la personne, premier capital à sauvegarder. Les réformes institutionnelles et purement financières ne suffiront pas. Il faut bien reconnaître que les premiers signes de reprises peuvent laisser craindre que l’on oublie vite les bonnes résolutions prises au plus fort de la crise. L’action concrète et la vigilance durable des chrétiens et notamment des juristes chrétiens peuvent permettre d’espérer que l’on progresse en vue du bien commun. Les actions relevant notamment de l’économie de communion mais aussi plus largement de la responsabilité sociale des entreprises sont des voies que la crise nous donne l’opportunité de découvrir et d’explorer.

Revenons pour conclure au message de Carême de Benoît XVI :

Chers frères et sœurs, le temps du carême culmine dans le triduum pascal,  au cours duquel cette année encore, nous célébrerons la justice divine, qui est plénitude de charité, de don et de salut. Que ce temps de pénitence soit pour chaque chrétien un temps de vraie conversion et d’intime connaissance du mystère du Christ venu accomplir toute justice.

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2 commentaires leave one →
  1. pourquoisecompliquerlavie permalink
    10 mars 2010 20 h 05 mi

    Que voilà un message de carême opportun, optimiste eet confiant. Notre foi devrait toujours ressembler à cela.

    Merci à vous de ce rappel lumineux.

    J'aime

  2. 11 mars 2010 1 h 23 mi

    Excellent billet, à méditer!

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