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La méthode Pilate

28 mars 2010

L’Église célèbre aujourd’hui l’entrée de Jésus à Jérusalem et entre dans la Semaine Sainte. L’évangile de ce dimanche (ici) nous donne à méditer le procès de Jésus et notamment une figure de juge : Pilate, le seul personnage historique mentionné dans le Credo. Sur le procès de Jésus, beaucoup de choses ont déjà été écrites. On voit qu’après une forme de procès juif, dont on discute la portée exacte, Jésus est livré à l’injustice de l’occupant romain. Les juridictions juives étaient restées en place et fonctionnaient encore bénéficiant d’une certaine autonomie, toujours révocable par l’occupant.

Alors qu’on reprochait à Jésus d’avoir blasphémé, l’incrimination est transformée devant le juge Pilate en sédition. Voici l’acte d’accusation formulé par les anciens devant Pilate :

Nous avons trouvé cet homme en train de semer le désordre dans notre nation : il empêche de payer l’impôt à l’empereur, et se dit le Roi Messie

Pilate a repris l’interrogatoire. Ce qui l’intéresse, c’est de savoir si Jésus est le roi des juifs. Si la réponse était affirmative, cela remettrait en cause l’autorité de l’Empereur qui avait annexé la Judée quelques années auparavant. Comme d’habitude, Jésus ne répond pas aux questions pièges qui sont mal formulées. On ne peut apporter de bonne réponse à une telle question :

C’est toi qui le dis

Pilate est tenté de prononcé un non lieu dans l’affaire Jésus  :

Je ne trouve chez cet homme aucun motif de condamnation

Face à l’insistance des Anciens, Pilate prend peut-être peur mais ne veut toujours pas prononcer lui-même la condamnation. Il utilise toutes les ressources du Code procédure pénale de son esprit tordu. Constatant que Jésus est Galiléen, Pilate  se déclare incompétent au profit d’Hérode. Face à ce personnage médiocre, Jésus refuse de répondre adoptant le silence comme défense. Il faut reconnaitre que malgré la joie de voir Jésus qui saisit Hérode, celui-ci ne pouvait entendre ce que Jésus venait annoncer à l’humanité. Il faut se souvenir que Hérode n’était pas juif. Après avoir traité Jésus avec violence et mépris, Hérode le renvoie à Pilate. A nouveau, celui-ci tente de se défausser ; non pas par scrupule et conscience de l’innocence de Jésus, contrairement à ce qu’une certaine tradition antisémite tente de faire croire, mais sans-doute parce qu’il a peur de désordres plus grands. Il pense alors à prononcer une sanction de principe, une peine modérée pour maintenir son autorité sans pour autant risquer grand chose :

Vous m’avez amené cet homme en l’accusant de mettre le désordre dans le peuple. Or, j’ai moi-même instruit l’affaire devant vous, et, parmi les faits dont vous l’accusez, je n’ai trouvé chez cet homme aucun motif de condamnation. D’ailleurs, Hérode non plus, puisqu’il nous l’a renvoyé. En somme, cet homme n’a rien fait qui mérite la mort. Je vais donc le faire châtier et le relâcher

Ultime pirouette de procédure, Pilate pense à l’amnistie mais la foule, cette même foule qui avait fait un accueil triomphal à Jésus une semaine avant, demande la libération de Barabbas.

Alors Pilate décida de satisfaire leur demande. Il relâcha le prisonnier condamné pour émeute et pour meurtre, celui qu’ils réclamaient, et il livra Jésus à leur bon plaisir.

Pilate a manqué au devoir du juge. Il a utilisé toutes les ficelles de la procédure pour ne pas prendre une décision que la conscience d’un juge intègre aurait dû immédiatement rejeter. Le non lieu, l’exception d’incompétence, le manque de preuve, la grâce ou l’amnistie ont été envisagés mais n’ont été d’aucun secours à l’Innocent. Le droit et la procédure ne peuvent rien contre une conscience faussée. La méthode Pilate est un positivisme procédurier qui manque à la justice.

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One Comment leave one →
  1. pourquoisecompliquerlavie permalink
    28 mars 2010 15 h 03 mi

    Oui.

    Nous en connaissons tous qui aujourd’hui encore, trouvent des biais pour ne pas juger….

    Quand j’étais jeune, les juges gfrançais ne tenaient pas audience le vendredi saint de peur de réitérer une énooorme erreur judiciaire.

    Les juges laïcs ne le font plus.

    Je continue à exiger de ne pas plaider ce jour là. En 30 ans de barre, tous m’ont entendue.

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