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Qui est mon prochain ? ou pourquoi le catholique ne peut pas être raciste

9 juin 2010

La Commission nationale consultative des droits de l’homme a rendu récemment son rapport sur le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie.  Parmi toutes les informations fournies par le rapport, il en est une qui m’attriste. Les croyants et singulièrement les catholiques seraient plus racistes que la moyenne des Français. Le rapport relève que

[l]a religion enfin n’exerce pas d’effet modérateur sur la  représentation de l’autre, au contraire. Les catholiques se montrent moins ouverts que les sans religion et l’intolérance  augmente avec le taux de pratique, atteignant ses niveaux les plus élevés chez les fidèles les plus intégrés à la communauté catholique.

On relèvera également en passant que la pratique ne fait rien à l’affaire. Ce qui est étonnant.  Le racisme est sans doute perçu avec une certaine sensibilité par les auteurs du rapport. La laïcité est mise en évidence et je ne peux m’empêcher de me dire que l’image des religions qui ressort de ce rapport ne déplait pas tant que cela à certains défenseurs des droits de l’homme. En guise d’indice, une question un peu étonnante qui n’a pas grand chose à voir avec le reste de l’enquête :

Le terme de laïcité a des connotations positives pour 67 % des personnes interrogées (– 1 point) et celui de religion pour 39 % d’entre elles (+ 1 point). Par ailleurs, la religion catholique évoque quelque chose de positif pour 45 % des interviewés (+ 3 points), la religion protestante pour 39 % (+ 4 points) et la religion juive pour 38 % (+ 3 points). La seule religion à ne pas être mieux perçue est la religion musulmane, en fin de classement (27 %).

Qu’importe la connotation du terme laïcité lorsque l’on parle de racisme ? A moins que l’on veuille laisser à entendre que la laïcité, à la française bien entendu, est un facteur de paix sociale et que religion ne peut s’employer que dans l’expression guerre de religions !

L’analyse politique du phénomène religieux est également manifeste. Le rapport pointe notamment un certain nombre de sites en relevant notamment leur affichage catholique. Comme par hasard, ce sont des sites qui ne relèvent pas de la pastorale des migrants !

Alors… le catholique est-il raciste ? Je ne sais pas. Sans doute n’est-il pas facile d’être ouvert à tous et à toutes, tout le temps et en tout lieu. Il n’est pas possible toutefois de se rendre sourd au message de l’Église sur l’accueil des migrants et le rapport à l’étranger.

L’instruction Erga migrantes caritas christi a fourni des orientations pour une pastorale des migrants et rappelle notamment que

le chrétien contemple dans l’étranger le visage même du Christ, né dans une mangeoire, et qui, en tant qu’étranger, a fui en Egypte, assumant et récapitulant en lui l’expérience fondamentale de son peuple…

Benoît XVI a rappelé également dans Caritas in veritate la nécessité de prendre en compte le phénomène migratoire en vue d’un authentique développement intégral, prolongeant la vision non seulement de Populorum progressio mais aussi plus fondamentalement encore de Gaudium et spes. Bien évidemment, le droit des personnes migrantes suppose aussi des devoirs et implique la recherche d’une certaine harmonie avec les pays d’accueil. Benoît XVI l’a rappelé tout récemment à l’occasion de l’Assemblée plénière du Conseil pontifical de la pastorale pour les migrants et les itinérants réunis le 28 mai à Rome (Liberté politique). Parmi les droits de la personne migrante, la dignité et le respect de sa vie familiale sont fondamentaux. En outre, si les États sont en droit de ne pas accueillir tous les candidats à l’immigration, certaines pratiques sont peu respectueuses de la dignité de la personne. Certaines pratiques de refoulement notamment ont été dénoncées par Mgr Agostino Marchetto, secrétaire du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants. Tout cela n’est sans doute pas facile notamment face à l’importance de l’immigration des personnes de religion musulmane. Le refus voire la haine ne sont que des solutions de facilité en réponse à un sentiment d’impuissance. Il faut résister à la tentation de céder à la facilité, écouter et faire entendre le message catholique sur les questions de migrations. Le dialogue mais aussi l’évangélisation, y compris des musulmans, sont nécessaires. Sans naïveté, sans angélisme, au besoin en sachant dire non, nous devons être accueillants pour notre prochain à l’image du bon samaritain. C’est une disposition d’esprit, une conscience de nos droits et de nos devoirs.

Les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de la sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine. Les pouvoirs publics veilleront au respect du droit naturel qui place l’hôte sous la protection de ceux qui le reçoivent.

Les autorités politiques peuvent en vue du bien commun dont ils ont la charge subordonner l’exercice du droit d’immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs des migrants à l’égard du pays d’adoption. L’immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil, d’obéir à ses lois et de contribuer à ses charges (CEC, n° 2241).

Notre rapport aux migrants doit être défini tant au plan personnel, accueil et respect des personnes, qu’au plan international dans un souci de développement intégral des peuples supposant une réelle coopération entre pays. C’est en défendant ces deux idées que la position de l’Église apparait dans son originalité, exigeante et sans naïveté.

Si nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde, est-il possible de n’avoir aucun scrupule à vivre confortablement que parce que certains de nos frères sont privés du nécessaire ?

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7 commentaires leave one →
  1. BBB permalink
    9 juin 2010 11 h 10 mi

    Je n’ai pas de critique réelle envers ce post. Je suis même pour ainsi dire d’accord. Je souhaite juste préciser deux choses :

    Il y a une différence entre accueillir des migrants (qui signifie une certaine action politique pour que les migrants trouvent leur place dans la société dans laquelle ils arrivent) et tolérer ou accepter l’immigration en restant finalement indifférent à la situation sociale des hommes et femmes qui croient avoir trouver un pays refuge.

    D’autre part, sur la question du racisme il y aurait en premier lieu des précisions à donner sur le sens de racisme et de xénophobie. Le rapport que vous citez ne semble pas le faire et vous ne le faites pas non plus. Or aujourd’hui on a tendance à qualifier de raciste quelqu’un qui souhaite (par exemple) le contrôle des flux migratoires ou la préférence, toutes parts égales par ailleurs, accordée à la personne de même nationalité. Ce qui me paraît dénaturer le sens du mot.
    Je ne sais pas si je me fais bien comprendre, mais dans les grands médias le simple fait d’établir une distinction d’avec l’étranger peut amener à une accusation de racisme. Je me demande même si le terme d’étranger n’est pas purement et simplement raciste dans la mesure où il signifie une différence établie par l’esprit entre moi et l’autre.

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  2. 9 juin 2010 11 h 54 mi

    La question qui devrait déjà se poser, en préliminaire, n’est-ce pas déjà : qu’appellent « racisme » les auteurs du rapport et les rédacteurs du sondage ? Qu’appellent-ils « croyants » et qu’appellent-ils « catholiques » ?

    Si déjà on ne parle pas la même langue, les conclusions du rapport se posent là…

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  3. 9 juin 2010 12 h 33 mi

    Vous avez tous les deux tout à fait raison. J’ai fait une allusion à cette difficulté en disant que la perception du racisme était fort large. Dans les questions de l’enquête, il serait laissé entendre que ne pas souhaiter donner le droit de vote aux étrangers présents en France serait un indice de racisme. On peut sérieusement en douter. Je prends surtout en considération les déclarations des personnes interrogées. C’est très subjectif mais permet de juger de la cohérence des opinions de la personne qui est le point qui m’intéresse ici.

    Quant à la définition du catholique, elle est essentiellement fondée sur les déclarations des personnes interrogées… D’ordinaire, le catholique pratiquant va à la messe une fois par mois ou plus. Le catholique pratiquant irrégulier se rend à l’Église pour les grandes fêtes… De manière un peu étonnante, le rapport laisse entendre que la pratique serait plutôt en corrélation avec le racisme alors que la lecture du sondage laisse voir le contraire.

    Plus particulièrement @ BBB : je suis tout à fait d’accord avec la première remarque. D’où l’importance d’avoir une juste vision de la question combinant droits et devoirs, disposition personnelle et coopération internationale. Sur le second point, je vous renvoie à ce que j’ai dit plus haut sur les définitions et mon choix de prendre en compte les déclarations des personnes interrogées pour en apprécier la cohérence.

    Plus particulièrement @ Armel h : il est clair que si nous, ce sont les catholiques… nous ne parlons pas le même langage que les auteurs du rapport. On pourrait aussi contester la tentative de faire apparaitre le catholique comme une espèce particulière de type âgé et d’extrême droite…

    Vous pouvez voir le détail de l’enquête CSA : http://www.csa.eu/dataset/data2005/opi20051122a.pdf

    et notamment la dernière page

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  4. 12 juin 2010 13 h 24 mi

    Merci pour les précisions et le lien.
    Finalement, ce sondage comme tant d’autres ne soulève-t-il pas, justement, la question de savoir qui et à quelle condition peut se prétendre « catholique » ?

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  5. jpatault permalink
    5 septembre 2010 9 h 49 mi

    Bonjour,

    Une simple remarque qui est pourtant fondamentale pour la religion chrétienne et malheureusement largement mal interprété par tous.

    Je rappelle le texte biblique (Luc 10:36-37) :

    10.36 : Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands?
    10.37 C’est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi. Et Jésus lui dit: Va, et toi, fais de même.

    On voit clairement qu’il ne s’agit pas d’aider l’autre.
    Mais il s’agit d’aimer celui qui prend soin de nous.
    En clair : Ne pas cracher dans la soupe. Mais être reconnaissant du bien que l’on nous fait.

    Cordialement,

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  6. Nouhaud permalink
    21 septembre 2010 20 h 00 mi

    Ayant cinquante ans et ayant eue une profession particulièrement difficile, je me suis « reconvertie » comme bénévole au sein du secours catholique. Cela fait quatre ans que j’essaie de faire évoluer l’accueil. En effet je tentais par tous les moyens de limiter cet esprit d’intolérance très encré dans ce milieu. Tout est prétexe à rejeter l’autre (celui qui ne leur ressemble pas physiquement), à un point indescriptible: pas d’ouverture, d’amour et j’en passe(étonnant n’est-ce-pas?). Meme la précarité, pour laquelle nous sommes là, est reprise et est détournée comme un sujet de haine et de mépris. Mon constat est très triste et je pense vraiment partir malgré mes convictions très fraternelles. Je ne suis pas une catholique croyante et de cela ils en ont horreur.

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