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La burqa à l’Assemblée nationale

7 juillet 2010

Le débat sur la burqa a débuté hier soir à l’Assemblée nationale dans une ambiance lourde, chargée par les heurts de l’après midi. La plus grande partie de l’opposition a d’ailleurs à nouveau quitté l’hémicycle. Pour inaugurer la catégorie des raccourcis dédiée aux petits billets (cela m’évitera de supprimer ces brouillons que je n’ai pas le temps de mener à maturité), je propose un rapide aperçu de cette première séance.

L’intervention de MAM, garde des sceaux, a consisté à rappeler la nécessité d’une interdiction totale. Elle a fondé l’interdiction sur le principe de dignité et, surtout, sur une notion renouvelée de l’ordre public immatériel ou social, comme le député Garraud après elle. Le caractère général de l’interdiction est justifié autant par des raisons de principe (l’atteinte à la dignité n’est pas moindre dans la rue que dans un service public) et des considérations pratiques (une interdiction générale est plus aisée à faire respecter en laissant moins de place à l’interprétation). La consécration d’une telle approche de l’ordre public serait certainement une nouveauté. Le Conseil d’État n’avait toutefois pas conseillé d’aller en ce sens. Au passage, on voit bien la qualité du travail du Conseil d’État, qui constitue la vrai référence dans ce débat, alors que la valeur des travaux de la commission Gérin commence à être moins évidente (euphémisme). Bref, tout cela est bancal. La dignité est un fondement fort politiquement mais faible juridiquement ; l’ordre public est plus fort juridiquement mais peu glorieux politiquement.

Les débats qui ont suivi ont été classiques, me semble-t-il, dans leur structure. Irrecevabilité soutenue par les socialistes et rejetée par l’Assemblée. Renvoi en commission soutenu par un Mamère nullissime (parlant de peine conventionnelle au lieu de contraventionnelle!) et rejeté tout aussi rapidement.

Sur le fond, le malaise des socialistes se perçoit clairement. Ils sont contre le port de la burqa mais n’osent pas soutenir l’interdiction par voie législative. Sans doute, pensent-ils qu’une partie de  l’électorat étant favorable à une telle loi, ce ne serait pas très porteur. Cela donne des échanges surprenant où les socialistes tentent de donner des leçons de droit à la majorité. Ce ne serait pas inutile, avouons le, mais que cela vienne de la gauche fait sourire. On se souvient de ce grand moment de philosophie du droit que le député Laignel a offert en 1981 :

Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaires

Aujourd’hui, les choses ont changé et les socialistes minoritaires se sont découverts une vocation de défenseurs de l’orthodoxie juridique. Il reste que leur discours est un peu limité.

A ma grande surprise, les propos des orateurs MRC et PC, deux partis qui n’ont pas droit à une once de ma sympathie politique, étaient presque les plus réalistes. Ils reconnaissent que le port de la burqa doit être combattu mais, dans le même temps, que la loi n’y peut pas grand chose (Ah ! ce légicentrisme bien français ; cette nomophilie délirante) et que le combat doit être mené sur un autre terrain : le terrain social pour eux qui ne connaissent rien à la spiritualité. La dimension religieuse est volontairement gommée par tous les orateurs qui persistent à limiter la burqa à une antique pratique pashtoun sans fondement religieux. Il faut reconnaître qu’il n’est pas facile de savoir si le port de la burqa est réellement une prescription religieuse obligatoire. Mais il est irréaliste de ne pas reconnaître la dimension religieuse du débat en le limitant à une provocation politique (ce qu’est aussi la burqa). Si l’on veut limiter le port de la burqa, il faut être fort spirituellement. Sur ce terrain, seuls, en France, les chrétiens sont en mesure de tenir la difficile position du dialogue et de la contradiction, y compris par l’évangélisation des musulmans qui sont en France.

15 commentaires leave one →
  1. 7 juillet 2010 10 h 56 mi

    « L’évangélisation des musulmans qui sont en France », vous y allez franco🙂
    S’agissant du terme « nomophilie », je pense que « nomomanie » est plus adéquat.

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    • 7 juillet 2010 11 h 13 mi

      Bah on est catho ou on ne l’est pas… remarquez qu’il y a dialogue en premier !
      Sur nomomanie, c’est juste mais nomophilie est plus usuel et plus jolie, alors je le garde. Sur le fond, cela tient plutôt de la manie.

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  2. 7 juillet 2010 11 h 10 mi

    Bonjour,

    « l’évangélisation des musulmans qui sont en France »

    Avec tout mon respect, c’est un projet très ambitieux mais difficilement crédible (un peu conquérant par ailleurs). Pour l’instant le constat est qu’en France des centaines voir milliers de chrétiens se convertissent à l’Islam, mon père est d’ailleurs évangéliste (après être passé par l’église catholique).

    La première partie de votre analyse semble correcte mais votre conclusion est à mon sens erronée.
    Très franchement, on ne pourra pas limitée le port du voile intégral car les femmes qui le porte le font avec foi et dévotion envers leur Seigneur.
    La foi ne peut être éteinte avec des loi

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  3. 7 juillet 2010 13 h 02 mi

    NM, la philia, comme je vous l’indiquais sur Twitter, a une connotation positive. Là, on est plutôt dans la névrose🙂.
    S’agissant de l’évangélisation, les catholiques ouvertement prosélytes ne sont pas légion.

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  4. polluxe permalink
    7 juillet 2010 15 h 01 mi

    « seuls, en France, les chrétiens sont en mesure de tenir la difficile position du dialogue et de la contradiction, y compris par l’évangélisation des musulmans qui sont en France. »

    ne serait-ce pas un peu prétentieux ? et puis bon courage pour évangéliser des musulmans dont la religion progresse partout dans le monde…

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  5. 7 juillet 2010 15 h 22 mi

    @AJIB et Polluxe

    L’évangélisation est une mission du baptisé. Ce n’est pas tout à fait la même chose que le prosélytisme d’ailleurs. Sur l’évangélisation, en général, et celle des musulmans en particulier, il y a quelques cas qui sont souvent aussi de beau témoignage.

    La prétention est peut-être dans le « seuls »… pour pouvoir aborder la question, il faut au moins avoir un minimum de compréhension de la pensée religieuse.

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  6. Agnès Trevise permalink
    7 juillet 2010 19 h 33 mi

    Les chrétiens qui se sentent concernés par l’urgence de l’évangélisation, y compris des musulmans, mais se sentent quelque, peu démunis devant l’ampleur de la tâche peuvent toujours … prier! Tout le monde peut donc faire quelque chose et, Dieu, qui touche les coeurs, est tout puissant.
    Alors, loi ou pas, si Deus pro nobis, qui contra nos?

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  7. 7 juillet 2010 19 h 38 mi

    NM,

    Pouvez-vous en dire plus sur cette différence entre évangélisation et prosélytisme ?

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    • 7 juillet 2010 22 h 50 mi

      C’est une question un peu complexe… Pour faire simple, je m’appuierai sur une note doctrinale sur certains aspects de l’évangélisation. On y lit ceci :

      2. Le terme évangélisation a une signification très riche[4]. Au sens large, il résume toute la mission de l’Église, dont la vie, en effet, consiste à réaliser la traditio Evangelii, l’annonce et la transmission de l’Évangile. Cet Évangile est « puissance de Dieu pour le salut de tout homme qui est devenue croyant » (Rm 1, 16) et, en dernière analyse, il s’identifie avec le Christ lui-même (cf. 1 Co 1, 24). C’est pourquoi, ainsi comprise, l’évangélisation a toute l’humanité comme destinataire. Dans tous les cas, évangéliser ne signifie pas seulement enseigner une doctrine mais plutôt annoncer Jésus Christ par la parole et par les actes, c’est-à-dire se faire instrument de sa présence et de son action dans le monde.

      Quant au terme de prosélytisme, il « a pris une connotation négative comme une publicité pour sa propre religion avec des moyens et des motifs contraires à l’esprit de l’Évangile, qui ne respectent pas la liberté et la dignité de la personne ».

      L’évangélisation est une annonce de l’Évangile et non une forme de publicité plus ou moins contraignante. La reconnaissance sincère de la liberté religieuse par l’Église catholique implique de distinguer les deux ; ce qui n’était pas évident avant, je le reconnais.

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  8. 13 juillet 2010 15 h 40 mi

    Je ne suis pas convaincu par cette nuance. Je pense plutôt que prosélytisme et évangélisation sont les deux termes pour décrire la même chose. Mais le premier est péjoratif, et plutôt utilisé par les anticléricaux et/ou les laïcistes, le second est évidemment tout le contraire.
    Un évangéliste/ique est évidemment un prosélyte et vice-versa.

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  9. 13 juillet 2010 21 h 47 mi

    Je suis assez d’accord avec Al-Kanz : Prosélytisme et Evangélisation sont les deux versants d’une même notion. Le prosélytisme est en quelque sorte le moteur de l’évangélisation : il s’agit du soucis du salut des âmes. Il se fonde sur l’idée que, si je sais quelle est la voie du salut, alors mon plus grand désir doit être de l’annoncer malgré les respects humains. La résultante de cette tension interne est l’évangélisation.

    Le problème est quand le prosélytisme prend la place de l’évangélisation, c’est-à-dire, que l’expression de la tension interne s’exprime sans filtre à l’extérieur, devient contraignant et ne respecte pas la légitime liberté des consciences humaines.

    Le prosélytisme chrétien est donc une force de proposition, qui se nourrit de la prière pour les âmes, s’exprime à l’extérieur par une attitude spécifique (la vie spirituelle des enfants de Dieu) et des moyens spécifiques (l’annonce claire et verbale de l’évangile du Christ).

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  10. 13 juillet 2010 21 h 57 mi

    @ Al Kanz et Skeepy : vous avez raison si l’on prend les termes dans leur sens courant et la note doctrinale que je cite admet dans une certaine mesure cette opinion. Il reste que le prosélytisme tend au recrutement (faire des prosélytes, ie des nouveaux dans la foi) alors que l’évangélisation est une proposition de la foi en parole et en actes. Les méthodes sont donc différentes. Le prosélytisme a pris une connotation négative en raison i) de l’hostilité aux religions (renvoyées dans la sphère privée de l’intimité) et ii) des méthodes contestables de « marketing religieux »…

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  11. 14 juillet 2010 17 h 31 mi

    @NM,

    Pas très d’accord avec le raccourci que vous faites : prosélytisme=recrutement à partir de l’étymologie du terme « prosélyte ». Mais, ce n’est pas très important, ne versons pas dans une casuistique stérile ^_^

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