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Saleilles et l’évolution du droit via Newman

17 septembre 2010

En guise de contribution aux célébrations qui vont entourer la béatification du Cardinal Newman, je ressors un papier commis lors d’une autre commémoration, bien plus profane. Il s’agit d’un article sur un de mes auteurs fétiches : Raymond Saleilles.

La codification du droit vue par R Saleilles via Newman

En quelques mots, pour ceux que cette lecture rebuterait, voici de quoi il s’agit. Je commencerai par présenter les personnages avant de montrer, rapidement (sinon, il faut lire le papier…), le lien entre la pensée de Saleilles et celle de Newman.

Saleilles est né en 1855 à Beaune. Agrégé en 1884, il a enseigné à Grenoble puis à Dijon et enfin à Paris. Saleilles a été tout sa vie un enseignant et un chercheur. L’enseignement est central dans la pensée de Saleilles. À l’Université, il a enseigné des matières variées : le droit civil et le droit comparé bien sûr, mais aussi le droit pénal et le droit constitutionnel.  La chaire de droit civil comparé à Paris a été créée pour lui. Il a montré aussi un vif intérêt pour l’éducation populaire qui lui apparaissait comme une nécessité de son temps. Il fût « un apôtre convaincu des Semaines sociales » bien qu’il n’y pris pas part en raison de sa mauvaise santé. Saleilles est aussi un chrétien. Issu du catholicisme libéral, il a été proche des héritiers des intransigeants à l’origine du catholicisme social.

John Henry Newman, pasteur anglican devenu prêtre puis cardinal catholique romain. Newman fait partie des penseurs cités par Jean-Paul II dans son encyclique Fides et ratio (Fides et ratio n° 74). Il sera béatifié dimanche 19 septembre à Birmingham où il a vécu l’essentiel de sa vie de catholique. Il y a avait installé une communauté de l’Oratoire qu’il avait contribué à introduire en Angleterre. Maltraité dans son Église d’origine, objet de méfiance dans sa nouvelle Église, Newman a toujours été contraint de justifier de sa foi et de sa bonne foi… D’accusation en absolution, il a tout de même fini cardinal ; le premier cardinal créé par Léon XIII. Newman est connu pour son étude des pères de l’Église, sa participation au Mouvement d’Oxford qui a tenté de renouvelé l’Anglicanisme et pour sa conversion au catholicisme. Il est aussi l’auteur d’un Essai sur le développement de la doctrine chrétienne en 1845 (Soit quelques mois avant sa conversion au catholicisme).

Selon Imbart de la Tour, « c’est la théorie newmanienne du « développement » qui va lui donner l’accord qu’il recherche ». Saleilles connaissait bien la pensée de Newman et a même traduit plusieurs sermons de Newman (La foi et la raison, Lethielleux 1905 ; Le Chrétien, Lethielleux 1906). C’est chez Newman que Saleilles puise l’idée qu’il y a dans l’Eglise comme ailleurs, une évolution, non pas dans un sens biologique mais un progrès dans l’intelligence, dans les méthodes d’explication et de démonstration.  Cependant tout n’évolue en matière religieuse : « Il n’y a qu’en matière religieuse, lorsqu’on touche au domaine du surnaturel, et en tant qu’il s’agit de vérité objective transcendante, que l’on peut parler de dogme et d’immutabilité, au moins en ce qui concerne le fond et l’essence du dogme » (Saleilles).

De même, le droit évolue. Cependant, influencé par Newman, Saleilles pense que toute évolution n’est pas nécessairement légitime et qu’il peut y avoir des corruptions qui se distinguent des développements légitimes. L’apport de Newman est non seulement d’avoir mis en évidence l’existence du développement de la doctrine chrétienne mais aussi d’avoir fourni des critères pour distinguer les développements fidèles des corruptions. Parmi les sept critères posés par Newman, cinq se retrouve dans la théorie du développement du droit chez Saleilles. On retrouve également l’idée que le discernement des évolutions légitimes n’est pas un acte solitaire mais se développe dans une communauté (communauté des croyants ou communauté des juristes selon les cas). Alors que l’on a parfois du mal à suivre l’actualité législative et jurisprudentielle, alors qu’il devient difficile de discerner la moindre cohérence dans l’évolution du droit actuel et alors que l’idée d’une codification européenne reste présente, il me semble, aujourd’hui comme en 2004, que la pensée de Saleilles fertilisée par celle de Newman reste d’actualité. Quant à la pensée religieuse de Newman, sa contribution à la compréhension de la tradition, des relations entre les Églises chrétiennes et de la foi pourrait le conduire au doctorat… Le Bienheureux Cardinal pourrait en effet être déclaré docteur de l’Église.

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