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Le bien est toujours possible

20 novembre 2010

Est-il toujours possible de suivre les recommandations de l’Eglise ? C’est à cette question qu’a tenté de répondre le P. Erwan Simon au cours d’un atelier qui s’est déroulé lors du IXe colloque de bioéthique organisé par Amour et vérité à Paray le Monial. Une réponse se trouve dans la loi de gradualité. Ce n’est pas une réponse toute faite définitive et monolithique. C’est une vrai réponse évangélique, exigeante et humaine à la fois qui permet de tenir les deux bouts de la fidélité à l’Evangile et de la charité. Une véritable expression de la vérité dans la charité (et inversement).

Si vous n’êtes pas théologien moraliste ou pro de la pastorale familiale, vous n’avez sans doute pas plus que moi entendu parler de cette loi de gradualité auparavant. Ce n’est ni une loi scientifique, ni une loi morale. Ce n’est pas rien pour autant. Elle trouve sans doute des origines plus anciennes mais elle a été formulée expressément par Jean-Paul II dans son exhortation apostolique Familiaris consortio sur la tâche de la famille chrétienne dans le monde d’aujourd’hui (Familiaris consortio, n° 34) qui reprend une idée avancée par les Pères évêques en 1980 lors du synode sur la famille à propos d’Humanae vitae. Bien… ici vous comprenez que la question portait notamment sur la réception de la position de l’Église sur la contraception et la conscience des fidèles. La loi de gradualité est une réponse à cette difficulté. Sans cela, il est évident que l’on pousserait les personnes au désespoir ou la révolte. On ne peut désigner un but aussi élevé que celui que nous montre l’église sans indiquer le chemin pour y parvenir.

Le point de départ est toujours la bonté de Dieu créateur. La loi morale est inscrite dans notre conscience pour notre bien :

Puisque l’ordre moral révèle et propose le dessein du Dieu créateur, il ne saurait être pour l’homme ni impersonnel ni cause de mort. Au contraire, il répond aux exigences inscrites au plus profond de l’homme créé par Dieu (Familiaris consortio, n° 34).

Notre Dieu n’est pas un Dieu sadique qui se réjouit de notre chute. Dès lors que nous avons une vocation à remplir, notre créateur a nécessairement mis en nous la capacité de remplir cette vocation. Cependant, cela ne se fait pas en un jour. L’homme

connaît, aime et accomplit le bien moral en suivant les étapes d’une croissance (Familiaris consortio, n° 34).

La loi de gradualité est tout simplement la reconnaissance de cette croissance qui est aussi invitation à la conversion. Nous cheminons avec le bien comme but ultime. Il n’est pas question se satisfaire du mal ou d’admettre un moindre mal. Il y a le bien, d’une part, et le mal d’autre part. Il n’y a pas de milieu. Être chrétien, nous a dit le P. Erwan Simon, ce n’est pas faire moins de mal mais faire le bien ; et le bien est toujours possible.

Evite le mal, fais ce qui est bien, Ps. 34 (33), 15

Il faut sans doute surmonter des obstacles tenant à notre faiblesse voire, franchement, à notre pêché mais nous devons nous engager sérieusement à les surmonter.

«C’est pourquoi ce qu’on appelle la « loi de gradualité » ou voie graduelle ne peut s’identifier à la « gradualité de la loi», comme s’il y avait, dans la loi divine, des degrés et des formes de préceptes différents selon les personnes et les situations diverses (Familiaris consortio, n° 34).

Il est exclu que les lois éthiques comportent des degrés. Le bien est le bien. Le mal est le mal (O. Bonnewijn, Ethique sexuelle et familiale, p. 225).

Il n’y a donc là aucun relativisme. « La notion de gradualité s’applique au cheminement existenciel de croissance des sujets et non à la loi elle-même » (O. Bonnewijn, p. 230). Cela n’a pas toujours été bien compris et il semble que ce soit la raison pour laquelle la loi de gradualité n’a guère connu de publicité après Familiaris consortio. Elle est pourtant un élément de la bonne nouvelle que l’Eglise offre aux époux lorsqu’elles leur transmet l’invitation du Christ à la sainteté.

Tous les époux sont appelés à la sainteté dans le mariage, selon la volonté de Dieu, et cette vocation se réalise dans la mesure où la personne humaine est capable de répondre au précepte divin, animée d’une confiance sereine en la grâce divine et en sa propre volonté.

Nous sommes invités à former notre conscience. A chercher à comprendre le message de l’Eglise sur la famille et la sexualité. Une réflexion honnête sur Humanae vitae au-delà des critiques superficielles mérite d’être menée, éclairée par l’enseignement de Jean-Paul II sur la théologie du corps.

De même il appartient à la pédagogie de l’Eglise de faire en sorte que, avant tout, les conjoints reconnaissent clairement la doctrine d’Humanae vitae comme norme pour l’exercice de la sexualité et s’attachent sincèrement à établir les conditions nécessaires à son observation.

La loi de gradualité trouve un champ d’application naturelle en matière de régulation des naissances. Ce n’est toutefois pas son seul domaine d’application. Le colloque de bioéthique a été l’occasion de faire le point également sur les méthodes d’assistance médicale à la procréation et notamment sur les NaProTech (Natural Procreative Technology), dont j’espère avoir le temps de reparler prochainement. Mais en réalité, c’est l’ensemble de la vie morale qui peut se trouver ainsi éclairé.

La loi de gradualité est véritablement un soutien fort dès lors que l’on prend conscience que le bien est toujours possible. C’est un bonne nouvelle pour les époux mais aussi pour les pasteurs. Même pour le juriste, c’est très éclairant. Il faut fermement rejeter la tentation d’admettre un prétendu principe dit du moindre mal. Si l’on ne peut pas toujours lutter contre tout le mal qui nous entoure, il reste impossible d’y consentir. Sinon, nous risquons ne pas voir tout le bien que nous pouvons faire.

A lire : O. Bonnewijn, Ethique sexuelle et familiale, p. 219

 

 

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11 commentaires leave one →
  1. 20 novembre 2010 12 h 42 mi

    Merci pour ce résumé sur la loi de gradualité… je dois avouer que ton LT m’avais fait lever un sourcil quand j’avais lu le mot « gradualité »… mais c’est que je pensais à la gradualité de la loi et non à la loi de gradualité 😉

    Tout s’éclaire donc…

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  2. 20 novembre 2010 15 h 01 mi

    Excellent billet ! Je retweete de ce pas 🙂

    Observons la relation de cette loi de gradualité aux « circonstances atténuantes » du droit pénal.

    Elles ne sont pas identiques (l’une vise clairement la rédemption, l’autre tantôt la réinsertion, tantôt une forme de compassion) mais ont quand même des traits similaires.

    L’aménagement des peines (depuis le code pénal de 1810 je crois) rend le droit pénal humain ; il est intéressant de constater que beaucoup considèrent la loi naturelle comme inhumaine, elle qui justement n’est associée à aucune peine !

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    • 20 novembre 2010 15 h 10 mi

      L’analogie est permise. Je suis nul en droit pénal mais il me semble que l’humanisation du droit pénal date plutôt de la fin du XIXe avec l’idée d’individualisation de la peine (développée par Saleilles, mon auteur préféré) voire de l’abolition de la peine de mort. Les circonstances atténuantes, à strictement parler, ont toutefois perdu de leur intérêt dans les dernières réformes du droit pénal.

      Surtout, la loi de gradualité fournit une pédagogie en vue de la connaissance, de l’admission puis du respect de la loi naturelle.

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      • 20 novembre 2010 15 h 15 mi

        Je voulais effectivement parler d’individualisation et non d’aménagement de peine (Eolas, au secours !), avec le code civil de 1810 qui crée des peines minimales et maximales (alors que le droit révolutionnaire prônait la fixité des peines)

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      • 20 novembre 2010 15 h 36 mi

        C’était surtout pour moi l’occasion de placer Saleilles (cf mon avatar…) !!

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      • 20 novembre 2010 15 h 42 mi

        Qu’a t-il écrit de si merveilleux ?

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      • 20 novembre 2010 16 h 07 mi

        Il a renouvelé l’approche du droit naturel à la fin du XIXe. Il a lancé le droit comparé en France (traducteur du BGB allemand). Il a défendu l’individualisation de la peine (son ouvrage a été l’un des rares à être traduit en anglais avec une préface de Pound (Harvard). Il a tenté de négocier une séparation loyale de l’Etat et des Eglises (ami de l’Abbé Lemire). C’était un grand lecteur de Newman (dont il a traduit plusieurs sermons pendant sa maladie). J’ai fait un billet sur le sujet d’ailleurs… Et plein d’autres choses. Un type bien quoi… mais qui n’a rien écrit sur la loi de gradualité !

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