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Faut-il dire la schtroumpf de Babel ou la tour de Schtroumpf ?

1 décembre 2010

A la demande générale, ou presque (on ne va pas chipoter), je poursuis l’analyse juridico-socio-politique de la société Schtroumpfe. Aujourd’hui j’aborderai la question du langage. En effet, la langue schtroumpfe est une bien schtroumpfe langue…

La langue schtroumpfe est constitutive du peuple schtroumpf. On peut même dire qu’elle est née avant les petits bonshommes. L’origine même des Schtroumpfs viendrait d’un incident liguistique de Peyo. Chacun se souvient de l’anecdote rapportée par Franquin : au cours d’un dîner, Peyo aurait dit « passe moi le schtroumpf » ne retrouvant plus le mot « salière ». Le mot, la langue était là ; il ne restait plus qu’à laisser surgir le peuple parlant cette langue !

La langue schtroumpfe obéit à des règles assez chaotiques en réalité. La règle fondamentale est qu’il faut remplacer par schtroumpf, par une de ces déclinaisons ou par une forme conjuguée de schtroumpf, aussi souvent que l’on peut. La seule limite est l’intelligibilité de la phrase. Ici, il faut bien reconnaître que la langue schtroumpfe est essentiellement orale. Hormis le Grand schtroumpf et le Schtroumpf à Lunettes, rares semblent être les schtroumpfs qui s’adonnent au plaisir de la lecture. Et encore, il n’est pas sûr que les livres aperçus soient écrits en langue schtroumpfe. Les ouvrages savants du Grand Schtroumpf semblent être rédigés assez souvent en latin. Il existe tout de même une grammaire schtroumpfe lue par le Schtroumpf à Lunette dans l’album Schtroumpf vert et vert schtroumpf.

Le point de départ de cette histoire est un différend sur la traduction schtroumpfe exacte du mot tire-bouchon : faut-il dire schtroumpf-bouchon ou tire-bouschtroumpf ? Le désaccord devient tellement violent qu’il se transforme en conflit généralisé. L’unité de la communauté schtroumpfe est mise à rude épreuve lors de la querelle linguistique rapportée par cet album. Il semble d’ailleurs que cette histoire ait été inspirée à Peyo par la querelle linguistique belge entre flamands et wallons. Les schtroumpfs du nord s’opposent aux schtroumpf du sud sur les modalités de construction des mots. Les schtroumpfs se trouvent par ailleurs des différences d’accents et toutes sortes de différences qui leur paraissent tellement insuportables qu’il y a scission au sein de la communauté schtroumpfe. Ce n’est qu’en provoquant une crise vitale que le Grand Schtroumpf, transformé en Gargamel, arrive à recréer l’unité schtroumpfe. Face à une agression extérieure la communauté se recrée. L’ennemi commun renouvelle la schtroumpfitude.

Comprendre le schtroumpf suppose en réalité un environnement qui donne les informations nécessaires pour identifier le sens adéquat du mot schtroumpf ou de ses dérivés. C’est d’ailleurs ce point qui a retenu l’attention des sémiologues et notamment d’Umberto Eco. Dans Kant et l’ornithorinque, l’auteur du Nom de la rose constate, d’une part, que toutes les conditions nécessaires au bon fonctionnement d’une langue semblent faire défaut  au schtroumpf mais aussi, d’autre part, que les schtroumpfs se comprennent parfaitement. Cela peut tenir au contexte qui donne un sens à l’énoncé schtroumpf mais pas seulement pour Umberto Eco. Si le langage schtroumpf reste compréhensible c’est parce qu’il renvoie à des types de discours, à des formules connues, des énoncés que nous avons déjà entendus… Autrement dit, au-delà du contexte, le schtroumpf « renvoie à l’univers de l’intertextualité ». Le contexte seul ne permet pas de savoir comment parler schtroumpf ; il faut une forme de culture qui donne les informations intertextuelles nécessaires. C’est pour cela, poursuit d’ailleurs Umberto Eco, que lorsque Gargamel parvient à infiltrer le village sous l’apparence d’un schtroumpf, il fuit tout contact tant il est incapable de parler schtroumpf. Tout lui semble ambigu parce qu’il n’a pas les informations, la culture, qui lui permet de savoir comment schtroumpfer correctement.

Le discours politique fournit d’ailleurs un bel exemple à Umberto Eco. Celui-ci est tiré d’un album qui fera peut-être l’objet d’un billet séparé ici ou ailleurs… je veux parler du Schtroumpfissime. Le grand discours électoral du schtroumpf candidat est parfaitement compréhensible alors qu’il la situation n’est pas concrète. Simplement, il renvoie à la catégorie du discours politique et à ses lieux communs (au sens linguistique non péjoratif du terme). Lorsqu’il dit

Demain vous schtroumpfererez aux urnes pour schtroumpfer celui qui sera votre schtroumpf ! Et à qui allez-vous schtroumpfer votre voix ? A un quelconque schtroumpf qui ne schtroumpfe pas plus loin que le bout de son schtroumpf ? Non ! Il faut un schtroumpf fort sur qui vous puissiez schtroumpfer ! (…)

nous comprenons le sens du propos parce qu’il s’agit d’un discours politique et que nous connaissons l’expression ne pas voir plus loin que le bout de son nez. Le non dit, ce qui est entre les lignes, l’intertextuel, nous permet de comprendre ce qui ne devrait pas l’être en toute rigueur linguistique.

Tout est schtroumpf qui schtroumpfe bien… A la fin de Schtroumpf vert et vert schtroumpf, l’unité est retrouvée et la vie reprend son cours. Simplement, le Grand Schtroumpf tente de réformer la langue schtroumpfe en interdisant notamment les mots composés à l’origine du différend qui a mis la communauté schtroumpfe en danger. Cela contraint les schtroumpfs a des accrobaties linguistiques qui laissent deviner que la tentative échouera certainement.

Dis Schtroumpf Bricoleur… tu veux bien me schtroumpfer ta… heu… ton… comment dirais-je ?… ta chose à truc qui sert à schtroumpfer des bidules !

Ah ! Tu veux dire : Mon machin chouette pour schtroumpfer des fourbis?…

En entendant ce dialogue le Grand Schtroumpf s’éloigne l’air bien découragé…

 

Mise à jour : Les schtroumpfs et nous… j’aimerais lire Edmond Prochain, Henri le Barde et Lagouelle sur le sujet…

9 commentaires leave one →
  1. Francois P permalink
    1 décembre 2010 10 h 31 mi

    Ce que l’on concoit bien s’enonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisement (Boileau ?)
    Bonne journee
    Et les Schtroumpfettes ,alors ??

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  2. Henry le Barde permalink
    1 décembre 2010 14 h 30 mi

    Tag reçu !
    Comme évoqué, je prends le Schtroumpfissime !

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  3. 1 décembre 2010 16 h 37 mi

    Et schtroumpf alors. Je suis en train de terminer un mémoire sur la culture numérique et la communication à la radio que personne ne lira, alors qu’une étude linguistique sur la langue schtroumpf aurait certainement eu plus de succès (et la bibliographie aurait été plus marrante…)

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    • 1 décembre 2010 17 h 22 mi

      Imagine ce que je peux me dire en comparant les visites sur un billet schtroumpf et un schtroumpf sur la bioéthique ou la doctrine sociale de l’Eglise !
      Et les gens… n’hésitez pas à lire les autres billets !!

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  4. pmc permalink
    1 décembre 2010 23 h 01 mi

    Je vous conseille le film des schtroumphs: « la flûte à six trous » dans lequel le problème se corse. Jean et Pierre-Louis ne comprenne rien à la langue des schtroumphs, Pierre-Louis pense qu’il suffit de remplacer un mot par le mot schtroumph ou un dérivé mais il est totalement incompris des petits bonshommes. Suit une situation assez comique de quipropquo entre les personnages. Ainsi les schtroumphs peuvent dire « schtroumpher un schtroumph » sans contexte et en comprenant ce que cela veut dire …tout serait une question d’accent, de prononciation, de rythme…allez savoir!!!

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    • 1 décembre 2010 23 h 09 mi

      Effectivement, il leur arrive exactement la même chose qu’à Gargamel… La flûte à six schtroumpfs est d’ailleurs la première BD dans laquelle apparaissent les schtroumpfs. Certains humains comprennent toutefois le schtroumpf comme Homnibus et son serviteur…

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  5. 10 juin 2011 19 h 37 mi

    Pas si bêtes, les schtroumpfs!

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  2. Les deux villages Schtroumpfs, de St Augustin « Le crépuscule des consentants

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