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De la tolérance

11 décembre 2010

Une crèche qui se retrouve sur la paille, une publicité priée d’aller se faire voir ailleurs… (ici et et encore ) et un grand nombre de réactions plus ou moins mesurées ont marqué la semaine passée . La laïcité à la française, c’est-à-dire une hostillité plus ou moins brutale à toute forme de religion, renaît avec vigueur.

Il ne faut sans doute pas dramatiser certains de ces faits. Nous ne sommes pas persécutés comme dans certains pays. Nous ne risquons pas notre vie pour vivre pleinement notre foi. Et pourtant, la vie du catholique n’est plus aussi tranquille que par le passé. Faut-il s’en étonner ? Nous sommes a priori dans une société tolérante mais nous sommes victimes d’intolérance. Comment cela se fait-il ? Je ne veux pas revenir sur le détail des faits mais simplement montrer rapidement que ces derniers jours ont illustré ce que Mgr Laffitte appelle la tolérance intolérante (v. aussi Les fers de l’opinion de  Ph. Bénéton).

Notre société se veut fondamentalement tolérante. Son dogme crédo schtroumpf (vous voyez ce que je veux dire…) est que toutes les opinions se valent. Il ne s’agit pas d’une tolérance forte et ouverte à la contradiction. C’est une tolérance relativiste : les opinions naissent et demeurent libres et égales entre elles. Pour reprendre la formule de Mgr Laffitte, cette tolérance est idéologique et se contredit elle-même. En effet,

En disant : « Toutes les opinions se valent », [le tolérant idéologique] affirme comme une règle générale ce qui n’est jamais qu’une opinion parmi d’autres, selon sa propre affirmation. Comment peut-il sortir de cette impasse ? Seulement par la violence qui renvient à dire : « si vous me contredites quand je dis que toutes les opinions se valent, vous êtes un dangereux intolérant, à combattre par tous les moyens.

Toutes les opinions se valent… et si tu n’es pas d’accord ferme la ! C’est ça la tolérance idéologique ! On comprend que sur un tel fondement, la société actuelle réagisse vivement à l’expression de la foi religieuse (chrétienne notamment mais pas seulement). Nous sommes loin de la tolérance fondée sur le respect et sur la reconnaissance de l’existence d’une vérité. Ansi que le rappelait Chantal Delsol lors du colloque des juristes catholiques il y a quelques jours, une authentique tolérance ne peut émerger que si l’on admet l’idée de vérité : tu as tort mais je te respecte. C’est ainsi que la tolérance était conçue dans l’humanisme de la Renaissance du temps de Thomas More jusqu’à Locke. S’il n’y a plus de consensus sur l’existence d’une vérité (même s’il y a différents points de vue sur celle-ci), nous basculons dans le mythe. Toujours selon Chantal Delsol, les mythes ne sont ni vrais, ni faux mais se limitent à une leçon sur le bien vivre et la légitimité des comportements. Cette société meetic mythique dans laquelle nous vivons est une société de reconnaissance et non de tolérance. Chacun veut que son comportement, par définition considéré comme ni bon, ni mauvais,  soit reconnu comme légitime.

La laïcité négative mais aussi les atteintes aux droits de la conscience (et notamment à l’objection de conscience) sont des illustrations de cette tolérance idéologique. L’expression de la foi dans l’espace public devient insuportable car il remet en cause le relativisme sur lequel est fondée la tolérance moderne. On ne veut pas choquer alors on censure la publicité du diocèse de Lyon. On veut que l’accès à l’avortement soit le plus large possible car après tout la vie est affaire d’opinion individuelle, alors on tente de limiter la pratique de l’objection de conscience. La liberté d’expression elle-même est limitée comme l’a bien montré le dernier colloque des juristes catholiques.

Faut-il pour autant désespérer ? Bien évidemment non… D’une certaine façon, c’est aussi une chance qui nous est donnée. Non pas tant de donner notre vie en mélant notre sang au sang des martyrs ; trêve de lyrisme ! Ces évènements nous rappellent surtout que nous sommes appelés à rendre compte de notre foi et à donner les raisons de notre espérance. Comme nous le rappelle régulièrement notre curé, nous devrons sérieusement nous inquiéter le jour où les chrétiens ne choqueront plus le monde dans lequel ils vivent !

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14 commentaires leave one →
  1. 11 décembre 2010 17 h 41 mi

    Vous avez pleinement raison de combattre le relativisme.
    Pour info : j’ai abordé ce thème dans le dernier article de mon blog : http://www.unregardchretien.com/relativisme-et-verite-a2143759
    De sensibilité protestante évangélique, je vais aborder ce sujet lors de ma prédication demain.
    Tous mes encouragements dans votre travail d’écriture et de réflexion,
    Alain (LEDAIN)

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    • 11 décembre 2010 23 h 37 mi

      Merci pour cet aimable commentaire. J’ai lu votre billet et invite tout le monde à en faire de même. C’est bien très intéressant et profond au plan spirituel.

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  2. Yogi permalink
    13 décembre 2010 19 h 02 mi

    Il me semble qu’il y a des explications plus simples et plus convaincantes à cette « hostilité plus ou moins brutale à l’égard des religions » qu’un accroissement du relativisme contemporain.

    J’y verrais d’une part le fait que, au delà des « opinions », le principe même que le monde puisse être expliqué pertinemment par le magique et le surnaturel semble une idée en perte de vitesse, indépendamment de tout relativisme.

    D’autre part, il me semble que les croyants se placent eux-mêmes en dehors du champ social en faisant appel à une référence -divine- qu’eux seuls peuvent percevoir et à laquelle eux seuls ont accès.

    Je crains bien que, s’appuyant sur ces deux bases, les chrétiens n’aient pas fini en effet de « choquer » le monde dans lequel ils vivent.

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  3. 14 décembre 2010 12 h 37 mi

    Voici le commentaire d’Alain Ledain que j’ai malencontreusement effacé :

    @Yogi
    La foi, ça n’est pas l’explication pertinente du monde par le magique et le surnaturel. (Le mot « magique » me semble fort déplacé !) La foi, c’est beaucoup plus profond qu’une « explication »…
    (Vous aurez sans doute remarqué que la science se montre de plus en plus humble face à la coexistence de théories différentes.)
    Et puis, vous avez une pensée bien occidentale ! Il n’y a guère que dans les pays du Nord où la foi est combattue violemment. On assiste, notamment dans les pays du Sud, à de véritables réveils religieux.
    Vous écrivez : « Je crains bien que, s’appuyant sur ces deux bases, les chrétiens n’aient pas fini en effet de “choquer” le monde dans lequel ils vivent. » Pourquoi cette crainte ? Ne faut-il pas choquer pour sortir notre société de la torpeur dans laquelle elle se trouve ? Comme l’a très bien écrit NM, c’est un des rôles de l’Eglise que de sortir notre monde de « la bonne manière de pensée et d’agir ». Les chrétiens ne sont pas adeptes du conformisme !

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  4. Yogi permalink
    14 décembre 2010 20 h 22 mi

    @ Alain Ledain : La transsubstantiation ou la prière me paraissent bien des pratiques « magiques ». Quant à ma « crainte », il s’agissait d’une tournure de rhétorique pour exprimer le fait qu’à mon sens, des personnes se réclamant d’une autorité surnaturelle, muette, invisible et inaccessible à tous mais dont ils se proclament les seuls médiateurs, prétendant s’arroger ainsi unilatéralement le droit de dire le Vrai et le Bien, ne pourront qu’être rejetées par le corps social à défaut de pouvoir le conquérir tout entier.

    Sans doute faut-il sortir notre société de sa torpeur, mais certainement pas par les religions qui me paraissent par leur essence même des facteurs de division.

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  5. 15 décembre 2010 7 h 40 mi

    Nous n’arriverons pas à nous mettre d’accord !
    Que des chrétiens soient engagés sur des questions de société est un signe de leur engagement dans le corps social. Certes, ils n’ont pas le même référentiel que d’autres mais ils n’ont pas l’orgueil que vous sous-entendez.
    Si certains l’avaient, ils devraient se remettre en question car incompatible avec l’essence même de leur foi.

    La politique est un facteur de division, ne l’oubliez pas ; un facteur qui n’hésite pas à utiliser les religions pour cela !

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  6. 15 décembre 2010 10 h 49 mi

    Je reste à moitié étonné de la réaction de Yogi ! Dans une bonne logique scientifique, le relativisme devrait susciter quelques hésitations… il y a une vérité de l’homme comme il y a une vérité de la nature et le chrétien, notamment, trouve l’unité de cette vérité dans la personne du créateur. Vous persistez à voir des pratiques magiques et des choses irrationnelles là où l’essentiel est une personne. Notre Dieu est une personne : cherchez tout de même à comprendre cela avant de vous attaquer à quoi que ce soit d’autres (ce sera toujours facile).

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  7. Yogi permalink
    15 décembre 2010 21 h 07 mi

    @ NM : Je me suis exprimé sur les causes de la désaffection croissante pour les thèses de l’Eglise, non sur le relativisme ou la tolérance.

    Sur ces derniers sujets votre billet me paraît très discutable : ainsi je ne connais personne qui prétende que « toutes les opinions se valent », et d’ailleurs certaines sont pénalement réprimées. De même on peut combattre certaines opinions, quand bien même on leur reconnaît le droit de s’exprimer : est-ce de l’intolérance ? Je vous accorde que la frontière entre combat idéologique et censure peut être fine, et vous le savez bien, vous qui m’avez fait exclure du blog de Koz 😉 !

    A quoi bon alors me lancer ici dans un débat sur « relativisme », « vérité », etc … alors que vous connaissez ma position et qu’elle vous insupporte ?

    Quant à l’affirmation que « notre Dieu est une personne », pour moi vous jouez sur les mots. Si le Christ était « une personne » alors il avait un père et une mère biologique, il pensait et s’exprimait dans le contexte des connaissances et des enjeux politiques de l’époque, et il est mort et bien mort depuis près de 2000 ans. S’il ne répond pas à ces critères il faut trouver un autre mot que « une personne » pour le désigner.

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    • 15 décembre 2010 21 h 16 mi

      Le principe de la tolérance actuelle est que les opinions se valent (depuis Locke qui en a formulé les grands principes ainsi). La vérité est affaire personnelle.

      Je ne comprends pas votre sortie sur votre « exclusion » du blog de koz…

      Combattre une idée tout en lui laissant le droit de s’exprimer reste de la tolérance et malgré votre scientisme, je tends à penser que vous n’êtes pas vraiment intolérant ou du moins que vous pourriez ne pas l’être. Sinon, pourquoi venir sur des blogs tels que ceux que vous fréquentez…? Je ne vais pas vous faire le coup du : « Oh! mon gentil Yogi, vous êtes en recherche et je suis sur que vous avez envie de croire et vous savez c’est déjà croire… ». Ce ne serait pas sérieux… Je pense simplement que l’on peut débattre honnêtement jusqu’à identifier l’irréductible contradiction. Vos idées ne m’insupportent pas plus que cela. Un certain mépris parfois, oui. C’est là que l’on s’éloigne de la véritable tolérance.

      Quant à personne, c’est en réalité pratiquement l’inverse. Le terme s’est largement développé en théologie et appliqué à Dieu avant d’être appliqué à l’être humain. Quand je dis personne, je ne parle pas uniquement de la personne incarnée (Jésus). Comprenez juste que le chrétien est avant tout celui qui met sa confiance (sa foi) en une personne (Dieu) avant même d’avoir un système de croyances.

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      • Yogi permalink
        15 décembre 2010 22 h 31 mi

        Locke a bien pu dire ce qu’il voulait, aujourd’hui racisme et antisémitisme par exemple sont des opinions qui échappent à « la tolérance », et dont peu considèrent qu’elles sont aussi valables qu’une autre.

        Juger qu’un message idéologique s’exprimant sur un support commun devient trop envahissant ou dépasse les bornes, peut mener à en limiter ponctuellement l’expression plutôt que de le contrer encore et encore. C’était me semble-t-il le sens de votre sortie sur ma présence chez Koz, que j’ose (toutes proportions gardées 🙂 ) comparer à l’affaire du diocèse de Lyon : est-ce de la censure, de l’intolérance, du combat d’idées, ou de la sauvegarde de la qualité du support, c’est bien le débat.

        Pour le mépris, chacun posera la frontière à sa guise ; et m’être fait traiter d’ignorant, de borné, de stupide, d’irresponsable, d’aveugle à l’évidence, … par des croyants au fil des échanges ne me traumatise pas plus que cela.

        Quant au fait que vous mettiez votre confiance dans « une entité » avant même d’avoir un système de croyances, j’y vois encore une illusion linguistique : cette « entité » ne vous est connue qu’à travers ce système de croyances, qui selon moi prime donc. Mais je crains que les points « d’irréductible contradiction » ne soient bien trop nombreux entre nous.

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  8. Courtlaïus permalink
    4 janvier 2011 13 h 37 mi

    Pour répondre aux affirmations suivantes :
    1) « des personnes se réclamant d’une autorité surnaturelle (…), ne pourront qu’être rejetées par le corps social à défaut de pouvoir le conquérir tout entier. »
    => on peut parfaitement se réclamer d’une autorité surnaturelle, et user de la raison pour étayer et expliquer sa position. C’est ce que fait l’Eglise catholique depuis la nuit des temps (façon de parler) lorsqu’elle souhaite que son discours porte à la fois chez les fidèles et chez les hommes de bonnes volontés.
    La foi n’est certes pas commune à tous les hommes, mais la raison oui. Et la foi elle-même n’est pas totalement coupée de la raison : je crois (en tant que chrétien) sur la base de témoins qui ont vu, relaté des faits précis, qui furent ensuite consignés par écrit et transmis « de la main à la main » selon la formule d’un Père du II°. Témoignages qui permettent une rencontre personelle et intime avec son objet même.

    2) « Sans doute faut-il sortir notre société de sa torpeur, mais certainement pas par les religions qui me paraissent par leur essence même des facteurs de division. »
    => Vous avez entièrement raison ; surtout ne cherchons pas briser les consensus, combien même ils sont erronés et précipitent l’homme à sa perte. La vérité divise, c’est ainsi – vous en aurez toujours qui préfèreront l’illusion du mensonge à une réalité terrestre parfois bien austère et très peu sexy, ne serait-ce que par orgueil ou simple intérêt. Reste que si on s’inscrit dans cette logique du consensus à tout prix, la tyrannie du mensonge a de beaux jours devant elle.

    3) » Si le Christ était « une personne » alors il avait un père et une mère biologique, il pensait et s’exprimait dans etc. »
    => il faut revoir la définition de la « personne ». Pour ne parler que du domaine juridique, la notion de « personne morale » ne répond pas du tout à cette définition étroite. Boèce la définit quant à lui ainsi : « Individu doué de raison en tant que constituant une substance ».

    Quant à la « magie », inutile de pointer les religions. Dans notre pays très laïc, le chiffre d’affaire des voyantes, astrologues et gourous de toutes sortes ne s’est jamais porté aussi bien. Enlevez Dieu, ils adoreront des bêtes…

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