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C’est Rachel qui pleure ses enfants…

28 décembre 2010

Un cri s’élève dans Rama, des pleurs et une longue plainte : c’est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas qu’on la console, car ils ne sont plus…

 

Rachel est une figure biblique très riche à laquelle renvoie Matthieu dans l’évangile du jour. Epouse de Jacob, elle a longtempts attendu son premier enfant : Joseph.  Elle meurt en couche lors de la naissance de Benjamin, près de Bethléem. Evoquée par l’évangéliste lors du massacre innocents, à Bethléem précisément, elle nous invite à méditer non seulement sur la protection de la vie naissante mais aussi sur la consolation.

Le respect de la vie, et notamment de la vie naissante, est peut-être un des indices les plus sûrs de civilisation voire simplement d’humanisation. L’une des particularités de l’homme réside sans doute dans le soin qu’il apporte aux plus faibles des membres de la communauté et en particulier aux enfants. La protection et l’éducation ont permis à l’homme de se développer comme aucun autre être vivant au sein de la création. Bien évidemment, ce souci n’a pas toujours été aussi présent. Il suffit de penser aux pratiques grecques et romaines de sélection des enfants laissant la vie naissante dans la dépendance du projet parental de la puissance paternelle. Le stoïcisme et le christianisme puis l’humanisme ont découvert dans la nature de l’homme une dignité qui ne dépend pas de la volonté, que ce soit la volonté d’autrui ou sa propre volonté. La post modernité tend à oublier ce qui a fait la grandeur de l’humanisme voire de la modernité elle-même (ce qui fait que l’on peut tout de même être heureux de vivre aujourd’hui plutôt qu’il y a deux ou trois cents ans). Elle ouvre la voie à un nouveau totalitarisme. Un totalitarisme sans tyran, où l’idéologie fait de chacun de nous un petit tyran qui s’imagine vivre libre suivant ses caprices du moment. Fabrice Hadjadj a magnifiquement illustré cette idée en utilisant notamment la pensée d’Hanna Arendt sur le refus de la naissance. Il faut lire ou relire sa pièce Massacre des Innocents.

Rachel exprime également la souffrance inconsolable des parents qui ont perdu leur enfant. Elle se confond d’ailleurs avec son époux Jacob. Dans la Genèse, Rachel n’a pas perdu ses fils. C’est Jacob qui pleure la perte de Joseph vendu par ses frères (conçus par Jacob avec des mères-porteuses servantes, sauf Benjamin), et déclaré mort, après la mort de Rachel :

Tous ses fils et toutes ses filles vinrent pour le consoler; mais il refusa d’être consolé;

Jérémie puis Matthieu ont fait de Rachel la figure prophétique de la mère qui attend la consolation authentique et non les paroles convenues de consolation mondaine, souvent sincères mais impuissantes. La perte d’un enfant est une souffrance inconsolable au plan humain. On remarque parfois qu’il n’y a pas de mot, au sens strictement linguistique, pour désigner la mère ou le père qui a perdu un enfant. L’enfant qui a perdu ses parents est orphelin ; la mère ou le père…  Rachel qui pleure attend une autre consolation qui dépasse l’expérience humaine du deuil. Dieu  seul peut finalement consoler. En faisant mémoire des saints Innocents, nous pouvons prier avec ceux qui ont connu ce drame et pour tous les enfants partis trop tôt et notamment ceux qui ont été victimes de la violence de ceux qui devraient les protéger et en prendre soin. Que les parents trouvent dans leur vie des témoins qui leur ouvrent le chemin d’une authentique consolation.

Prière pour la vie de Jean-Paul II

O Marie,
aurore du monde nouveau,
Mère des vivants,
nous te confions la cause de la vie:
regarde, ô Mère, le nombre immense
des enfants que l’on empêche de naître,
des pauvres pour qui la vie est rendue difficile,
des hommes et des femmes
victimes d’une violence inhumaine,
des vieillards et des malades tués
par l’indifférence
ou par une pitié fallacieuse.
Fais que ceux qui croient en ton Fils
sachent annoncer aux hommes de notre temps
avec fermeté et avec amour
l’Evangile de la vie.
Obtiens-leur la grâce de l’accueillir
comme un don toujours nouveau,
la joie de le célébrer avec reconnaissance
dans toute leur existence
et le courage d’en témoigner
avec une ténacité active, afin de construire,
avec tous les hommes de bonne volonté,
la civilisation de la vérité et de l’amour,
à la louange et à la gloire de Dieu
Créateur qui aime la vie.

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2 commentaires leave one →
  1. 28 décembre 2010 12 h 30 mi

    Le lien que tu suggères entre « projet » (parental) et « puissance » (paternelle) me semble très vrai et mériterait à lui seul un billet. Et le fait que « dignity is in the eye of the beholder », pour parodier un proverbe anglais, et non intrinsèquement lié à la condition humaine, est effectivement ce qui me paraît le plus terrifiant dans le postulat post-moderne.

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