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La liberté religieuse chemin vers la paix

31 décembre 2010

Dans son message pour la célébration de la Journée mondiale de la Paix, ce 1er janvier 2011, Benoît XVI nous invite à une réflexion sur la liberté religieuse, chemin vers la paix.

La paix est un don de Dieu et en même temps un projet à mettre en œuvre, jamais complètement achevé (n° 15).

La paix, ce n’est pas uniquement l’absence de guerre, elle est

le résultat d’un processus de purification et d’élévation culturelle, morale et spirituelle de chaque personne et chaque peuple, processus dans lequel la dignité humaine est pleinement respectée.

La paix authentique est par conséquent difficile à atteindre. L’originalité du message de Benoît XVI est de faire apparaître le lien qui existe entre la liberté religieuse et la recherche de cette paix exigeante. On entend déjà les mauvais esprit qui vont nous ressortir les deux vieux lieux communs. Premier lieu commun : l’Eglise… elle l’a respectée la liberté religieuse ? Second lieu commun : et les guerres de religion, c’était bon pour la paix ?

Ces questions sont pertinentes si l’on veut bien admettre que les réponses sont bien plus compliquées qu’on ne l’imagine a priori. Il faudrait tenir compte du fait que l’Inquisition a été par certains cotés une forme d’encadrement par la justice de ce qui aurait pu tourner à la guerre civile et au massacre de masse. Cette institution judiciaire, qui mérite sans doute une partie des critiques qu’on lui adresse, a été aussi un facteur de civilisation et de modération dans des périodes troublées. Dans les temps plus apaisés, elle aurait été finalement assez débonnaire pour reprendre l’expression du P. André-Vincent) ; bien plus en tout cas que ses homologues puritains en Allemagne et dans les Amériques, qui ont brûlé sorcières et loups-garous… Une telle réflexion dépasse largement mes compétences et n’est pas l’objet du message pontifical qui s’adresse à nous maintenant et pour l’année à venir.

Le pape constate malheureusement que les chrétiens sont aujourd’hui le groupe religieux le plus persécuté. Le rapport annuel du département d’Etat américain sur la liberté religieuse dans le monde fait apparaître une situation très contrastée selon les pays (CPDH). Il reste que 75% des cas de persécution religieuse dans le monde concernent des personnes chrétiennes (AED). La situation des chrétiens dans les pays du Moyen-Orient est particulièrement inquiétante. D’autres blogs ont tenu régulièrement la triste chronique de ces persécutions (Natalia sur Nystagmus notamment). La Chine nous fournit ces derniers jours un autre bel exemple d’atteinte à la liberté religieuse. On ne s’étonnera pas que le gouvernement chinois critique le discours de Benoît XVI en matière de liberté religieuse…

Benoît XVI rappelle que la violation de la liberté religieuse est une offense à Dieu et à la dignité humaine. Longtemps, il est vrai, la liberté religieuse était perçue comme liberté de l’Eglise. Son aspect personnel été largement méconnu car absorbé par l’aspect communautaire. Cela a parfois conduit à des drames et souvent à des malentendus, y compris dans le jugement de l’attitude de Thomas More face au schisme anglican. Il a été réellement affirmé de manière solennelle dans la déclaration Dignitatis humanae lors du Concile Vatican II qui prolongeait sur ce point l’enseignement de Pacem in terris de Jean XXIII. Contrairement, à ce que l’on a parfois pensé immédiatement après le Concile, Dignitatis humanae n’était pas une révolution mais un approfondissement de la doctrine classique (la désormais célèbre herméneutique de la continuité. – V. Ph.-I. André-Vincent, La liberté religieuse, droit fondamental, excellent ouvrage pour comprendre la signification juridique, pastorale et doctrinale de la déclaration Dignitatis humanae). Dans la ligne de ces grands textes, Benoît XVI peut affirmer :

Le droit à la liberté religieuse s’enracine dans la dignité même de la personne humaine, dont la nature transcendante ne doit être ni ignorée ni négligée (n° 2).

La liberté religieuse n’est donc pas une simple liberté individuelle dans le schéma traditionnel des droits de l’homme type 1789 et consorts. Fondée sur la dignité de la personne, elle suppose une recherche de la vérité. Elle n’est pas une simple absence de contrainte  (ce qui est déjà important évidemment) dans le choix de la religion et dans la pratique religieuse :

C’est pourquoi la liberté religieuse doit être comprise non seulement comme une absence de la coercition, mais d’abord comme une capacité d’ordonner ses choix selon la vérité (n°3).

De cette conception forte de la liberté religieuse, Benoît XVI déduit logiquement qu’elle comprend nécessairement une double dimension religieuse et sociale. Par conséquent :

il est inconcevable que des croyants « doivent se priver d’une partie d’eux-mêmes – de leur foi – afin d’être des citoyens actifs ; il ne devrait jamais être nécessaire de nier Dieu pour jouir de ses droits » (n°3)

La liberté religieuse suppose que le chrétien puisse vivre dans la société non seulement en chrétien mais aussi en tant que chrétien, dépassant la théorie de l’enfouissement qui aboutissait trop souvent au renoncement après une série de compromis discutables. C’est sur ce point que le message de Benoît XVI développe un message fort et utile invitant les chrétiens à la construction de la paix.

La liberté religieuse, comme toute liberté, tout en provenant de la sphère personnelle, se réalise dans la relation avec les autres. Une liberté sans relations n’est pas une liberté achevée (n° 6).

La religion est par essence (comme l’illustre d’ailleurs l’étymologie) un lien entre les hommes. La liberté religieuse ne peut être conçue comme une simple liberté individuelle purement interne. On la confondrait alors avec la liberté de conscience.

Pour Benoît XVI,

les chrétiens sont appelés, non seulement à un engagement civil, économique et politique responsable, mais aussi au témoignage de leur charité et de leur foi, à offrir une contribution précieuse à l’engagement rude et exaltant pour la justice, le développement humain intégral et le juste ordonnancement des réalités humaines (n°7).

L’instrumentalisation de la liberté religieuse au service des fanatismes (en réalité bien peu religieux) comme le laïcisme sont renvoyés dos à dos comme deux formes de refus du pluralisme et de la véritable liberté religieuse (n°8). Seul le dialogue loyal en vue du bien commun et de la vérité permet d’échapper à ces dangers comme au relativisme ou au syncrétisme. Ce dialogue concerne évidemment les religions elles-mêmes et Benoît XVI rappelle que 2011 sera le 25e anniversaire de la journée mondiale de prière pour la paix qui s’est tenu à Assise autour de Jean-Paul II. Le dialogue concerne aussi les institutions civiles :

Dans le respect de la laïcité positive des institutions étatiques, la dimension publique de la religion doit toujours être reconnue. Dans ce but, il est fondamental que s’instaure un dialogue sincère entre les institutions civiles et religieuses pour le développement intégral de la personne humaine et l’harmonie de la société (n°9).

Un passage à méditer en France… On relèvera évidemment la référence à la laïcité positive qui pour Benoît XVI est autre chose qu’un élément de langage dans un discours politique. La laïcité positive reconnaît la contribution positive des religions dans la vie sociale et non seulement personnelle. Elle est assez éloignée de cette liberté religieuse négative qui tend à se développer dans une Europe qui veut s’affranchir de toute référence religieuse (V. sur CPDH). Cela vaut autant pour l’Union européenne que pour le Conseil de l’Europe. L’affaire du crucifix dans les salles de classe italiennes illustre bien ce que peut être une liberté religieuse dans sa variante laïciste post-moderne (ici). Il suffit de rappeler ce passage de la décision Lautsi du 3 novembre 2009 :

La présence du crucifix peut aisément être interprétée par des élèves de tous âges comme un signe religieux et ils se sentiront éduqués dans un environnement scolaire marqué par une religion donnée. Ce qui peut être encourageant pour certains élèves religieux, peut être perturbant émotionnellement pour des élèves d’autres religions ou ceux qui ne professent aucune religion. Ce risque est particulièrement présent chez les élèves appartenant à des minorités religieuses. La liberté négative n’est pas limitée à l’absence de services religieux ou d’enseignement religieux. Elle s’étend aux pratiques et aux symboles exprimant, en particulier ou en général, une croyance, une religion ou l’athéisme. Ce droit négatif mérite une protection particulière si c’est l’Etat qui exprime une croyance et si la personne est placée dans une situation dont elle ne peut se dégager ou seulement en consentant des efforts et un sacrifice disproportionnés.

Cette décision a fait l’objet d’un recours qui a finalement été porté devant la Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l’homme.

Le message de Benoît XVI contient ainsi une dimension intéressante pour le juriste. Non pas seulement parce qu’il fait référence à la Déclaration universelle des droits de l’homme (dont il faut rappeler la faible portée contraignante ; juridiquement la référence au Pacte international relatif aux droits civils et politiques serait préférable…) mais surtout parce qu’il contribue au dialogue de la doctrine sociale de l’Église avec la pensée des droits de l’homme. La doctrine des droits fondamentaux développée depuis Pie XII jusqu’à Benoît XVI en passant notamment par Jean-Paul II enrichit en la refondant, dans la dignité humaine, la pensée de droits de l’homme issue de la modernité.

Mais, dans la pratique, qu’est-ce que cela veut dire promouvoir la vérité morale dans le monde de la politique et de la diplomatie ? Cela signifie agir de manière responsable à partir de la connaissance objective et complète des faits ; cela veut dire déstructurer des idéologies politiques qui finissent par supplanter la vérité et la dignité humaine et veulent promouvoir des pseudo valeurs sous le couvert de la paix, du développement et des droits humains ; cela veut dire favoriser un engagement constant pour fonder la loi positive sur les principes de la loi naturelle.

Dignité, vérité et dialogue : la liberté religieuse est vraiment un chemin de paix dans un monde qui n’attend que ça. Comme une réponse aux États-Généraux du christianisme organisé par l’hebdomadaire La Vie, Benoît XVI affirme clairement que la liberté religieuse est un authentique chemin de paix car :

Le monde a besoin de Dieu. Il a besoin de valeurs éthiques et spirituelles, universelles et partagées, et la religion peut offrir une contribution précieuse dans leur recherche, pour la construction d’un ordre social juste et pacifique au niveau national et international.

PS/MàJ du 04 janvier 2011

La liberté religieuse est en pointe en début d’année relève Stéphane Lemessin ! L’année commence bien tristement avec le lâche attentat dont on été victimes une fois de plus les coptes d’Egypte. Benoît XVI a lancé une invitation pour une nouvelle Journée Mondiale de prière des religions pour la paix, 25 ans après celle lancée par Jean-Paul II. Il a affirmé fortement :

Nous comprenons que la paix ne s’obtient pas par les armes, ni par le pouvoir économique, politique, culturel et médiatique. La paix vient des consciences qui agissent en s’ouvrant à la vérité et à l’amour

Tous ces évènements attristent tous les chrétiens et toutes les personnes sincèrement attachées à la liberté notamment religieuse. La souffrance des chrétiens persécutés pour leur foi est un peu la nôtre et notre prière peut être un peu la leur. J’ai toujours eu du mal à comprendre la communion des saints mais je crois que ça commence à venir…

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