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Le centre n’est-il qu’une droite comme les autres ?

7 janvier 2011

Me voici tagué sur un sujet que je devrais être content de traiter. J’ai tenté ici et ailleurs, en commentaire, de défendre la pertinence du centre dans l’environnement politique actuel, notamment après le dernier remaniement (un petit pearltree sur la question).

J’ai envie de dire : vous pouvez répéter la question ?

Si la question est, ici et maintenant (si j’ose dire), le centre existe-t-il ?, j’avouerai volontiers i) mon incompétence et ii) que l’essentiel a été dit par Laurent de Boissieu (notamment ici). Malgré tout je m’en vais donner ma version des choses (pour faire semblant de tenter de répondre à la question) avant de dire deux ou trois choses que j’ai envie de dire en rapport (ou pas) avec le sujet.

Bien entendu la réponse à la question de savoir si le centre existe dépend d’abord de ce que l’on entend par ce mot. Le plus souvent, le centre est défini de manière géométrique. C’est le milieu, l’entre deux, entre la droite et la gauche à la recherche d’un équilibre sans cesse révisé. Cette définition est d’autant plus difficile à maintenir lorsque la différence entre la droite et la gauche devient moins nette. Cela ne veut pas dire que dans cette première vision, il n’y a pas déjà quelques traits caractéristiques du centre. Le centre est plutôt fédéraliste, favorable à la décentralisation comme à la construction européenne dans le respect d’un authentique principe de subsidiarité (la question est alors de savoir dans quel sens l’appliquer). C’est un trait hérité du personnalisme qui a largement inspiré les centristes depuis les années 30 et surtout après la seconde Guerre Mondiale. Il n’aime pas la personnalisation du pouvoir. Certains diront que cela arrangeait bien certains centristes à la personnalité assez discrète comme Lecanuet (rappelez vous le sketch de Coluche…). Cette position a conduit les centristes à s’opposer à De Gaulle sur la question de l’élection du président de la République au suffrage universel direct. C’est sans doute là un paradoxe de l’attitude de Bayrou, justement relevé par les spécialistes. Il a ressuscité un véritable centre (autrement dit autre chose qu’un centre droit) mais au prix d’une personnalisation un peu populiste de la démarche. Pour redresser un centre sans épithète, il a dû rompre avec un de ses traits les plus caractéristiques. Enfin, le centre est pour la liberté économique sans être libéral, et social sans être socialiste.

Si l’on recherche un groupe politique d’inspiration fédéraliste à la fois social et pour la liberté économique, que trouve-t-on ? Le Modem est indiscutablement au centre. Le Nouveau Centre également mais engagé dans une alliance avec la droite qui impose d’en faire un représentant du centre droit. C’est également le cas de l’Alliance centriste et du Parti radical (qui reste une composante de l’UMP) de Borloo. Le positionnement du Parti chrétien démocrate (composante de l’UMP également) est plus ambigu. Il évolue non seulement en raison des circonstances politiques liées à son absence du gouvernement mais aussi en raison d’un moindre libéralisme économique. L’invocation simultanée de la démocratie chrétienne et du gaullisme sociale n’aide sans doute pas à clarifier son positionnement car ces deux courants semblent contradictoires. Le centre existe donc mais surtout dans sa variante centre droit. On peut regretter que ces partis ne se rapprochent pas pour constituer une véritable alternative à Nicolas Sarkozy pour 2012.

Le centre peut aussi se définir, pour reprendre une idée de Laurent de Boissieu et du Chafouin, comme un ailleurs. Il ne s’agit pas simplement d’un ni droite, ni gauche a priori un peu facile mais dont on sait qu’il dissimule souvent un positionnement très à droite. Ce constat avait d’ailleurs conduit Mounier à renoncer à la formule qu’il avait adoptée dans un premier temps. Le centre pourrait se définir comme un refus de l’entre deux. Il serait moins caractérisé par la recherche de l’équilibre que par une authentique réforme rompant à la fois avec la droite et la gauche. Réforme ? On pourrait presque parler de révolution si le mot n’était pas devenu un simple élément de langage publicitaire pour désigner rasoir, couches culottes et autres boxes… On pourrait aussi parler de conversion. Mounier concevait manifestement sa révolution personnaliste comme une conversion personnelle et communautaire. Le thème de finances publiques illustre bien cette démarche. Droite et gauche ne parviennent pas à dénoncer notre pratique budgétaire irresponsable. Seuls les centristes ont le courage d’élever la voix (et sur ce point, il faut rendre à Bayrou l’hommage qu’il mérite). D’autres exemples moins dramatiques ou médiatiques seraient aisés à trouver. L’éducation, l’aide sociale, le rapport à l’argent… sont autant de thèmes sur lesquels le centre n’est souvent pas simplement entre la droite et la gauche mais bien ailleurs. Le centre n’est donc pas nécessairement une troisième voie. C’est bien plus dans ce centre d’inspiration personnaliste que je me retrouve. Je n’ai pas d’affinité particulière avec la démocratie chrétienne mais rejoins finalement Emmanuel Pic lorsqu’il nous invite à imaginer une nouvelle démocratie chrétienne. A mon avis, cela devrait passer par une démarche qui a été celle de la social-démocratie mais aussi celle des verts lorsqu’il sont passés de l’écologie pure à l’écologie politique. Au plan humain et institutionnel, il faut partir de la société, du sociétal comme on dit souvent : notre mouvement social c’est l’Église au sens large et oecuménique du terme. Au plan des idées, la base de travail devrait être la doctrine sociale de l’Église. A nouveau, je rejoins Le Chafouin sur ce point (ici et ). Cela doit-il passer par une action politique au sens classique du terme ? Faut-il s’engager dans une sorte d’anarchisme chrétien comme semble le faire Cavanaugh au risque de succomber à la tentation dévote ? En tout, l’homme, et le chrétien moins que tout autre, ne peut pas refuser l’engagement.

Nous ne nous engageons jamais que dans des combats discutables, sur des causes imparfaites. Refuser pour autant l’engagement, c’est refuser la condition humaine (Mounier).

En ce début d’année, je prendrais volontiers la bonne résolution de faire une lecture suivie du Compendium de la doctrine sociale… en attendant, regardez l’entretien avec Jean-Louis Bourlanges qui date de l’été 2010. Cela donne une idée de ce qu’est le centre…

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4 commentaires leave one →
  1. 7 janvier 2011 20 h 50 mi

    Ah, mais c’est ce cher Michel Jobert qui fut le premier à se mettre lui-même ailleurs…

    L’intérêt de l’ailleurs est de pouvoir se situer n’impporte où ce qui tout de même plus pratique…

    Tous jeux de mots et plaisanteries à part, outre l’absence d’ambition et d’enthousiasme que peuvent générer les idées d’un centre (moyenne entre gauche et droite), la difficulté avec le centre réside justement dans le fait qu’il ne peut s’exprimer qu’en démocratie et que justement en démocratie, il ne sera jamais au pouvoir.

    On a le choix entre deux solutions : soit un gouvernement résulte d’un choix majoritaire, ce qui favorise les idées simples mais claires, soit un gouvernement résulte d’un choix proportionnel et nous en connaissons tous les méfaits IIIème république.

    Donc, le centre c’est nécessairement un parti (et vous en avez compté une demi douzaine) qui exprime des opinions qui sont tellement nuancées qu’elles ne seront jamais au pouvoir (par manque de clarté).

    Alors, bien sûr, plus on réfléchit, plus on a

    PS : la seule existence d’une demi douzaine de centres montre à quel point les idées centristes ne sont que les idées de quelques personnes.

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  2. 7 janvier 2011 20 h 55 mi

    Arghhhh. Doigté raté. Je reprends avant le post scriptum.

    Alors, bien sûr, plus on réfléchit, plus on aborde les problèmes par des points de vue variés et plus on a tendance à fignoler les réponses. Mais la majorité des électeurs a-t-elle vraiement envie de réponses fines ? Ne préfére-t-elle pas des réponses fortes, claires, frappantes ?

    Le centre ne mérite pas la démocratie. Tant qu’on sera en démocratie soumise à des cycles électoraux rapprochés, le centre ne sera jamais qu’un rêve d’intellectuels.

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  3. 7 janvier 2011 20 h 59 mi

    Et si on comparait le centre aux pétales tout neufs tout beaux du milieu de la rose, qui vont aller remplacer ceux du bord, lesquels seront allés, leur première fraîcheur passée, remplacer ceux de l’extrême bord tout pourris?
    c’est sûrement idiot, mais au moins c’est poétique!
    …enfin, pas longtemps, car au bout du compte, ils seront tous tombés par terre presque en même temps, de quelque côté qu’ils se trouvent.

    allez, et pourquoi pas prendre une marguerite, la prochaine fois? ou une pomme de pin?

    Bon, mais ça me dit pas pour qui voter: Bayrou ou Boutin?

    Dites, et si vous vous y colliez, vous, les bloggueurs sympas? Je vote pour vous, moi. Même s’il y a parmi vous des gauchos. Le tout c’est qu’ils soient encadrés par des gens bien pour éviter les excès qui les caractérisent et qui me font fuir. (lesdits gauchos peuvent dire exactement la même chose, symétriquement: ça me va très bien!)

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  4. 8 janvier 2011 11 h 47 mi

    @PSCLV le centre-milieu n’est pas très prometteur c’est vrai. Il a toutefois des idées fortes (que j’ai rapidement mentionnées) et qui le distingue tant de la droite que de la gauche. Ce qui laisse une perspective vers un ailleurs qui ne s’exprime pas nécessairement dans UN parti d’ailleurs. Surtout, du point de vue chrétien/personnaliste, il faudrait construire sur un mouvement issu de la société, moins idéologique.

    Sur la démocratie, autant dire que je suis, comme vous, modérément démocrate… les séquences électorales rapprochées nuisent à une authentique république. Je préfèrerais des mandats longs (PR pour 7ans, AN idem voire plus) et non renouvelable avec de plus petits effectifs mais avec plus de moyens. Doux rèves à nouveau…

    @do je n’avais pas la prétention de donner des indications de vote… d’ailleurs, je commence à penser que c’est secondaire (surtout les présidentielles).

    Enfin, je ne sais même pas si je suis centriste…

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