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Le débat sur l’eugénisme tué dans l’œuf

26 avril 2011

L’Assemblée nationale avait adopté une série d’amendements rééquilibrant le dispositif encadrant la pratique du diagnostic prénatal. Le débat engagé à l’Assemblée nationale ne s’est pas poursuivi au Sénat lors de la séance du 6 avril (ici et surtout ). Au contraire, il a été fermé avec une efficacité surprenante. L’idée de rééquilibrer la pratique du diagnostic a été interprété à travers le prisme déformant de la pseudo liberté d’avorter. Certaines déclarations sont particulièrement typiques de la rhétorique pro avortement :

Ne jouons pas l’hypocrisie. Cette disposition ne vise qu’à influencer, à culpabiliser des femmes placées dans un choix d’une incroyable difficulté : interrompre ou non sa grossesse. La placer face à des parents qui revendiqueront leur bonheur d’être parents d’enfants handicapés, est-ce l’aider à se déterminer librement ? Est-ce là l’information « complète et objective » dont parle le rapporteur ? Il n’est même pas envisagé de proposer une liste des centres de planning familial (C. Lepage).

Toute position plus nuancée est immédiatement attaquée dans des termes assez ridicules mais qui portent.

Vous relayez la croisade engagée contre l’IMG, qualifié par certains -c’est indigne- d’eugénisme d’État. Le législateur ne doit pas perdre de vue l’intérêt général.

Les propositions de Mmes Dupont et Hermange notamment ont reçu un accueil très hostile. La référence à l’eugénisme a été rejetée avec une violence qui avait essentiellement un but rhétorique : en se présentant comme insultés (“Nous ne sommes pas des nazis… l’eugénisme vous n’y passez pas!”) les défenseurs du développement du DPN se sont donnés le beau rôle.

Le Sénat est largement revenu sur le travail de l’Assemblée nationale avec la complicité de Mme Berra et aux moyens d’arguments assez malhonnêtes visant à discréditer les opinions favorables à la position de l’Assemblée nationale (certains députés vont être content) :

Il n’y a pas 96 % des femmes qui interrompent la grossesse après un DPN, mais 87 % après un test faisant apparaître une trisomie 21 : 13 % des femmes concernées acceptent donc de faire naître un enfant handicapé (N. Berra).

Mme Berra a du avoir une microcoupure… 96 % n’est pas le nombre d’enfants trisomiques éliminés dans le ventre de leur mère. Rappel : ce sont 92 % des enfants atteints de trisomie 21 qui sont diagnostiqués avant la naissance ; sur ces 92%, 96% sont éliminés… donc 92×0.96 = 88 ! Il faut revenir aux quatre opérations !! Il y a effectivement 12-13 % des enfants trisomiques qui naissent mais cela comprend essentiellement des enfants qui n’ont pas été détectés dans le cadre de la traque mise en place avec l’aide de la loi.

La grossesse deviendrait anxiogène ? C’est plutôt que les femmes ont désormais leurs enfants plus tard et connaissant les risques qu’elles courent, elles préfèrent passer des examens pour apaiser leurs craintes (N. Berra).

Qui a eu plusieurs enfants sur les dix ou quinze dernières années ne peut qu’être étonné par une telle affirmation. Les examens « proposés » sont de plus en plus nombreux, la pression de plus en plus lourde même avec des praticiens de qualité (humaine…). Et l’impression d’être un grand malade si l’on ose exprimer l’idée d’accueillir l’enfant tel qu’il sera… (je n’aime pas tellement l’expression garder l’enfant…).

C’est en définitive une petite trentaine de sénateurs qui ont eu le courage de se prononcer dans le même sens que leur collègue de l’Assemblée nationale. La suite des travaux parlementaires reste incertaine mais il ne faut pas se faire d’illusion. Tout a été dit et le débat a été magnifiquement fermé grâce une série de sophisme et par l’invocation de la forme post moderne de la liberté qui permet de faire ce que l’on veut en excluant toute notion objective de fin ou même de bien…

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2 commentaires leave one →
  1. 26 avril 2011 13 h 03 mi

    « Il y a effectivement 87-88 % des enfants trisomiques qui naissent mais cela comprend essentiellement des enfants qui n’ont pas été détectés dans le cadre de la traque mise en place avec l’aide de la loi. »

    Petite coquille, c’est 12-13% des enfants trisomiques qui naissent et non 87-88%.

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    • 26 avril 2011 21 h 25 mi

      J’ai pris mes désirs (et encore) pour la réalité… C’est corrigé.

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