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Salauds d’pauvres !

13 mai 2011

La sortie de Laurent Wauquiez sur l’assistanat a déjà suscité beaucoup de réactions. En prétendant stigmatiser « les dérives de l’assistanat », qu’il a qualifiées de « cancer de la société française », le jusque là plutôt sympathique animateur de la droite sociale s’est aliéné une bonne partie de ceux qui, à droite (pour la gauche, on s’en moque puisque de toute façon ils sont contre), avaient encore un vrai souci social et des catégories populaires. La question va finir par être de savoir si à l’UMP quelqu’un sait encore ce que recouvre le P… Populaire ? c’est le contraire d’impopulaire ? C’est un truc pour parler de sondage ? Au temps pour moi et pour d’autres qui ont cru que cela faisait référence au peuple (comme encore le P de MRP). Sans aborder vraiment la question de fond, on ne peut que constater brièvement deux choses. D’une part, il est étonnant de voir critiquer un dispositif (le Revenu de Solidarité Active ou RSA) qui est la seule réforme sociale d’envergure engagée par ce gouvernement à laquelle même le parti socialiste ne parvenait pas véritablement à s’opposer. D’autre part, et plus généralement, on peut voir dans cette épisode l’expression d’un profond désintérêt pour les personnes qui ont besoin de ces aides et d’accompagnement. Sans doute qu’il y a des fraudes ou simplement un calcul utilitariste qui dissuade parfois d’être plus entreprenant mais la formule à l’emporte-pièce de Laurent Wauquiez laisse clairement à comprendre que dans droite sociale le mot important c’est droite…

Et la gauche suit la même veine… Un récent rapport de Terra Nova sur la stratégie à mettre en place en vue de l’élection présidentielle affirme sans ambiguïté qu’il est temps d’abandonner les électeurs populaires comme cœur de cible !

Il n’est pas possible aujourd’hui pour la gauche de chercher à restaurer sa coalition historique de classe : la classe ouvrière n’est plus le cœur du vote de gauche, elle n’est plus en phase avec l’ensemble de ses valeurs, elle ne peut plus être comme elle l’a été le moteur entraînant la constitution de la majorité électorale de la gauche. La volonté pour la gauche de mettre en œuvre une stratégie de classe autour de la classe ouvrière, et plus globalement des classes populaires, nécessiterait de renoncer à ses valeurs culturelles, c’est-à-dire de rompre avec la social-démocratie.

Il n’est pas étonnant que, pour faire court, la nouvelle cible est le bobo. Cette proposition a fait hurler une partie non négligeable de la gauchosphère. Qui va consacrer un peu d’attention à ces catégories populaires qui n’ont pas comme souci de savoir s’ils vont retourner au Maroc ou s’il faut préférer faire un pèlerinage sur la cote ouest des Etats-Unis ? N’est-ce pas à nouveau pousser une partie de l’électorat populaire à voter pour le Front National ?

Sans doute, il ne faut pas sombrer dans le misérabilisme et s’imaginer que la pauvreté est le signe infaillible de la vertu. Pas davantage qu’il ne faut dénigrer systématiquement une certaine aisance, s’afficherait-elle en Porsche… Ces derniers événements sont le symptôme d’une politique fonctionnant le plus souvent sur le seul mode électoraliste et idéologique. Un authentique souci du bien commun devrait conduire à regarder les choses en face : la pauvreté et le chômage autant que la fraude et les effets pervers. Le problème, ce n’est pas tant l’assistanat que la pauvreté (toute relative dans nos pays ne l’oublions pas) ou plutôt les pauvretés si diverses dans nos sociétés. Une authentique démarche personnaliste fait décidément cruellement défaut dans notre paysage politique actuel. Bon allez on relit Caritas in veritate ?

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5 commentaires leave one →
  1. 13 mai 2011 14 h 20 mi

    Bravo, en particulier pour la chute ! Ne soyons pas trop obnubilés par le piège gauche/droite, cf la pitoyable « cartographie de la blogosphère d’extrême droite ». De toutes les façons quand on a peur de « regarder les choses en face » on se réfugie dans une cartographie bien commode et supposée disqualifiante… pour ceux qui ont moins peur !

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  2. Henry le Barde permalink
    13 mai 2011 17 h 08 mi

    Bon, tu me connais, j’y tiens à ce clivage gauche/droite, tout d’abord parce qu’il est relatif à chaque pays, mais aussi parce qu’il fonde la démocratie.

    Pour moi le piège ultime est l’illusion d’une 3e voie.

    Etre de droite ou être de gauche, et je rejoins assez Autheuil là-dessus, c’est d’abord une question de culture.

    Ce n’est pas parce qu’on est en désaccord avec la quasi-totalité de l’offre politique actuelle de son camp qu’on doit y renoncer. Même si un ou plusieurs clans le squattent en dénaturant tout ou partie de ladite culture.

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  3. 13 mai 2011 18 h 05 mi

    enfin, quand même, il y a un sacré boulevard pour une vision chrétienne de la société!
    pas de racisme, pas de populisme, pas de boboisme, mais solidarité, libéralisme et droiture:
    non mais comment ça se fait qu’on soit pas encore à 80% de voix, au PCD ?!?
    enfin, on y est peut-être, après tout:
    on le sait pas, c’est tout…

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