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La conquête

22 mai 2011

J’ai vu hier soir La conquête une fiction relatant l’ascension de Nicolas S vers la présidence de la République (film de Xavier Durringer sur un scénario de Patrick Rotman). Un film que certains résument en une formule percutante: comment gagner l’élection présidentielle et perdre sa femme. C’est évidemment un peu réducteur mais c’est bien l’argument essentiel de film qui dresse une galerie de portraits assez saisissants tout en racontant une histoire.

Les portraits du petit Nicolas et de son entourage, amical ou hostile, sont vraiment saisissants. Si l’on est jamais loin de la caricature et quasiment dans l’imitation, il faut reconnaitre que l’évocation des principaux protagonistes est très convaincante. Jacques C est superbement interprété par Bernard Lecoq. Ce n’est pas une surprise. Il est au final assez antipathique dans son mélange de trivialité et d’hypocrisie qui en définitive ne trompe personne. C’est vraiment la fin de Jacquouilles la fripouille. Le roi est nu et en plus il sent mauvais. Il perd son sens politique (même Bernadette le dit !) aveuglé qu’il est par son aversion pour ce type qui n’est même pas administrateur civil; tout juste avocat sans pratique tombé dans la politique trop jeune. Cette haine le porte à préférer l’infâme Dominique (l’autre Dominique, celui qui fait 3 % dans les derniers sondages).  Ce “puceau politique” (Jacques dixit) est préféré à notre héros pour occuper Matignon après la défaite de l’insignifiant Raffarien qui n’apparait même pas à l’écran (c’est dire… sur ce point à mon avis c’est un peu dur pour Jean-Pierre). Il y a des points communs entre Jacques et Dominique mais le film laisse entendre que le premier  a choisi le second parce qu’il était en mesure de flinguer Nicolas auquel la trahison de 1995 n’a pas été pardonnée (vous vous souvenez notre héros a préféré l’insipide Edouard au grand Jacques). La maladresse, peut-être coupable, de Dominique dans l’affaire Clearstream est évoquée rapidement mais sans aucune ambigüité (et là franchement malgré toute l’antipathie que l’on peut avoir pour le personnage voire pour le modèle, il faut reconnaitre que la sortie du film en ce mois de mai laisse une vague impression de malaise).

Denys Podalydès est plus étonnant encore dans la peau de son personnage. Parfois un peu outré ou surjoué, il construit une fantastique évocation de Nicolas S. Bien que l’on ait parfois l’impression qu’il s’agit de la caricature la plus outrée du film, la complexité du personnage est finalement assez bien rendue. Il rend bien mieux que l’on ne pense a priori le mélange de franchise et de duplicité, de force et de faiblesse qui est constitutif du personnage mis en avant par le film. Les scènes de déjeuners partagés avec Dominique sont parmi les grands moments du film.

Le chœur antique moderne et un peu bouffon des Nicoboys, associé à une excellente Rachida D, est plus vrai que nature. Ils y sont tous ou presque : Fréderic, Laurent, Pierre et les autres. Claude G et Henri G sont tous les deux excellents (notamment Claude joué par Hyppolite Girardot). Ils œuvrent au succès de leur maitre comment des lutins facétieux mais efficaces. Ils doivent toutefois composer avec la femme du patron qui ne les aime guère.

Cécilia (c’est la femme du patron) est la charnière du film. Et c’est la que le bât blesse. En effet, je ne sais pas si la vraie Cécilia jouait mal son rôle, en tout cas Florence Pernel, elle joue assez mal et gâche, sinon le film, du moins une bonne partie du plaisir que l’on peut avoir à le regarder. Peut-être est-ce pour nous rappeler que tout cela n’est que du spectacle… dans ce cas, c’est réussi.

Sinon, l’histoire est connue. Nicolas S est ministre, il veut être ministre d’Etat, avant d’être calife à la place du calife président à la place du président. On retrouve une partie de la folie de l’époque. Le récit expose approximativement les cinq ans qui ont conduit l’homme aux talonnettes de la Place Beauvau au Palais de l’Elysée sans passer par Matignon. Dans le même temps, il s’est éloigné douloureusement de son épouse qui s’est trouvée malgré tout (malgré elle en tout cas) l’un des principaux artisans du succès présidentiel du petit Nicolas. Le film est d’ailleurs construit sur une succession d’allers retours entre la journée du 6 mai 2007 et les différentes étapes, personnelles et politiques, qui y ont conduit. Pour être franc, si l’idée est intéressante sans être très originale, sa mise en œuvre laisse un peu dubitatif. Autrement dit, le montage laisse peut-être un peu à désirer (au-delà de l’aspect purement technique des liaisons un peu chaotiques). On ne peut s’empêcher de penser qu’il manque quelques passages que l’on aurait supprimés peu proprement.

Pourtant le film manie bien l’art de l’ellipse, si important au cinéma. Quelques trouvailles sont particulièrement intéressantes. A aucun moment, par exemple, on ne voit le camp adverse. On aimerait tant rigoler en voyant Ségolène… Il faudra sans doute un autre film sur Ségolène et François. On pourrait l’appeler… La défaite. Cela permet de faire de cette histoire une histoire interne à la droite et bien que Nicolas apparaisse finalement assez à son avantage quelle que soit l’intention des auteurs, ce n’est pas pour autant une apologie. Autre astuce assez bien trouvée : les répétitions de débats et entretiens. Que ce soit Jacquouilles se préparant à son rendez-vous du 14 juillet ou Nicolas se préparant à son face à face avec Ségolène, ces passages permettent d’éluder des scènes trop difficiles à filmer tout en permettant de commenter l’évènement. C’est très drôle et réussi.

La conquête n’est pas un film historique, ni un docu-fiction, ni un essai politique. C’est un film comique qui revient sur un évènement très récent, peut-être trop pour faire l’objet d’un film, dont nous vivons encore les conséquences. Malgré certains défauts de la réalisation, et sans doute davantage dans le montage, c’est un bon film qui mérite d’être vu. Il fait apparaitre l’humanité de l’homme politique malgré la dureté de son environnement. L’originalité de Nicolas S qu’on l’aime ou qu’on le déteste est évidente : sa stratégie de rupture reste un modèle de stratégie politique. La violence politique est rendue assez crument dans La conquête ; on pense parfois au Prince voire à Shakespeare (avec un peu d’imagination). A moins d’un an d’un nouveau drame politique , le scénario n’est pas encore écrit et l’on se demande encore si l’on assistera à un remake de Blanche Neige et les sept nains ou de La nuit des morts vivants

Pour information, les prochaines rencontres Droit & cinéma auront pour thème Le vote à l’écran

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