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Il n’y a pas que le sexe dans la vie…

10 juin 2011

Il y aurait le genre aussi. On en fait même des théories. Dans le langage courant, le genre renvoie au sexe : il n’y a pas en principe de distorsion entre les deux. Dans les théories du genre, il peut y avoir un sexe biologique mais il n’impliquerait aucun déterminisme quant au genre entendu comme la manifestation sociale d’un corps sexué. Leur objet est alors d’étudier, à partir de cette distinction, comment les rôles sont répartis et vécus au sein de la société. Cela implique une remise en cause de la féminité, de la masculinité mais aussi une contestation fondamentale de l’hétérosexualité (appelée hétérosexisme) en la dénaturalisant. Ce n’est pas rien.

Demandez le programme !

Revenons au point de départ de toute cette discussion à savoir la modification des programmes de sciences de la vie et de la terre (SVT) de 1re S et, surtout, de sciences en 1re ES et L (réactions ici, état des lieux). Le programme de SVT fait référence à la sexualité et à la recherche du plaisir au moyen d’une analyse utilitariste bien triste mais pas nouvelle (analyse en termes de récompense : le bâton et la carotte si j’ose dire…). C’est surtout le programme de sciences des sections ES et L qui pose le plus de questions, sans parler des difficultés qu’il suscitera dans les établissements catholiques. En voici l’essentiel pour ceux qui auraient la flemme de faire la recherche. Ce programme suscite quelques interrogations avant même d’aborder la question plus fondamentale des théories du genre.

La première phrase laisse déjà perplexe :

A l’adolescence chaque individu prend conscience de son identité et de son orientation sexuelles. La prise en charge de façon responsable de sa vie sexuelle par ce futur adulte rend nécessaire de parfaire une éducation à la sexualité qui a commencé au collège.

Je n’arrive pas à me faire à l’idée que l’école soit dans son rôle lorsqu’elle prétend accompagner l’adolescent dans la découverte de ce qu’on appelle son identité sexuelle et encore moins à envisager que ce soit une nécessité. Que cette contribution décisive prenne place au sein d’un enseignement de sciences voire de SVT m’étonne tout autant. Ne nous dit-on pas précisément que les théories du genre relèvent des sciences sociales ? Pourquoi ne pas en parler en philosophie : le lieu ou tout se discute ! L’insertion dans un programme scientifique tend à revêtir une pensée contestable d’une rigueur qu’elle n’a pas en contribuant à fermer le débat. Enfin, pense-t-on vraiment que les adolescents seront aidés par une analyse qui détruit des repères (objectivement on ne peut contester que c’est l’effet et l’objet même des théories du genre) ? Le jeune qui ne sait pas très bien qui il est sera-t-il plus avancé lorsqu’on lui aura affirmé que de toute façon il est indéterminé et que c’est à lui d’avancer de manière responsable dans la construction de son identité ?

La prétention scientifique (tendance science dure ici) a pour objet non seulement de corriger des informations erronées mais aussi de battre en brèche les préjugés (lire l’obscurantisme) :

Ce thème vise à fournir à l’élève des connaissances scientifiques clairement établies, qui ne laissent de place ni aux informations erronées sur le fonctionnement de son corps ni aux préjugés.

La personnalisation de la démarche laisse franchement dubitatif. L’élève est invité à réfléchir sur lui-même, sur le fonctionnement de son corps et non à prendre un peu de recul. Ce n’est fait pas très scientifique tout ça. La charge émotionnelle et l’implication de l’intimité dans une réflexion à prétention scientifique paraissent plutôt vicieuses. D’autant que s’y glissent des idées telles que celles-ci :

Ce sera également l’occasion d’affirmer que si l’identité sexuelle et les rôles sexuels dans la société avec leurs stéréotypes appartiennent à la sphère publique, l’orientation sexuelle fait partie, elle, de la sphère privée.

Voici pour les grandes lignes du programme. Suivent les compétences qui doivent être acquises par le jeune élève à l’issue de cet enseignement :

A l’issue de cet enseignement l’élève devrait être capable d’expliquer:
– à un niveau simple, par des mécanismes hormonaux, les méthodes permettant de choisir le moment de procréer ou d’aider un couple stérile à avoir un enfant ;

– comment un comportement individuel raisonné permet de limiter les risques de contamination et de propagation des infections sexuellement transmissibles (IST) ;

– le déterminisme génétique et hormonal du sexe biologique, et de différencier ainsi identité et orientation sexuelles ;

– que les affirmations concernant les « cerveaux masculin et féminin » n’ont actuellement aucun fondement anatomique ou physiologique.

A nouveau, on constate que la réflexion sur la procréation se limite à la compréhension des techniques permettant d’éviter la naissance, de choisir le moment de celle-ci ou encore des aides relevant de l’AMP. Surtout, pour ce qui est en cause ces temps-ci, l’objectif est clairement de faire intégrer au jeune l’idée fondamentale des théories du genre à savoir qu’il faut distinguer sexe et genre. C’est même une compétence majeure largement développée dans le programme. En effet, l’élève doit être en mesure de :

Différencier, à partir de la confrontation de données biologiques et de représentations sociales ce qui relève :

– de l’identité sexuelle, des rôles en tant qu’individus sexués et de leurs stéréotypes dans la société, qui relèvent de l’espace social de l’orientation sexuelle qui relève de l’intimité des personnes

– Etablir, à partir de données anatomiques, chimiques et fonctionnelles l’influence des hormones sur le cerveau pendant le développement (ex.: hypothalamus)

– Discuter la validité scientifique et le caractère parfois idéologique des opinions visant à différencier un cerveau masculin d’un cerveau féminin

Sans doute tout n’est pas faux au plan scientifique. L’idée d’un cerveau masculin et d’un cerveau féminin semble effectivement n’avoir aucune base scientifique. Simplement à partir de ce constat, le nouveau programme prétend tirer la conclusion générale que l’identité sexuelle sociale doit être distinguée du sexe.

La confusion des genres

De manière plus générale et fondamentale, il faudrait lire et analyser les théories du genre pour en évaluer leur valeur descriptive voire explicative ou leur nuisance. Le projet des théories du genre me semble vicié à la base. Sans doute peut-on admettre que la répartition d’un certain nombre de rôle sociaux selon le sexe n’est pas une nécessité. Certains stéréotypes peuvent assurément être contestés : la femme n’est pas nécessairement douce et altruiste; l’homme n’est pas nécessairement fort et égoïste. Par conséquent, la répartition des rôles sociaux, dans l’entreprise et dans le monde politique  notamment, peut être remise en cause. Dans ces domaines, sexe et comportement peuvent certainement être décorrélés sans dommage. Cela nous permettra d’échapper à des réflexions naïves du genre (si j’ose dire), s’il y avait plus de femme en politique/entreprise, cela ne se passerait pas comme ça.

En revanche,  la rupture du lien entre sexe et sexualité et procréation impliquée par les théories du genre est un vrai danger. S’il faut distinguer les théories du genre et le mouvement queer, il ne faut pas en négliger les liens. La théorie est largement au service d’une idéologie qui a pour objectif de procéder à la subversion de l’identité sexuelle en la dénaturalisant. Subversion peut sembler un peu fort mais c’est bien le projet affiché en sous-titre du livre de Judith Butler (J. Butler, Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l’identité). Au-delà de la revendication égalitaire d’un féminisme assez classique, Judith Butler prétend remettre en cause (déconstruire) l’hétérosexualité afin d’ouvrir la voie vers une société d’individus sans identité sexuelle stable. Autrement dit, le genre relèverait du construit : ce serait une construction sociale qui ne saurait s’imposer à des individus réellement libres. C’est une philosophie (pas de la SVT!) d’inspiration nietzschéenne (Nietzsche via Foucauld). Toute identité serait confuse, ambigüe, bizarre et tordue (en un mot : queer) et serait laissée à l’autodétermination de l’individu.

A mon humble avis, l’action humaine doit être conforme à une finalité. Je ne crois pas à cette forme de liberté indéterminée d’un individu ballotté d’un désir à l’autre et autojustifiée par l’amour qu’il prétend avoir pour son prochain et pour Dieu. Le lieu entre le sexe et la sexualité me semble encore être pertinent de même que le lien entre la sexualité et la procréation (par laquelle l’homme et la femme collaborent à l’œuvre de Dieu). Pour les questions qui nous occupent, ces liens sont au fondement des réponses bonnes et justes que l’on peut tenter de formuler. Ils ne sont pas pas sans rapport avec la notion (toujours discutée) de loi naturelle.

Il est vrai que la notion de loi naturelle semble parfois manquer de précision et qu’elle a été négligée pendant longtemps. Toutefois, on peut constater un renouveau depuis quelques années, notamment sous l’influence de Jean-Paul II puis de Benoît XVI. Dans son discours lors du Congrès international sur la loi morale naturelle, Benoît XVI a nettement rappelé que

« tout ordonnancement juridique, tant sur le plan interne qu’international, tire en ultime analyse sa légitimité de son enracinement dans la loi naturelle »

Le premier des principes est celui de faire le bien et d’éviter le mal ; ce qui suppose évidemment que l’on admette que le bien et le mal existent objectivement. La différence sexuelle, la complémentarité dans l’égale dignité de l’homme et de la femme et l’accomplissement de leur vocation dans la collaboration à l’œuvre de Dieu (notamment par la procréation mais pas seulement) sont inscrites dans la nature humaine. La subversion de la procréation et la revendication générale de ce que l’on appelle aujourd’hui les droits reproductifs tendent à déconstruire la famille (pas seulement la famille occidentale bourgeoise sur le mode du XIXe siècle mais bien toute idée de famille) et la société dans son ensemble. Dans un monde où l’idéologie du genre aurait permis la victoire du queer, tout serait pouvoir : pouvoir sur soi, pouvoir sur les autres, rapport de pouvoir. En renonçant à toute limite objective, voire naturelle, bornant la volonté humaine, on abandonne le faible au pouvoir du fort.

Pétition des AFC : http://www.afc-france.org/education/petition-education

L’analyse du P. Grosjean de Padreblog en vidéo

Pour une approche différente : Questions de genre par Baroque

et l’approche toujours fine d’Incarnare : Mélange des genres sur Théologie du corps

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9 commentaires leave one →
  1. 10 juin 2011 21 h 31 mi

    En tout cas, je trouve atrocement injuste qu’on ne transmette pas AUSSI aux jeunes de cette génération là, l’existence d’une autre façon de penser, celle qui a prévalu jusque là, pour que, là dessus aussi, au minimum, ils puissent se déterminer LIBREMENT, chacun selon sa conviction intime.

    Si réellement, le but des gens qui défendent cette théorie était que les jeunes se déterminent librement en tout, ils ne cacheraient pas à toute une population une partie de la réalité, une autre option possible, une antithèse qui existe.

    La façon dont ils enterrent les idées qui ne sont pas les leurs est la preuve de leur hypocrisie lorsqu’ils parlent de liberté.

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  2. 14 juin 2011 12 h 10 mi

    Faudra me pardonner, je suis un vieil imbécile… alors que je partage complètement la tonalité de l’article, et que je suis reconnaissant du travail et de la réflexion fournis, je vais m’attacher à ce qui me chiffonne… et ne voir que la part d’ombre (à mon sens, bien sûr !) alors que la lumière est belle, et bien présente. Hope not to be a troll !
    1/ il y a bien une distinction à faire entre les sciences et la philosophie. Mais pas en ce qui concerne la rigueur ! La philosophie ne devrait être que rigueur, et c’est pour cela qu’elle passe tant de temps à définir les termes. Je sais bien que vous vouliez parler de la « réputation » de rigueur qu’ont les sciences, mais quand même cela me paraît important de le souligner. La distinction entre science et philosophie tient à mon sens au fait que les sciences sont descriptives et modélisent la réalité, alors que la philosophie, elle, se situe sur un autre registre puisque son objet est la finalité. La question du genre est essentiellement descriptive, et si elle doit être abordé (et je ne le pense pas puisque d’une part elle n’apporte pas grand’chose, cf Incarnare, et d’autre part elle s’attache surtout à déconstruire cf Vous), elle doit bien l’être en cours de science.
    2/ votre phrase « L’idée d’un cerveau masculin et d’un cerveau féminin semble effectivement n’avoir aucune base scientifique » assoit et redéveloppe considérablement la prudente affirmation « les «cerveaux masculin et féminin» n’ont actuellement aucun fondement anatomique ou physiologique ». En effet du point de vue de l’anatomie et de la physiologie il est possible qu’ « actuellement » on ne puisse faire la différence. Mais il y a bien d’autres sciences ! Voyez si du côté de la psychologie, de la neurobiologie, de la statistique il n’y a pas de différences ! Eh bien si ! Et incontestables. Et préexistantes aux influences.
    C’est là que l’analogie avec une jambe me semble pertinente. Du point de vue de l’anatomie et de la physiologie il n’y a pas de différence. Pourtant nous savons qu’une jambe de femme ce n’est pas pareil qu’une jambe d’homme. Et ce n’est pas parce que certaines jambes de femmes sont plus poilues, plus musclées, plus noueuses que certaines jambes d’homme qu’il n’y a pas de différence ! là encore la science statistique est très claire.
    Il me semble là qu’en voulant donner un « gage d’objectivité » aux promoteurs de la théorie du gender, vous alliez beaucoup plus loin qu’eux-mêmes, et que vous tombiez dans le piège de la fausse affirmation raisonnable.
    3/ En contestant les « stéréotypes », vous contestez les différenciations. Et pourtant là encore de nombreuses sciences sont très claires sur cette différentiation, et sur la part d’inné et d’acquis de cette différenciation. Il y a un cerveau gauche et un cerveau droit, le cerveau gauche est statistiquement plus développé chez les femmes, les sens sont beaucoup plus développés chez la femme, les hommes produisent plus de testostérone, les femmes plus d’œstrogènes, ce qui influence évidemment les comportements et créent les stéréotypes que vous contestez, etc.
    Encore une fois veuillez pardonner ces quelques réactions d’un vieil imbécile, qui apprécie beaucoup vos billet et ce qu’ils apportent à la réflexion commune. Et qui vous remercie des articles passés et de ceux à venir !

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    • 15 juin 2011 10 h 26 mi

      Dire que la réflexion sur la question relève davantage de la philo n’est pas une disqualification. La rigueur n’est pas moindre mais les théories du genre sont des théories qui relèvent des sciences sociales ; il me semble plus pertinent de les étudier dans le cadre des cours de philo ou de sciences sociales et économiques à la rigueur voire en histoire.
      Quant au cerveau, la critique vise une théorie ancienne selon laquelle homme et femme aurait une constitution cérébrale différente. Je ne suis pas spécialiste de la question mais ce ne semble pas prouvé (et le développement d’un hémisphère n’a pas forcément de signification; mais je laisse ça aux scientifiques). C’est tout ce que je veux dire. Il est vrai qu’en visant une telle théorie, les défenseurs du genre se donnent le beau rôle. C’est un peu comme ceux qui défendent un darwinisme radical en contestant les créationnistes le plus obtus.
      Sur la contestation des stéréotypes, je ne conteste pas la différenciation mais j’admets que l’on puisse ne pas être satisfait d’une répartition d’un certain nombre de rôles sociaux traditionnellement imposée du type les filles n’ont pas besoin de faire des études longues, le garçon doit être un chef…

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  3. 15 juin 2011 19 h 13 mi

    Tiens, je tombe sur un article pas inintéressant d’un psychothérapeute sur les cerveaux masculins et féminins, même si je ne connais pas le bonhomme, et si j’ignore sa légitimité (Wikipédia se contente de dresser la liste impressionnante de ses responsabilités). Serge Ginger : http://bit.ly/8mbkBK

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  4. Jean-Michel Castaing permalink
    20 juillet 2011 17 h 23 mi

    La « théorie du genre » tend à opérer une dissociation entre la vérité de l’homme et son identité corporelle. Celle-ci est soumise à l’arbitraire de l »orientation sexuelle ». Comme si mon corps n’était pas à la limite sexué. C’est là un déni de la différence sexuelle. Au fond les thuriféraire de cette « théorie » voudraient nous faire croire qu’il n’y a pas d’altérité entre l’homme et la femme, et que cette dualité n’est qu’une convention, voire une contrainte idéologique pour asservir un sexe par un autre. L’anthropologie chrétienne, elle, ne laisse pas l’identité corporelle à la merci de l’arbitraire d’un désir qui ne voudrait pas être dérangé par un autre véritablement « autre ». A ce compte là, il ne faut pas s’étonner si la vie des couples devient de plus en plus aléatoire: quand ma femme ne répond plus à mon « orientation sexuelle », qu’est-ce que je fais?

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