Skip to content

Pourquoi la peine de mort ?

21 septembre 2011

J’ai déjà traité à plusieurs reprises de la peine de mort. J’en ai parlé à propos de Camus et de Roger Gicquel. Tout a été dit sur le sujet et les argumentaires sont bien connus. J’y reviens encore une fois en raison de l’actualité (l’imminence de l’exécution de Troy Davis après le rejet de sa demande de commutation de peine) et d’un bref échange sur twitter ce matin sur l’attitude chrétienne face à la peine de mort (V. aussi H. Lindell).

En effet, la doctrine sociale de l’Église invite de plus en plus nettement à renoncer à la peine de mort là où elle existe encore. Il en va de la cohérence de la pensée de l’Église sur la défense de la vie. Bien sûr, on ne peut pas mettre sur le même plan l’enfant innocent tué dans le ventre de sa mère et le criminel sanglant. Dans le second cas, on peut tenter d’invoquer la légitime défense face à la personne coupable. Pourtant, la doctrine sociale conduit à chercher d’autres voies. La sanction est utile et nécessaire mais pas (ou plus) la peine de mort. La doctrine sociale de l’Eglise synthétisée dans le Compendium publié en 2004  reprend ainsi l’enseignement du Bienheureux Jean-Paul II dans Evangelium vitae. Parmi les signes d’espérance illustrant un mouvement en faveur du respect de la vie, Jean Paul II remarquait :

Dans le même ordre d’idées, se range aussi l’aversion toujours plus répandue de l’opinion publique envers la peine de mort, même si on la considère seulement comme un moyen de « légitime défense » de la société, en raison des possibilités dont dispose une société moderne de réprimer efficacement le crime de sorte que, tout en rendant inoffensif celui qui l’a commis, on ne lui ôte pas définitivement la possibilité de se racheter.

La protection de la vie est une valeur fondamentale de la société qui ne s’est pas imposée en un jour. La pensée de l’Église a évolué sur le sujet jusque dans ces dernières années. Malheureusement, l’opinion de certains chrétiens n’a pas toujours suivi ce développement pourtant cohérent avec la tradition. Le nouveau Catéchisme de l’Eglise catholique est marqué d’ailleurs par cette évolution. Dans sa première version (1992), le n° 2267 énonçait que:

Si les moyens non sanglants suffisent à défendre les vies humaines contre l’agresseur et à protéger l’ordre public et la sécurité des personnes, l’autorité s’en tiendra à ces moyens, parce que ceux-ci correspondent mieux aux conditions concrètes du bien commun et sont plus conformes à la dignité de la personne humaine.

Désormais, reprenant également la pensée de Jean-Paul II, il y est dit que :

L’enseignement traditionnel de l’Église n’exclut pas, quand l’identité et la responsabilité du coupable sont pleinement vérifiées, le recours à la peine de mort, si celle-ci est l’unique moyen praticable pour protéger efficacement de l’injuste agresseur la vie d’êtres humains.
Mais si des moyens non sanglants suffisent à défendre et à protéger la sécurité des personnes contre l’agresseur, l’autorité s’en tiendra à ces moyens, parce que ceux-ci correspondent mieux aux conditions concrètes du bien commun et sont plus conformes à la dignité de la personne humaine.
Aujourd’hui, en effet, étant données les possibilités dont l’État dispose pour réprimer efficacement le crime en rendant incapable de nuire celui qui l’a commis, sans lui enlever définitivement la possibilité de se repentir, les cas d’absolue nécessité de supprimer le coupable  » sont désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistants  » (Evangelium vitae, n. 56).

Évidemment, ceux qui sont favorables à l’abolition pure et simple en toute circonstances peuvent regretter ces formules encore un peu prudentes. Et l’on ne s’étonnera pas de voir Benoît XVI admettre que les catholiques peuvent avoir des positions différentes sur la question et qu’être en désaccord avec le Saint Père (laissant au passage clairement comprendre quelle est sa position!) sur ce point ne rend pas indigne de communier. L’évolution reste toutefois très nette en quelques mois. Le recours à la peine de mort suppose en lui-même des conditions très strictes. Surtout, il suppose qu’aucun autre moyen ne soit en mesure de défendre la société tout en offrant une possibilité d’amendement au coupable. Ces cas  » sont désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistants « … Le droit pénal et la criminologie ont progressé ; la conscience morale aussi (un peu tout de même). La justice l’emporte sur la vengeance et la sanction tend aussi à l’amendement du coupable. On comprend alors que Benoît XVI ait demandé que Troy Davis ne soit pas exécuté.

Dans cette affaire le doute est grand. En réalité, même minime, il devrait conduire à écarter la peine de mort dans ce cas même si l’on est pour le principe. Refuser de voir cela, c’est sombrer dans la vengeance et quitter le terrain de la justice. A supposer que la peine de mort soit admissible dans son principe, tuer Troy Davis serait une injustice. Cela sera d’autant plus injuste que le maintien de la peine de mort, peine absolue alors qu’il n’existe pas de culpabilité absolue (Camus, reprenant une idée présente chez Dostoïevski), ne se justifie pas dans nos sociétés.

Une pétition est lancée par Amnesty international ICI

Sinon, prions pour la famille du policier tué il y a vingt ans, pour Troy Davis ainsi que pour tous ceux qui pouvant empêcher l’injustice se sont abstenus.

Advertisements
8 commentaires leave one →
  1. Henri Vedaa permalink
    21 septembre 2011 15 h 15 mi

    L’opposition à la peine de mort est bien entendu une position respectable (toute position prise par le Bx Jean-Paul II l’est, presque par définition). Mais le virage brusque opéré sur le sujet par le CEC, notamment, laisse un peu perplexe. La « nouvelle » version du CEC s’avance en effet assez loin dans le domaine prudentiel, estimant qu’ « aujourd’hui » les circonstances pouvant justifier la peine de mort sont « assez rares, sinon même pratiquement inexistants ». On a l’impression d’être sur un terrain intellectuellement peu solide : qu’y a-t-il de nouveau « aujourd’hui » dans ce domaine ? La prison à vie, par exemple, serait-elle une invention récente ? N’existait-elle pas quand Saint Thomas d’Aquin défendait la légitimité de la peine capitale ?
    Mon sentiment est que le changement du discours pontifical sur la peine de mort a surtout été de l’ordre de la pédagogie : il s’agissait de présenter un discours cohérent face à la culture de mort. Non qu’il soit incohérent d’être « pour » la peine de mort (pour des coupables de crimes graves et avérés) et contre la mise à mort d’enfants- à -naître, mais cette position est, en terme de com’, plus difficile à tenir que celle d’EV.
    L’avenir dira si cette inflexion du discours porte. Je crains que non : nos contemporains ne voient en majorité pas de contradiction entre le soutien l’avortement légal et l’opposition à la peine de mort. Les deux positions s’allient même fort bien au relativisme moral ambiant : la dignité du fœtus est relative, la responsabilité du criminel est relative (« il n’existe pas de culpabilité absolue », dites-vous…)

    J'aime

    • 21 septembre 2011 15 h 55 mi

      Comme vous le relevez, il s’agit d’un discours prudentiel. Il n’est pas tranché ou du moins pas aussi tranché que dans le cas de l’avortement. Ce qui est nouveau, me semble-t-il, c’est une perception nouvelle de la peine et de ses fonctions. Le dépassement de la fonction rétributive (punitive) et la recherche de l’amendement du coupable sont relativement récents (un peu plus d’un siècle).
      Quant à la mise en cohérence avec la culture de vie en général, ce me semble exact mais pas pour autant de relever de la com’…
      Sur le relativisme, je n’y avais pas pensé. La « relativisation » ne me semble toutefois pas porter sur la même chose. Dans un cas, on relativise la dignité et dans l’autre on relativise la culpabililité. Ce serait toutefois à creuser…

      J'aime

  2. Hélios permalink
    22 septembre 2011 10 h 12 mi

    J’ai apprécié ce billet même, comme vous l’écrivez, si le sujet de la peine de mort a été vu et revu. La question, ici, est de demander à un Etat de ne pas l’appliquer pour ce cas précis.

    Ce qui est gênant quand même c’est que des témoins reviennent sur leur témoignage (6 sur 9 d’après ce que j’ai compris), ce qui voudrait dire que 3 témoins ont maintenu leur témoignage. Est-ce que ce point ne peut pas être un argument pour l’application de la peine.

    J'aime

    • 22 septembre 2011 19 h 06 mi

      La rétractation d’un témoin est toujours gênante ; celle de six témoins, l’est encore plus. En outre, un juré a affirmé qu’il n’aurait pas voté comme il l’a fait s’il avait su ce qu’il sait maintenant ; or du strict point de vue juridique, l’unanimité est nécessaire pour prononcer la peine de mort… Même si l’on admettait la légitimité du procédé, on serait en dehors d’une utilisation raisonnable !
      L’argument du doute me semble de toute façon surtout rhétorique car c’est bien la peine de mort elle-même (même pour un coupable) qui ne se justifie pas (ou plus) dans une société civilisée.

      J'aime

      • hélios permalink
        30 septembre 2011 11 h 48 mi

        Merci pour votre réponse.
        hélios

        J'aime

  3. brice pelman ngouama missamou permalink
    6 mai 2014 10 h 41 mi

    Ces écrits sont intéressant et pour des raisons d’informations,il serait requis d’ajouter d’autres articles supplémentaires connexes à la question .

    J'aime

Trackbacks

  1. Revue de Presse : Le pape en Allemagne, les familles, peine de mort, économie et politique vaticane ! « Lemessin
  2. We need to talk about Mohamed… « Thomas More

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :