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Le rite (d’après une histoire vraie)

28 septembre 2011

Le rite irrite. Le rite devrait être signe d’unité et il est souvent source de disputes et occasion de division. Je ne suis pas théologien ni un grand liturge mais j’ai comme tout le monde quelques idées sur la liturgie. Elles sont sans doute un peu fausses ou du moins largement faussées par une ignorance coupable. J’aime les belles célébrations, où les chants ont du sens et sont chantés juste mais je crois que c’est le cas d’à peu près tout le monde car je n’ai jamais rencontré personne pour vanter une célébration lugubre où tout partait en vrille avec une cacophonie en guise de chant.
Les temps sont à la paix liturgique même si l’expression a un arrière goût un peu étrange car il suggère que c’était la guerre et dans le même temps laisse entendre que la recherche de la paix peut être faussée aussi par une forme de guérilla. Pourtant, Jean-Paul II et Benoît XVI ont clairement recherché l’apaisement dans le respect d’une certaine diversité liturgique qui, semble-t-il, n’a finalement été écartée que pendant une période assez limitée et récente de l’histoire de l’Église. Summorum pontificum a récemment consolidé une situation assez satisfaisante tout en ouvrant l’accès à la forme extraordinaire du rite romain non seulement pour ceux qui ne se sont jamais fait à la forme ordinaire, qui a fêté son quarantième anniversaire l’année dernière dans l’indifférence, mais aussi pour une nouvelle génération qui n’avait pas connu la pratique de l’ancien missel (un petit billet ici). En réalité, le but de ce bref billet n’est pas de défendre l’une ou l’autre forme du rite romain mais seulement d’exprimer un regret et un petit souvenir en même temps.

D’abord, contrairement à ce que l’on pense souvent, les formes ordinaire et extraordinaire du rite romain ne se distinguent pas fondamentalement par la langue utilisée ou par la position du prêtre. Évidemment, dans la forme extraordinaire, la messe est en principe dite en latin. Le prêtre est toujours tourné vers le Christ comme les fidèles. Au-delà de cette commune orientation du cœur vers le Christ, les modalités sont secondaires. Le latin peut également être utilisé pour célébrer dans la forme ordinaire. C’est d’ailleurs ainsi que nous avons pu assister à la messe en famille au cours des vacances en Italie. Nous avons pu suivre la messe du dimanche à Santa Maria del Fiore et celle de l’Assomption à San Miniato avec les frères Olivétains sans parler italien à l’aide d’un bon missel grégorien de base. Ce n’est pas une antiquité. C’est le missel utilisé aujourd’hui par les bénédictins à Solesmes comme à Saint Wandrille ou à San Miniato. De même, les prêtres de la Communauté Saint-Martin célèbrent en latin et en grégorien mais suivant le missel de Paul VI.

Ces célébrations m’ont fait penser à un livre sur la messe et le monde ouvrier découvert par hasard chez mes parents quand j’étais adolescent. J’avais été un peu étonné de lire dans ce livre qui date du tout début des années 70 le témoignage d’un ouvrier qui regrettait de ne pas pouvoir suivre la messe (en latin) alors qu’il avait pu partir en vacances à l’étranger. Maintenant je comprends mieux. Ce n’est pas l’amour du latin qui m’a fait goûter ces célébrations estivales mais simplement la satisfaction de suivre la messe, d’une part, et la joie de sentir qu’au delà des diversités d’origine (nous n’étions pas les seuls vacanciers évidemment) nous étions à l’unisson. C’est pour ça qu’on ne peut que regretter que le rite soit une source de discorde entre catholiques. Dès lors que l’on est bien d’accord sur le cœur de la foi, pourquoi se déchirer. C’est vrai que l’on peut être agacé par certaines initiatives créatives de certains animateurs liturgiques comme on peut être étonné de certaines traductions retenues en français. Inversement, il faut admettre que les plus tradis ont parfois une fâcheuse tendance à mélanger liturgie et option politique. La contamination maurassienne des lefebvristes est bien connue. Elle restera longtemps un véritable obstacle à une réunion véritable. Il reste assez étonnant de voir comment ceux qui ont suivi Mgr Lefebvre ont en commun avec les plus progressistes une sorte de propension rebelle à la désobéissance. Si on peut estimer avec raison que Vatican II a parfois été un prétexte pour faire ce qu’on voulait comme on voulait, en particulier au plan liturgique, il est toutefois incontestable que ce fut un grand et beau moment de la vie de l’Église. Ce n’est certainement pas un cadeau empoisonné comme certains le pensent. Espérons que les fidèles reviennent pleinement au sein de l’Église sans s’entêter dès lors que l’on saura leur faire comprendre qu’il existe un cadre raisonnable pour une authentique diversité liturgique. Je crois beaucoup moins à la disponibilité des « évêques » pour un tel dialogue. Même si nos affinités ne nous poussent pas à la plus grande sympathie pour les lefebvristes (en réalité, surtout pour leurs « évêques »), il faut prier pour la fin du schisme.

Je digresse en réalité à cause de l’actualité. Pour conclure, je voudrais revenir au cœur de mon billet qui reste malheureusement très en-deçà de ce que j’aurais aimé dire. La liturgie nous offre la voie pour répondre à l’appel du Christ et notamment à l’appel à l’unité tout en reconnaissant la riche diversité des formes de rites. Au cours de l’été, j’ai participé à la messe selon le missel de Paul VI dans des paroisses urbaines ou de campagne, en paroisse ordinaire ou à Paray le Monial, et selon le missel du Bienheureux Jean XXIII (messe célébré par des prêtres diocésains anciens de la Fraternité Saint Pierre) ; cette année, il ne manque que Taizé… A chaque fois, j’ai réellement eu conscience de la beauté (certes variable mais réelle) de la liturgie ; à aucun moment, je n’ai pensé que seule cette forme de célébration était la bonne. Il y a une place pour chacun et une meilleure connaissance des diverses formes de célébration peut conduire à un enrichissement mutuel de nos célébrations.

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4 commentaires leave one →
  1. 28 septembre 2011 13 h 54 mi

    Merci pour votre propre contribution à l’apaisement et à l’enrichissement. Et pour cet appel à la prière.
    Certes, vos allusions au peu de sympathie qu’inspirent « leurs » évêques, les guillemets entourant ceux-ci et la mention de la contamination maurrassienne ne vont pas directement dans le sens de l’apaisement, me semble-t-il… Mais le reste, si. Et c’est ce que je retiens ;).
    Pour nous aider à être à la fois dans la vérité et dans la charité, on peut toujours méditer la déclaration de Benoît XVI aujourd’hui : « La véritable unité est d’abord un don à recevoir du Christ qui prie toujours pour elle » (Audience générale du 28 septembre).

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    • 28 septembre 2011 14 h 17 mi

      Je pense que l’unité vient d’un dialogue très large mais qu’elle se réalisera surtout par la base. Evêques prend des guillemets car leur ordination est problématique et car il me semble être le principal obstacle à l’unité. La référence à Maurras serait moins gênante si elle était une simple option (même contestable) des fidèles…

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  2. hélios permalink
    30 septembre 2011 12 h 19 mi

    Je suis d’accord avec vous, notamment pour l’utilisation du latin qui est la langue de l’Eglise romaine. C’est donc le signe de l’unité.

    Pour en venir à la créativité en matière de liturgie, je ne sais qui a inventé « le signe de paix » que se donnent les fidèles avant l’Eucharistie sur invitation du prêtre ou du diacre (« Donnons-nous un signe de paix »).

    D’un côté on peut juger sympathique ce « signe de paix ». Mais, d’un autre côté il me gêne. Il ne « sonne » pas toujours juste. Qui me gratifie de ce geste (poignée de mains)m’ignore complètement le reste de la semaine dans la rue…..En outre, ce geste introduit une rupture dans le recueillement des fidèles et une agitation qui ne paraît pas vraiment souhaitable.

    Qu’en pensez-vous ?
    Hélios.

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  1. Revue de Presse : Benoît, Marc, Nicolas, Edmond, David, Thomas et Benjamin… « Lemessin

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