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Gène à gauche (ou pourquoi je n’ai pas participé à la primaire)

9 octobre 2011

J’ai hésité. Beaucoup. J’ai hésité d’abord à intituler ce billet la droite, la gauche et le péché originel mais le titre était déjà pris. J’ai hésité surtout à voter pour la primaire à gauche. Je suis même allé jusque devant la porte et puis là je me suis rappelé cette terrible condition payer un euro déclarer souscrire aux valeurs de la gauche. Franchement, ce n’est pas que je ne veux pas. Simplement, je ne peux pas parce que je ne sais pas bien ce que sont ces valeurs. Pas davantage que je ne sais quelles sont les valeurs de la droite. Loin de moi l’idée de défendre l’idée que droite et gauche c’est bonnet blanc et blanc bonnet quif quif bourricot. Simplement, je n’ai aucune envie de me battre sur ce terrain là.

D’abord, la référence aux valeurs implique que la gauche assume un changement important dans la génétique politique. Si l’on suit l’analyse de René Rémond (Ok… dans un livre sur Les droites en France), la différence était traditionnellement fondée sur des idées : la revendication de l’héritage révolutionnaire, la question religieuse et le libéralisme (opposé au collectivisme). D’autres sujets sont venus s’ajouter à ces controverses classiques : la décentralisation, l’Europe et la laïcité. Le problème vient de ce que la droite n’assume plus toujours ses idées traditionnelles alors que la gauche a abandonné certaines de ses positions (du moins dans leur forme la plus ferme). Le clivage serait désormais fondé sur des valeurs : famille, mœurs et autorité.

Que trouve-t-on dans la déclaration soumise à la signature de ceux qui veulent voter pour la primaire ?

« Je me reconnais dans les valeurs de la Gauche et de la République, dans le projet d’une société de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité, de justice et de progrès solidaire. »
Certains amis, collègues et autres m’ont fait remarquer que formulées ainsi, ces valeurs sont universelles. J’en doute et, surtout, les conséquences que l’on prétend en tirer me laissent dubitatif. J’ai reparcouru Le changement. J’aime beaucoup Jaurès… c’est vraiment une chouette police : entre le Times new roman (sans beaucoup de caractère si j’ose dire) et le Garamond (peut-être trop typé). En revanche, le projet est à pleurer. Il réussit à allier manque d’ambition et absence de réalisme, ce qui est un tour de force rare. A mon avis, ils auraient mieux fait de ne pas gâcher Jaurès et d’utiliser du Comics sans ms…
Je manque sans doute pour ma part d’optimisme mais je suis étonné par cette confiance béate dans l’État et dans la force de l’homme, idée synthétisée dans ce volontarisme finalement assez archaïque. C’est là que l’on retrouve le péché originel. Léo Moulin trouve l’origine de la distinction droite-gauche, non pas dans la Révolution française, comme l’opinion dominante le veut d’ordinaire, mais dans la controverse opposant pélagiens et augustiniens au Ve siècle. L’hérésie pélagienne professait une confiance sans limite dans une liberté sans limite d’un homme naturellement innocent et finalement tout puissant pour assurer son salut par ses propres forces grâce à sa volonté autonome (ouf… bon et encore c’est très schématique). Ce serait presque du rousseauisme avant l’heure pour certains! Tous les gènes de la gauche sont finalement présents ici.
Que ce soit pour désigner le moins pire des candidats (de façon à échapper au plus mauvais en 2012) ou pour envoyer le pire de tous au casse-pipe en servant de faire valoir à Sarkozy, le cœur manque. Si l’État est mort, finalement qu’importe le fossoyeur ? Il ne faut pas nécessairement se désengager de l’action politique mais en trouver les nouvelles formes adaptées à notre temps. C’est sans doute une responsabilité particulière pour les chrétiens que de faire preuve d’imagination politique (Cf encore Cavanaugh).
Décidément, je ne suis pas de gauche et je ne voterai pas à cette primaire (d’ailleurs, le bureau de vote vient de fermer). Bon très bien allez vous me dire, ce n’est pas une surprise ! De toute façon, je n’aurais pas été crédible. Là où l’inquiétude me saisit, c’est lorsque je me dis : si la droite avait organisé une telle primaire, est-ce que tu aurais voté mon gars (quand je me parle tout seul, il m’arrive de m’appeler mon gars) ? Imagine que l’on te demande de déclarer souscrire aux valeurs de la droite… Quelles valeurs ? et retour à la case départ…
Et dire que mars 2012 est dans six mois !
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9 commentaires leave one →
  1. 9 octobre 2011 17 h 41 mi

    Et bien mon cher Nicolas, j’aurais pu écrire le même billet, et bien qu’ayant hésité moi-même, ce sont finalement les mêmes raisons que toi, mais un peu à contre-pied il est vrai, qui m’ont fait franchir le pas :

    – Se « reconnaître dans les valeurs de gauche »
    Outre le fait que j’exècre ce terme de « valeurs », tant dans son acception sociale et politique (cette espèce d’universalisme droit-de-l’hommisme-bisounours, que d’entreprise (les fameuses et fumeuses « valeurs » faire-valoir de telle boite) ou même « La valeur » économique (ajoutée ou pas), je ne me reconnais pas dedans, pas plus que dans la devise républicaine. Non, j’ai franchi le pas du bureau de vote parce que simplement intéressé par la chose publique (la res-publica), j’ai eu envie d’exprimer la finalité aristotélicienne de l’animal politique qui est en moi. Et donc précisément pour faire entendre une forme d’opposition à ce pélago-rousseauisme patent chez la gauche, mortifère dans ces considérations éthiques, qui nous emmène droit vers une dictature de la fausse tolérance. J’en veux pour seul exemple les débat de révision sur la bio-éthique que tu as si bien suivi. Et encore, là, j’ai même hésité à voter blanc. mais bon, on m’a donné une occasion de plus pour m’exprimer, et bien j’en ai tout simplement profité !

    « Que ce soit pour désigner le moins pire des candidats (de façon à échapper au plus mauvais en 2012) ou pour envoyer le pire de tous au casse-pipe en servant de faire valoir à Sarkozy, le cœur manque »
    Je n’ai surtout pas voté pour faire pencher la balance vers le pire des candidats ( ça ne rendrait pas service à la droite qui doit repenser bcp de choses), et pas non plus pour le moins pire (même si mon choix s’est fait dans ce sens). Voter pour le moins pire pourrait s’entendre comme un vote « par défaut ». Or, là, votant dans le camp de mes opposants idéologiques et mon vote d’aujourd’hui n’annulant pas le choix positif que je souhaite poser au premier tour de 2012 (même si je sais pas du tout lequel pour l’instant ^^), je n’ai pas vécu ce vote par défaut mais bien par choix. Choisir le candidat qui me paraît le moins borné idéologiquement, du moins celui qui me paraît surtout ouvert, sinon à changer lui-même, en tout cas à composer et à tendre à un consensus (put***, même ce mot, j’ai du mal à l’écrire ^^) avec ses adversaires, pour ne pas retomber dans les dichotomies stériles qui ont fait paradoxalement tomber la droite sarkozyste dans ses propres tentations, en s’enivrant d’actions mal réfléchies et idéologisées par la force (ou plutôt la pesanteur!) des choses . Evidemment, en disant cela, je sais que l’étiquette de centre-mou va me retomber sur la gueule, mais bon, comme toi, je ne me reconnait pas non plus dans le magma protéiforme des centres-droits actuels, tellement atomisés qu’il vont se faire la guerre autour du point précisément sur lequel ils revendiquent de ne pas fonder leur engagement politique : la querelle de personnes et des egos avant celle des idées.

    Et là je retombe finalement exactement sur la conclusion de ton billet. Si on m’interrogeait sur mes « valeurs », je saurais répondre en terme de soucis éthiques, du cadre anthropologique de la société et des finalités auxquelles je crois, mais en termes concrets d’actions ou de praxis….. et bin je sèche à me reconnaître dans la droite actuelle :). Bref je suis aller voter positivement en conscience, avec en tête l’adage de Coluche : « C’est pas plus mal que si c’était pire!  »

    Putain… plus que 6 mois :-/

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  2. 9 octobre 2011 17 h 52 mi

    J’ai voté pour un socialiste pour la première fois de ma vie aujourd’hui. Pas pour des raisons idéologiques ou philosophiques, ni même pour des raisons politiques… mais par pragmatisme.

    Je doute que Nicolas Sarkozy soit réélu (et je ne suis pas sûre de le souhaiter). Il est donc probable que ce sera le candidat PS qui sera élu en Mai 2012. Je suis allée voter à la Primaire ce matin tout simplement parce que je préfère un candidat PS qui fasse alliance avec le Modem qu’un candidat qui fasse alliance avec le Front de Gauche.

    Je suis bêtement, instinctivement, contre les extrêmes… et s’il doit y avoir un gouvernement de gauche, je le souhaite aussi au centre que possible.

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  3. 9 octobre 2011 19 h 37 mi

    Pour synthétiser ma pensée : je n’y crois pas (ou plus) ! J’ai perdu une certaine foi politique… Alors je me dis que c’est à ceux qui sont vraiment de gauche de désigner leur candidat et si c’est un gros nul : le sort en sera jeté !

    Quant à la réélection de Sarkozy, elle est compromise et on peut se dire que ses principaux rivaux de droite on peut être intérêt à le laisser perdre pour revenir en 2017 après cinq ans de b*rd*l !! Ce n’est pas très motivant.

    Il fut un temps où j’aurais presque rêvé d’une alliance PS-UDF (futur MoDem) mais plus maintenant. Ce qui me gène, ce ne sont pas les alliances qui pourraient être faites mais l’identité propre de la gauche, alors les alliances…

    Et puis, pour tout dire, je n’arrive pas à savoir pour qui j’aurais voté : Aubry parce que j’aimais bien son père ? Valls parce qu’il en a (paraît-il) ? Montebourg parce qu’il fait bisounours ? Hollande parce qu’il a été proche du père de la première ? Baylet (en fait là je ne vois pas pourquoi ! Lui c’est l’horreur de casting; il discrédite presque les autres…). Je ne peux pas dire. Alors, je me suis tu (à part ici s’entend !!).

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  4. hélios permalink
    9 octobre 2011 21 h 00 mi

    Hé bien Thomas More, j’ai eu le même débat intérieur que vous.

    Si on examine la déclaration à signer, il me semble qu’on peut tout aussi bien écrire « Droite » à la place de « Gauche ». La Gauche n’a pas le monopole de la devise républicaine.
    Alors, mon opposition résolue est d’avoir à signer une déclaration avant d’entrer dans l’isoloir ou de mettre le bulletin dans l’urne. Il y a quelque chose de malsain dans le fait de demander à signer une déclaration. Pourquoi faire signer une telle déclaration ? Pour dissuader le « peuple de droite » d’aller voter ? C’est la seule explication que je trouve.
    Je me suis demandé si signer une déclaration quelle quelle soit était conforme à la loi électorale. Mais n’ayant vu aucune critique de la majorité sur ce terrain, j’en ai conclu qu’il ne devait pas y avoir de problème. Mais je n’en suis pas certain. J’habite une petite commune (- de 15000 habitants) une prôche voisine est membre du Conseil municipal à majorité PS.

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    • 9 octobre 2011 22 h 39 mi

      Vous pouvez m’appeler Nicolas ! (Thomas More est un patronage et non un pseudo…).
      Quant à l’idée de dissuader l’électorat de droite, elle me semble assumée par les organisateurs. Et honnêtement, cela se comprend.
      Quant à la conformité à la loi électorale, cela ne fait pas de doute car elle n’est pas applicable à ce genre de scrutin qui n’a rien d’officiel…

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  5. hélios permalink
    20 octobre 2011 11 h 12 mi

    Cher Nicolas,

    Je lis ce matin 20 octobre dans le forum de La CROIX page 26 un billet de Bernard PERRET, économiste « La primaire socialiste, un progrès pour la démocratie ?

    Dans ce billet, Monsieur PERRET reprend en un long paragraphe la critique que j’avais formulée sur l’obligation de signer une déclaration d’adhésion aux valeurs de la gauche.

    Il me semble que vous n’aviez pas suffisamment insisté sur ce point.

    Il est évident que je n’accepterais pas plus de signer une déclaration d’adhésion lors d’ une primaire de Droite ou du Centre.

    Merci de votre attention et bonne journée,

    Hélios

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    • 20 octobre 2011 11 h 32 mi

      Je prenais effectivement pour point de départ la question posée par l’adhésion aux valeurs dites de gauche. Il est vrai qu’en amont de cette question, il y a d’abord le principe même de la signature d’une déclaration. On pourra dire que c’est très socialiste, ça, une démarche doit nécessairement avoir son formulaire (que fait le Cerfa ?). On peut aussi y voir une forme de police politique. Mais c’est sans doute plutôt pour dissuader les gens de droite de s’immiscer dans leurs affaires, comme vous l’avez vous même relever dans un précédent commentaire. Cela n’est pas illégitime non plus. Aux Etats-Unis, les primaires ne sont pas toutes ouvertes il me semble.

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  6. hélios permalink
    20 octobre 2011 18 h 30 mi

    Merci pour votre réponse où je relève un juste argument « Cela n’est pas illégitime non plus ».

    Mais, c’est vrai que ce serait une bonne chose de savoir comment fonctionnent les primaires aux Etats-Unis. Peut-être que l’un de vos lecteurs pourra nous éclairer sur ce point précis.

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