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En matière de monnaie, les Etats on tous les droits et les particuliers aucun

2 janvier 2012

Battre monnaie est un privilège séculaire de l’État qui protégeait jalousement son monopole contre les prétentions des particuliers (même non faux monnayeurs). Toutefois, la souveraineté monétaire n’est toutefois plus ce qu’elle était. En Europe, l’essentiel a été transférée à l’Union européenne et l’on se demande parfois aujourd’hui si l’on a bien fait. L’Euro a beaucoup souffert ces derniers mois et notamment ces derniers jours.

Les fonctions de la monnaie sont bien connues. Pour reprendre une formule d’Hayek, la monnaie permet de

fournir un moyen d’échange pour ceux qui veulent le détenir jusqu’à ce qu’ils souhaitent acheter un équivalent de ce qu’ils ont fourni à d’autres.

La monnaie est une unité de mesure et de compte mais aussi une réserve de valeur. Cela suppose une création de valeur, une certaine richesse. A défaut, l’État ne serait qu’une sorte de faux monnayeurs… Finalement, il serait possible alors de se demander quelle est la différence entre le Dabe, d’une part, et les États et les banques d’autre part. Toute monnaie n’est-elle pas fausse dès lors qu’elle ne correspond pas à une véritable production de richesse ? La politique des États consisteraient alors à user d’expédients monétaire pour dissimuler leur faiblesse économique et les déséquilibres économiques et commerciaux. Sans doute, peut-on rester dubitatif face à la suggestion d’Hayek qui propose de généraliser le libre échange en l’étendant à la monnaie et en accroissant le libre échange bancaire. Il reste que l’un de ses derniers ouvrages (Denationalisation of money) laisse à voir les limites de la gestion étatique de la monnaie et de la monnaie unique européenne qu’il entendait contester dès 1976 :

Bien que j’ai une grande sympathie pour le désir d’unification économique complète de l’Europe de l’Ouest via la libération totale des flux monétaires en son sein, j’ai les plus grands doutes sur l’avantage de le faire par la création d’une nouvelle monnaie européenne dirigée par une quelconque autorité supranationale.

Certains ont contesté la proposition d’Hayek en remarquant qu’elle était irréaliste. En fait, on peut se demander si le système n’a pas évolué dans un sens hayekien mais sans connexion avec l’économie réelle.

En effet, une bonne partie de la création monétaire résulte en fait du crédit bancaire. Cette situation fait d’ailleurs parfois l’objet de critique dans la mesure où elle présente des inconvénients que la crise actuelle met en évidence. Un économiste a récemment proposé, dans Libération, de renationaliser la monnaie en retirant aux banques leur pouvoir de création monétaire. La proposition peut paraître excessive dans la mesure où elle conduit à imposer aux banques de constituer des réserves à 100 % des dépôts auprès des banques centrales. D’autres propositions plus mesurées pourraient toutefois être étudiées qui limiteraient sans doute le crédit mais aussi corrélativement l’endettement excessif. Certains imaginent également remettre en cause l’intermédiation bancaire en mettant en place des plateformes de prêts entre particuliers (ici).

On voit également se multiplier les monnaies privées depuis quelques temps. La création de monnaies privées peut être inspirée aussi bien par une forme d’anarchisme (les systèmes d’échanges locaux ou SEL) que par un libéralisme radical, à la mode Hayek, les deux se rejoignant parfois.

Quoi qu’il en soit, la libéralisation financière n’a pas donné les résultats que certains attendaient car elle est restée fondée sur un vice du système antérieur, la déconnexion du réel et de la production de richesse (c’est ce que l’on appelle parfois la financiarisation). Où l’on voit que la mondialisation est à certains égards la continuation de l’État nation plus que sa remise en cause… Un système monétaire fondé largement sur un système commercial déséquilibré et sans intégration de la dimension morale de l’action économique n’échappera pas à des crises comme celle que nous connaissons. Bref, il n’y a pas de bonnes monnaies sans un bon système économique.

Si la crise vous déprime un peu, si le cours de l’Euro vous émeut ou si vous vous ne savez pas quoi faire un soir : regardez Le cave se rebiffe ; vous aurez ensuite tout le loisir de méditer sur la monnaie, la vraie comme la fausse, publique ou privée. Et si la chute de l’histoire, vous laisse quelques scrupules, n’oubliez pas l’épilogue sans doute un peu artificiel mais qui permet de considérer que la morale est sauve, preuve qu’il s’agit bien d’une fiction…

Il va sans dire que les protagonistes de cette vilaine histoire furent arrêtés la semaine suivante et condamnés aux peines prévues par l’article 139 du Code Pénal.

[Aujourd’hui, il faudrait viser l’article 442-1 du Code pénal]

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One Comment leave one →
  1. 14 janvier 2012 20 h 48 mi

    @NM
    Hayek a raison de demander la dénationalisation de la monnaie. Le free banking est la seul scénario monétaire cohérent. L’Etat est un ours gourmand qui garde le pot de miel de la monnaie. Il cède à la tentation et s’endette trop.

    Chaque unité monétaire fut, et elle est encore, une certaine obligation de la banque. Une unité monétaire est soit un enregistrement dans un compte bancaire, soit un billet de banque, une pièce métallique.

    La quantité de biens intermédiaires pour des échanges est mille fois les masses monétaires. Il est donc techniquement possible de produire de la monnaie en promettant un de ces biens intermédiaires. A condition que l’Etat renonce à contrôler, ou à réglementer la monnaie.

    Dans une zone de free banking, on ouvre une banque et on crée une monnaie sans autorisation. Exactement comme l’ouverture d’une épicerie ou de tout autre commerce.

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