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Journal de campagne (1) : Sur un malentendu…

14 mars 2012

Qu’elles se croisent un peu, beaucoup ou pas du tout, les courbes font beaucoup parler d’elles. Leur contradiction et leur évolution chaotique suscitent la joie (peut-être prématurée) des sarkozystes, l’inquiétude (peut-être pas assez grande) des hollandais et la perplexité de presque tout le monde. Les sondages ne devraient plus surprendre autant. Nous avons suffisamment de mémoire pour être lucides face à leurs évolutions. Et pourtant, à chaque fois, c’est la même histoire qui se répète.

Les retournements et autres croisements de courbes sont des figures courantes. Un exemple suffira à illustrer le renversement de tendance que peut connaître une campagne présidentielle. Il s’agit de l’élection de 1995.

1995 Chirac Jospin Balladur
7-9 février 1995 17,5 % 22,5 % 28 %
21-23 février 1995 19 % 24 % 23 %
8-9 mars 1995 24 % 21 % 20 %
21-22 mars 1995 26 % 22 % 17 %
4-5 avril 1995 24 % 22 % 20 %
13-14 avril 1995 24 % 20,5 % 16,5 %
Résultats du premier tour 20,84 % 23,30 % 18,58 %

Balladur a perdu près de la moitié de ses électeurs dans les derniers mois. En 1995, à la différence de 2012, il n’y avait pas de candidat sortant. Jusqu’à maintenant, être en place semble avoir été plutôt avantageux. Il n’est pas certain que ce soit le cas de Nicolas Sarkozy…  Cela n’avait pas davantage réussi à Giscard qui a subi un croisement de courbes douloureux, en 1981. Après avoir fait la course largement en tête pendant toute l’année 1980, il a été rapidement rejoint puis dépassé par Mitterrand, dès la désignation de celui-ci comme candidat de la gauche.

L’élection de 2002 a été un peu particulière, en revanche, car Jospin a constamment fait la course derrière Chirac mais, surtout, les trois principaux candidats étaient à moins de 20 %. C’est la différence avec l’élection de 1988 où Chirac a toujours été derrière Mitterrand mais bien devant les autres concurrents. En réalité, l’adversaire de Jospin en 2002 était Le Pen mais on ne s’en était pas rendu compte tant l’idée même de voir le FN passer le premier tour semblait impensable.

A ce stade, il est assez naturel que les discours de Nicolas Sarkozy aient pour effet une progression dans les sondages. Il en a été de même lors de l’annonce de sa candidature. Il n’y a là rien que de très banal. Le tassement d’un candidat en lice depuis plusieurs semaines est également normal. Est-ce que tout est déjà écrit ? Bien sûr que non… au contraire même! On peut disserter longuement sur le moment où se joue une élection (voir la synthèse proposée par Le Monde).

Il reste beaucoup d’incertitudes. Les indécis sont encore 20% et plus du tiers des électeurs affirment pouvoir encore changer d’avis. Sans compter que la marge d’erreur affichée par certains sondeurs est de plus de 3 points! Le report des électeurs de François Bayrou, qui sont les moins certains de leur vote d’ailleurs (plus d’un sur deux affirmant pouvoir encore changer d’avis au premier tour), est sans doute un élément déterminant de l’issue du scrutin (détail). On constate que le report sur Hollande est de moins en moins fort. Cela donne corrélativement une réserve de voix de plus en plus grande à Nicolas Sarkozy. L’écart d’intentions de vote au second tour reste toutefois très favorable à Hollande.

Finalement, il semble que la campagne commence pour de bon ces jours-ci. Il reste à savoir quel effet peut réellement avoir une campagne sur la décision de vote. Certains sociologues nuancent sérieusement l’idée commune selon laquelle la campagne électorale est décisive. En effet, les préférences électorales seraient largement structurées par un certain nombre de variables sociales, économiques, idéologiques et religieuses. Largement ne signifie pas exclusivement… et il est évident qu’il y a des bonnes et des mauvaises campagnes (celles de Jospin ou d’Al Gore sont ainsi citées comme des exemples de mauvaises campagnes). Une bonne campagne sera celle qui saura, notamment, réactiver certaines préférences chez les électeurs. Encore faut-il que les électeurs suivent la campagne pour être influencés par celle-ci ! Si les électeurs considèrent massivement que la campagne n’est pas intéressante, ils suivent tout de même les discours et autres débats télévisés. Le candidat en retard devrait avoir intérêt à éveiller l’attention des électeurs de manière à collecter plus de voix. Pour Sarkozy, c’est nécessairement délicat vu le passif et l’antipathie qu’il suscite d’ordinaire. Si l’on s’attarde un peu sur le discours de Villepinte ou sur sa prestation à Parole de candidat, même en étant de droite (j’assume maintenant bien qu’un peu par défaut), il est difficile de ne pas être inquiet. Cependant, Nicolas Sarkozy reste un tribun qui peut séduire, à défaut de convaincre, un téléspectateur électeur peu attentif. Bref, on ne sait jamais, sur un malentendu, ça peut marcher…

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4 commentaires leave one →
  1. Hélios permalink
    14 mars 2012 19 h 27 mi

    J’écoute régulièrement la matinale de Radio-classique.
    Il ne se passe pas un matin sans que les résultats d’un sondage ne nous soient servis. Pourquoi pas. Ce qui est plus grave, c’est que les questions et les commentaires portent sur ces résultats et on en tire des conclusions péremptoires. J’entends une sorte de jouissance des journalistes à dire que Hollande caracole en tête. Quand hier on a parlé d’inversion des courbes, les journalistes se sont empressés de dire que Sarkozy n’avait pas été en tête longtemps………..Les sondages ne sont pas rigoureux et jamais personne ne définit l’échantillon, le nombre de personnes interrogées et le mode de questionnement: par téléphone ? par internet ? Jamais les sondages n’avaient indiqué que LE PEN irait en finale en 2002. Or LE PEN n’avait jamais devancé JOSPIN dans les sondages. Ce fut la « sidération » comme on le dit aujourd’hui.
    Les sondages font partie du paysage d’une campagne politique mais les journalistes feraient bien de les accueillir avec un peu plus d’esprit critique.

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  2. Tissier permalink
    15 mars 2012 18 h 54 mi

    La grande presse ne publie la plupart du temps des sondages que les résultats. Mais ce sont les questions qu’on aimerait connaître. Sont-elles les mêmes d’un institut de sondage à l’autre, d’un sondage à l’autre? Je crois que cette sondagite permanente pervertit gravement le sens même de l’élection , et dans l’esprit des candidats et de leurs soutiens, et dans celui des citoyens-électeurs. Elle encourage l’électoralisme. Il ne s’agit plus de convaincre, mais de plaire à des publics forcément multiples et aux intérêts différents, sinon opposés. Que devient le bien commun dans cette affaire? Même si la notion reste floue, elle n’est pas le résultat d’une addition d’intérêts spécifiques,mais procède d’un choix politique clairement exprimé et assumé? Ils ne sont pas nombreux à le faire. Mais pour être élu,(peut-être hélas!) il faut ratisser large, et donc, à la limite et paradoxalement, choisir le moins possible,ou, ce qui revient au même, accumuler les choix n’importe comment. Mais ce n’est pas ainsi qu’on devrait gouverner par les temps qui courent. Alors que le devoir de tout candidat serait de ne pas hésiter à interroger la conscience politique de nos concitoyens et ouvrir grand sur l’avenir,leur proposer les choix et les sacrifices inévitables à faire, la manie des sondages au contraire bouche la vue à tous.

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  3. 15 mars 2012 19 h 24 mi

    @Helios : Le sondage n’est pas une science exacte. Certains résultats sont donnés avec plus de 3 points de marge d’erreur! Sur l’appréciation du FN, il y a toujours eu un retraitement mais il n’avait manifestement pas été actualisé en 2002. Pour cette élection l’originalité tenait au faible écart entre les candidats de tête qui ne dépassait pas 20% : c’était très particulier.

    @Tissier : il est évident que la sondagite est une maladie de la démocratie (symptôme de la fameuse démocratie d’opinion). Elle n’est pas mortelle non plus si l’on n’y accorde pas trop d’importance (ce que je ne fais pas ici mais bon). Elle encourage l’électoralisme? La démagogie et le clientélisme existait et peut-être encore plus avant. Le sondage est un outil du démagogue, c’est vrai, et pas le meilleur moyen de discerner le bien commun.
    Sur les questions, il y a une certaine standardisation pour les questions de base (si le premier tour se déroulait dimanche prochain…). Ce qui est intéressant, ce sont souvent les petites questions : le vote des jeunes, le report des voix etc.

    Vous devinez que je ne vais pas m’arrêter là : le titre vous invite à penser que je vais passer maintenant au fond. A suivre…

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