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Du mariage à l’enfant

23 mai 2012

Le débat sur l’ouverture du mariage à des personnes de même sexe ne fait que commencer (un petit pearltree en construction ici; quelques billets d’amis blogueurs ici, et ). Il est complexe et ne peut être épuisé en quelques billets et finira sans doute par se résoudre sur un terrain purement politique et émotionnel. Le fait que l’issue d’un débat soit connue d’avance ne doit pas interdire de tenter d’en discuter franchement. Il ne s’agit évidemment pas de nier qu’il puisse exister des sentiments entre personnes de même sexe mais plutôt de savoir s’il faut en tenir compte en allant au-delà du simple droit au respect de la vie privée ? La société a-t-elle le moindre intérêt à reconnaître en encadrant juridiquement une telle union que l’on nommerait mariage comme ce que l’on connaît entre personnes de sexes différents ? Il existe déjà le PACS qui fournit un cadre à une vie commune avec une certaine solidarité patrimoniale. Pourquoi revendiquer l’accès au mariage ? La réponse n’est pas simple ni même univoque mais on peut tenter de synthétiser l’essentiel de la revendication par l’idée que le mariage est fondateur de la famille. Il y a donc dans le mariage une dimension sociale et une dimension généalogique que n’a pas le PACS. Certains tentent de distinguer en soutenant que l’on pourrait reconnaître une union appelée mariage entre personnes de même sexe sans pour autant ouvrir le droit à l’adoption par exemple. Mon propos ici sera simplement de montrer que malgré l’ambiguïté de la réponse juridique, une telle distinction des questions n’est pas tenable. Il y a un lien logique dans notre législation contemporaine entre mariage et procréation.

La réponse du droit contemporain est ambiguë dans la mesure où le rôle de l’enfant dans la fondation de la famille est lui-même équivoque. De manière générale, il est vrai que le lien entre droit à fonder une famille et mariage est remis en cause par la Cour EDH elle-même qui a précisé que le droit au mariage n’était pas lié à la fondation d’une famille puisque l’incapacité pour un couple de concevoir ou d’élever un enfant ne saurait en soi passer pour le priver du droit de se marier (CEDH, Gde ch., 11 juillet 2002, Goodwin c/ Royaume-Uni). La Cour a implicitement reconnu une forme d’obligation positive pour les États, d’autoriser le mariage des transsexuels. La question est évidemment un peu différente pour les personnes homosexuelles.

La procréation n’est pas essentielle au mariage. En principe, en droit civil (la question serait plus difficile en droit canonique. –  V. Can. 1096. et M. Guelfucci, Eléments pour une définition du mariage, thèse Paris II 2008) l’inaptitude à la procréation n’est sanctionnée ni par la nullité ni par le divorce (CA Versailles, 2e ch., 12 janv. 1995).

La procréation reste une finalité naturelle implicite dans notre législation civile, liée à l’obligation de communauté de vie (V. J. Garrigue, Les devoirs conjugaux, thèse Paris II 2007, not. n° 42 et s.). Ainsi, pour la jurisprudence, le fait d’imposer une naissance à son mari (CA Montpellier, 4 octobre 1994) ou de concevoir un enfant contre sa volonté ne sont pas des fautes causes de divorce (CA Caen, 5 janvier 2006. –  V. en sens contraire, en se fondant sur le manque de loyauté de l’épouse CA Nîmes, 21 mars 2007). Les conventions entre époux, le plus souvent informelles, tendant à ne pas procréer n’ont d’ailleurs pas de valeur juridique (sans être pour autant illicite, semble-t-il, dans l’état actuel du droit). De même, le refus d’avoir des enfants peut être une cause de nullité du mariage ou de divorce. La procréation reste étroitement liée au mariage ; liée au devoir de fidélité, elle fonde l’une des institutions essentielles de l’union conjugale : la présomption de paternité.

Évidemment, pour les personnes homosexuelles, la procréation ne peut passer par les moyens ordinaires des couples de sexes différents. Il faut donc envisager l’accès à l’adoption ou l’assistance médicale à la procréation voire à la pratique des mères porteuses. Contrairement à ce que certains soutenaient, il ne sera pas possible de fermer l’adoption à des personnes qui ont pu accéder à une union qualifiée par la loi de mariage. Cela ressort clairement d’une décision récente de la Cour européenne des droits de l’homme du 15 mars 2012 rendue dans une affaire impliquant la France (Cour EDH, 15 mars 2012, GAS ET DUBOIS c. FRANCE et le commentaire de Nicolas Hervieu sur CPDH). Cette décision suscite un sentiment très partagé. On se souvient que l’adoption par une personne homosexuelle seule ne peut être refusée selon la Cour EDH (Cour EDH, 22 janvier 2008, affaire E.B. c. FRANCE). Ici les faits étaient différents. Une femme prétendait adopter l’enfant de sa compagne. La demande n’a pu aboutir car, sur opposition du procureur, les juges français ont rejeté cette demande en relevant que l’adoption simple priverait la mère biologique de l’autorité parentale sur son enfant. Ce refus n’est pas contraire à la CEDH dans la mesure où les requérantes se trouvent dans une situation différentes de celles d’un couple marié (au sein duquel l’adoption simple aurait pu être envisagé). La Cour EDH a examiné

la situation juridique des requérantes par rapport à celle des couples mariés. Elle constate que l’article 365 du code civil aménage un partage de l’autorité parentale lorsque l’adoptant se trouve être le conjoint du parent biologique de l’adopté, ce dont ne peuvent bénéficier les requérantes, compte tenu de l’interdiction de se marier qui leur est faite en droit français.

C’est précisément parce que les requérantes ne se trouvent pas une situation identique à celle de personnes mariées que la conformité de notre droit à la Convention est admise. La Cour :

rappelle, comme elle l’a déjà constaté, que le mariage confère un statut particulier à ceux qui s’y engagent. L’exercice du droit de se marier est protégé par l’article 12 de la Convention et emporte des conséquences sociales, personnelles et juridiques (Burden, précité, § 63, et Joanna Shackell c. Royaume-Uni (déc.), no 45851/99, 27 avril 2000 ; voir aussi Nylund c. Finlande (déc.), no 27110/95, CEDH 1999-VI, Lindsay c. Royaume-Uni (déc.), no 11089/84, 11 novembre 1986, et Şerife Yiğit c. Turquie [GC], no 3976/05, 2 novembre 2010). Par conséquent, la Cour estime que l’on ne saurait considérer, en matière d’adoption par le second parent, que les requérantes se trouvent dans une situation juridique comparable à celle des couples mariés.

De même la comparaison avec le PACS n’a pas convaincu la Cour :

Pour l’essentiel, la Cour relève que des couples placés dans des situations juridiques comparables, la conclusion d’un PACS, se voient opposer les mêmes effets, à savoir le refus de l’adoption simple.

Si la Convention laisse aux États la liberté de reconnaître ou non aux couples de même sexe l’accès à une union appelée mariage (V. not. Cour EDH,24  juin 2010, Schalk et Kopf c. Autriche), on perçoit bien, notamment dans les opinions séparées des juges, qu’elle souhaite une telle ouverture. En tout cas, il est évident que cette ouverture impliquera nécessairement l’accès à l’adoption pour les couples de personnes de même sexe. Qu’en sera-t-il en pratique alors que le nombre d’enfants (surtout les nourrissons en bonne santé) adoptables tend à baisser et que les couples de sexes différents peinent déjà à adopter ?

Allant un peu plus loin, il faut également avoir conscience qu’il sera impossible de fermer l’accès à l’assistance médicale à la procréation notamment aux couples de femmes. Cela conduira à la conception artificielle avec donneur d’enfants destinés ab initio à vivre au sein d’un couple de personnes de même sexe ; ce qui n’est pas la même chose que de tenir compte de l’existence de telles situations résultant du cours de la vie.

Au-delà de l’adoption et de l’AMP, il faut reconnaître que les couples d’hommes seront victimes d’une nouvelle discrimination car ils ne peuvent recourir eux-mêmes à l’AMP. Il faudra alors envisager, pour être tout à fait logique, de légaliser la pratique des mères porteuses. Une affaire récente et médiatisée illustre bien l’utilité que les couples d’hommes trouveront, et trouvent déjà en recourant à une mère porteuse indienne en l’espèce, dans cette pratique afin de satisfaire leur désir d’enfant (Rennes, 6e ch. A, 21 févr. 2012, autorisant la transcription à l’état civil de l’enfant).

Est-ce là ce que nous voulons ?

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18 commentaires leave one →
  1. Anne permalink
    23 mai 2012 16 h 44 mi

    « Est-ce là ce que nous voulons ? » Pour nous, je ne sais pas mais c’est ce que préconise Najat Vallaud-Belkacem, notre nouvelle ministre des droits de femmes et porte-parole du gouvernement qui se base sur des arguments purement théoriques pour justifier le recours aux mères porteuses. J’ai réécouté récemment un débat très intéressant entre la nouvelle ministre et le Président de l’Alliance Vita, que vous connaissez peut-être et qui pose clairement les arguments de part et d’autre :

    http://www.alliancevita.org/2012/05/tugdual-derville-et-najat-vallaud-belkacem

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  2. 23 mai 2012 23 h 29 mi

    Et est-ce là ce que veulent les enfants adoptables?
    « Et l’enfant dans tout ça? » http://www.psychologies.com/Planete/Societe/Articles-et-Dossiers/L-adoption-par-des-couples-homosexuels-et-l-enfant-dans-tout-ca

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  3. Anne permalink
    24 mai 2012 16 h 21 mi

    Justement, le débat ci-dessus (voir lien http://www.alliancevita.org/2012/05/tugdual-derville-et-najat-vallaud-belkacem) illustre à quel point chacun voit l’intérêt de l’enfant de façon différente. Les arguments de Najat Vallaud-Belkacem sont « logiques » d’un point de vue théorique. Le problème est qu’elle ne fait preuve d’aucun bon sens. Tout en se réclamant de cet humanisme , elle déshumanise totalement l’être humain. Les réformes qu’elle préconise instrumentalisent l’enfant, qui est mis au service des couples homosexuels pour leur permettre de ressembler le plus possible aux autres couples.

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  4. Anne permalink
    24 mai 2012 18 h 42 mi

    Encore moi…
    Finalement, pour la nouvelle ministre, dont on va beaucoup entendre parler bientôt, l’intérêt de l’enfant se mesure à l’aune du désir d’enfant par le couple. Or pour les couples passant par l’adoption et la PMA, ce désir est très fort. On ne peut le nier, ils vont devoir faire preuve de patience et se lancer dans un véritable parcours du combattant. L’enfant tant désiré sera accueilli à bras ouverts, couvert d’affection, on n’en doute pas, on a tous des exemples autour de nous.

    Mais l’intérêt de l’enfant se résume-t-il à cela ? Est-ce même cela ? Quid des enfants non programmés dont on fait peut-être partie ?

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  5. Fabrice permalink
    25 mai 2012 6 h 33 mi

    Bonjour,
    Et si on cessait de mettre en avant comme argument suprême « l’intérêt supérieur de l’enfant » dont on ne sait absolument rien sinon ce que disent des psychanalystes qui font de l’argent sur la crédulité et les pseudos malheurs humains ou en suivant le point de vue des juristes qui dans les années 40 considéraient que les Juifs pouvaient être traités, du point de vue de la loi, comme des meubles ou qui ont utilisé l’argument de l’intérêt de l’enfant comme argument qui les a envoyés finalement dans les camps de la mort… Soyons un peu modestes et n’utilisons pas de grandes idées pour masquer un refus qui est fondé sur une peur de l’inconnu, des assimilations douteuses…Pourquoi voulez-vous que des couples d’hommes ou de femmes produisent plus de ravages psychologiques que des couples hétéros qui eux en ont produit pendant des siècles ne serait-ce qu’en culpabilisant leurs enfants en leur apprenant explicitement ou implicitement que ce n »était pas bien d’aimer quelqu’un du même sexe. Certains ont bravé cet interdit et s’en trouvent bien et montrent que le roi est nu. Ce sera pareil avec les enfants d’homos et ceux qui auront lutté contre le sens de l’histoire passeront pour des imbéciles. Avis aux amateurs. C’est le père d’un bébé GPA qui dit cela, lui que la République sépare de son fils depuis deux ans au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant…

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  6. Anne permalink
    25 mai 2012 19 h 23 mi

    Fabrice,
    Je n’ai pas d’idée arrêtée sur la question de la famille homoparentale. Je cherche à comprendre avec il est vrai une certaine peur de l’inconnu. Ma peur, c’est de voir des enfants sacrifiés, pas autre chose. Il est évident que des tas d’enfants ont été et seront encore sacrifiés au sein de familles hétéros, mais ce n’est pas le modèle qu’il faut prendre ici. Je compte sur l’auteur de ce blog pour nous informer s’il considère que ce blog n’est pas le lieu d’une telle discussion.

    Je suis donc tout à fait d’accord avec vous pour dire qu’il est difficile, voire impossible de définir l’intérêt de l’enfant. Néanmoins, il y a des situations qui objectivement ne sont pas dans l’intérêt de l’enfant. Il n’est pas dans l’intérêt de l’enfant d’être instrumentalisé pour faire accepter une situation à la société. Il n’est pas dans l’intérêt de l’enfant d’être privé de Papa, à la suite d’un divorce par exemple. On peut ainsi multiplier les exemples. Dans la mesure du possible, ces situations doivent être évitées.

    Si je comprends bien votre position, vous êtes le papa d’un garçon GPA qui ne peut vivre sous votre toit en raison de la législation. Le bébé vit donc avec la femme qui l’a porté, femme qui ne l’a pas désiré puisqu’elle voulait seulement le porter. Est-ce bien cela ?

    Si c’est le cas, voici ma question : connaissiez-vous l’état de la législation avant de mettre en route ce petit enfant ? Saviez-vous qu’il serait séparé de son père et contraint de vivre avec la femme qui l’a porté ?

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    • Fabrice permalink
      25 mai 2012 19 h 44 mi

      Bonsoir Anne,

      je crois que vous êtes une personne qui a envie de comprendre et qui fait preuve d’honnêteté intellectuelle mais je ne pense pas que ce soit le lieu pour discuter de choses qui sont très privées, pour ne pas mettre l’auteur de ce blog en porte à faux. Il a exposé ses idées, lancé le débat c’est très bien.
      L’expérience m’a prouvé par le passé qu’il arrivait un moment où même avec la meilleure volonté du monde on ne peut plus discuter de ces questions avec sérénité parce qu’on vit avec des cultures et des repères éthiques qui sont différents.

      J’ai fait un choix en conscience, en tant que chrétien protestant et j’assume ce choix. Je n’ai pas violé la loi française parce que je n’ai pas commis de délit sur le territoire de la République et j’ai réalisé une GPA dans un pays où elle est licite sinon légale. Aux yeux de cette loi qui ne donne pas la nationalité à mon fils parce que la loi indienne dit cela à propos de la GPA, cet enfant est mon fils. Il ne vit donc pas avec la femme qui l’a porté, une femme qui depuis 21 mois qu’il est né, n’a jamais donné de signe de vie ni demandé quoi que ce soit à son sujet mais a signé un acte d’abandon dans lequel elle déclare clairement que je n’ai jamais commis le moindre acte de pression sur elle, et pour cause je ne l’ai vue qu’une fois au moment de la signature du contrat. Au terme de sa loi personnelle, cette femme ne peut d’ailleurs pas être sa mère parce qu’elle a été répudiée et, au passage, l’argent qu’elle a reçu de moi lui permet d’avoir un toît et de nourrir ses deux filles…

      Au terme de la loi française dans l’article 18 du Code Civil « est français tout enfant dont l’un des parents est français », mon fils devrait être français et avoir des papiers français mais le consulat de Bombay refuse de lui délivrer un passeport…

      Donc non je ne savais pas que mon fils serait séparé de moi par les autorités françaises, qu’il serait obligé de vivre provisoirement dans la famille d’un ami indien d’autant que le procureur de Nantes avait déclaré que le lien de filiation paternelle, même en cas de GPA ne pouvait tomber et qu’une reconnaissance pouvait se faire n’importe quand.

      Que vous pensiez que je suis en tort c’est votre droit mais c’est aussi mon droit de penser que je peux être un bon père parce que cela fait plus de 15 ans que j’enseigne et parce que mon histoire personnelle m’a appris qu’on pouvait parfois avoir un parent de trop et qu’on ne souffre pas de l’absence de ce qu’on n’a pas connu mais que par contre on peut souffrir d’avoir eu un pèè père.

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  7. Fabrice permalink
    25 mai 2012 19 h 51 mi

    J’aime mon fils, je respecte infiniment la femme qui l’a porté et je lui ai je crois donné plus de droits que ceux qui étaient prévus par la loi indienne (y compris d’avorter de sa seule décision dans les délais prévus par la loi française) alors je pense que j’ai quelques droits pour m’exprimer.

    Quant à penser que quand on est père par GPA on cherche à instrumentaliser des femmes ou nos enfants c’est une projection de ceux qui sont à l’extérieur. Nous voulons simplement être parents et que l’Etat se mêle de ce qui le regarde et surtout pas de ce qui se passe dans le lit des citoyens. J’ai du mal à admettre que mon fils soit plus mal traité qu’un enfant de l’inceste par la loi et que l’Etat se permette de me donner des leçons au nom de l’intérêt de l’enfant alors que certains de ses représentants ont usé et abusé de l’enfant pour soigner leur image (Ségolène Royal avec ses photos à la maternité, Rachida Dati et Nicolas Sarkozy). Je crois qu’il est temps que l’on comprenne qu’une bonne famille ce n’est pas toujours papa et maman.

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  8. 26 mai 2012 9 h 44 mi

    Effectivement, si les témoignages sont possibles, les éléments trop personnels sont difficiles à exposer ici pour diverses raisons (en revanche, il me semble possible d’éviter le quasi point Godwin dès la quatrième ligne…).
    Je pense comme Anne que si l’intérêt de l’enfant est souvent difficile sinon impossible à définir, il y a des situations qui sont certainement dans la très grande majorité des cas contraire à cet intérêt. Et cela suffit à fonder la norme, la règle qui s’appliquera à tous car elle est la plus juste dans la majorité des situation.
    Concernant, la pratique des mères porteuses, le fait qu’elle soit licite dans certains pays n’est pas un argument suffisant pour considérer que c’est une bonne chose. Ce sont des situations inextricables et il me semble plus prudent de ne pas s’engager de cette voie qui, quoi que vous puissiez croire sincèrement, implique une instrumentalisation du corps de la femme.
    De manière générale, si je suis de plus en plus dubitatif sur le rôle de l’État, je pense qu’il est parfaitement dans son rôle dans la protection de la personne et de sa dignité (même de la femme porteuse indienne si nécessaire) et dans le contrôle de la filiation tant il s’agit d’élément structurant pour la société.
    Sur le point de droit, la question est difficile mais le cœur est précisément de savoir si (en droit) l’enfant d’un enfant né à l’étranger d’une mère porteuse étrangère peut être rattaché à son « commanditaire ».

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  9. Fabrice permalink
    26 mai 2012 10 h 41 mi

    Bonjour,
    Pour ne pas « polluer » votre blog je m’en tiendrai à des réponses théoriques à votre billet précédent que j’apprécie beaucoup.
    1) je n’aime pas le terme de norme parce qu’il est de la même famille que NORMAL que j’ai supprimé de mon vocabulaire parce qu’il renvoie à des notions de pathologie, de déviance qui sont mesurées de l’extérieur sans le consentement des intéressés.
    2) Les normes peuvent varier avec l’histoire et ce qui était vrai il y a un siècle ne l’est plus nécessairement aujourd’hui. Je rappelle que Kant sur lequel on appuie généralement la notion de dignité humaine défendait l’esclavage et condamnait l’existence des enfants naturels…
    3) L’instrumentalisation du corps : n’êtes vous pas instrumentalisé quand vous allez travailler? quand l’Etat vous envoie à la guerre (dans le cas d’une armée de conscription)? Il me semblait que ce qui fonde ma liberté c’est aussi que mon corps m’appartienne et s’il m’appartient j’en vais ce que je veux y compris me prostituer ou porter un enfant si j’en ai envie.
    4) Le concept de dignité : là encore c’est quoi la dignité humaine? Mourir dans la pauvreté avec des filles qui ne seront jamais éduquées ou porter l’enfant d’un autre et s’en sortir dans la vie? Qui est plus dégueulasse? Celui qui regarde mourir dans la pauvreté une famille indienne au nom de la dignité humaine ou celui qui lui fournit les moyens de s’en sortir?
    5) Quant au « commanditaire » de l’enfant GPA, c’est son père… Pourquoi acceptez-vous que le droit français accorde une moitié de filiation à un enfant de l’inceste (c’est la norme) et pas à un bébé GPA? Pourquoi acceptez-vous d’imposer à un enfant un état civil falsifié quand son père est stérile et qu’il est né d’un don de sperme et que vous refusez la vérité biologique inscrite sur un acte qui ne l’est pas et l’application du droit? Au nom de la Morale? mais l’Etat est laïc donc neutre et dans la mesure où la GPA ne gêne ni la mère porteuse ni le commanditaire de quoi se mêle-t-il? Ah oui de grands principes qui sont plus importants que de vrais êtres humains car c’est cela qui se passe au final.Je ne vous convaincrai pas, vous non plus.

    Cordialement et bonne journée

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    • 26 mai 2012 10 h 56 mi

      La norme est (ou devrait être) essentiellement protectrice. Elle n’implique pas nécessairement une stigmatisation violente des cas limites voire hors cadre. Je pense que si l’on ne peut pas protéger certaines catégories de personnes fragiles (enfants nés ou à naître, femmes, personnes en fin de vie), il ne faudra pas se plaindre que d’autres personnes soient maltraitées (étrangers, travailleurs…). C’est cette idée ce que l’on désigne en réalité quand on parle de dignité (en dehors de la perspective religieuse qui m’est également chère bien évidemment).
      Quant à Kant ou Locke, j’avoue que ce ne sont pas mes références… Et la relativité affirmée me semble plutôt révéler une évolution, un juste développement, de l’humanisme que certaines revendication actuelles me semblent contredire et non poursuivre.
      Quant à se convaincre… ce n’est pas le but évidemment. Nous pouvons éventuellement donner des arguments à ceux qui nous lisent (d’ailleurs nous digressons légèrement par rapport au sujet initial) pour se prononcer mais nous nous convaincrons pas! N’hésitez pas à revenir pour commenter sur d’autres sujets d’ailleurs (si vous y trouver un intérêt).

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  10. francois P permalink
    26 mai 2012 18 h 19 mi

    Pour ma part et avec le recul de mon age ,je dirais que l’on a trop favorise l’homoparentalite et le mariage-divorce ,avec jeunes enfants ,en libre service. #a alors le mariage-divorce homosexuel en libre service nouvelle et ultime etape .Vivement les clones de Houllebeckq

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  11. Anne permalink
    26 mai 2012 22 h 24 mi

    Si l’une des finalités de ce blog est de faire réfléchir ses lecteurs et lui apporter des arguments, mission accomplie.
    On nous présente le débat sur l’adoption par les couples homosexuels avec des arguments tels que le droit des homosexuels de s’aimer, d’être parents, d’accueillir et de bien accueillir un enfant, etc. Et effectivement on se dit pourquoi pas ? Mais comme le révèle la situation de Fabrice – qui n’est pas un cas isolé – les revendications vont bien bien au delà.

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  12. Fabrice permalink
    27 mai 2012 5 h 53 mi

    @Anne
    En m’exprimant sur ce blog, j’ai parlé en mon nom et en mon nom seul. Si vous voulez mon opinion plus généralement, en tant que citoyens, les homosexuels doivent avoir les mêmes droits que les hétérosexuels dans la mesure où ils remplissent les mêmes devoirs. Or à présent, on nous demande davantage : financer la protection sociale des familles reconnues, financer les inséminations artificielles de couples hétérosexuels en mal d’enfants, financer des pensions de réversion auxquelles nos conjoints n’ont pas droit (cela coûterait trop au budget de l’Etat a dit Fillon mais sans doute moins que la bulle de l’hélice du Charles de Gaulle qu’il a fallu refaire et qui a coûté une somme astronomique)… bref on nous tolère au sens chrétien comme jadis les Juifs parce qu’on ne peut pas … faire autrement (je renvoie à des propos récents du maire de Noirmoutier).
    Alors il se trouve que certains) en ont marre et vont revendiquer des choses qui les intéressent ou non (le mariage avec une OBLIGATION DE FIDELITE estampillée par l’Etat alors que nous sommes dans une société laïque et non plus dans une société où il y a union du trône et de l’autel, comme si cela ne devait pas relever de l’arrangement PRIVE des personnes qui se marient) et qui sont simplement des choses ordinaires dont ils devraient bénéficier de toute éternité.
    En conscience qui peut dire ici que l’orientation sexuelle d’un individu change son aptitude à être parent? Qui peut encore osez dire que des enfants d’homos n’ont pas accès à l’altérité. Toutes les études prouvent depuis plus de 20 ans que nos enfants ne sont pas plus détraqués que des enfants d’hétéros et qu’ils sont plus tolérants.
    Et pour le reste, en tant que chrétien aussi et sans complexe dans ma paroisse protestante, je renvoie au propos du Christ sur la Croix concernant Jean le « Disciple bien aimé »… MERE VOICI TON FILS… Avant de le prendre dans tous les sens symboliques, prenons le au premier degré à savoir qu’il fait de Jean le compagnon du Christ puisqu’il n’est pas son frère biologique. Des théologiens sérieux, anglicans, non homosexuels ont fini par arriver à cette conclusion. Et même si on ne veut pas arriver à cette conclusion (chacun est libre après tout de voir ce qu’il veut voir dans les textes religieux), je m’en tiens au seul commandement qui vaille Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Où croyez-vous que serait Jésus aujourd’hui? Au côté des Eglises instituées ou au côté des Minorités. C’est quand même lui qui a dit à propos de Madeleine il lui sera beaucoup pardonné parce qu’elle a beaucoup aimé.
    Bonne journée et qu’on me pardonne sur mes digressions, mais j’aime bien le matin, digresser. La voie droite et les voix de droite m’ont souvent agacé…
    Amicalement
    Fabrice

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