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Du martyre en politique (à propos de saint Thomas More)

22 juin 2012

J’ai déjà abordé ici la passion du saint Patron de ce blog il y a deux ans. Le propre des fêtes du calendrier est de revenir tous les ans… En ce jour où l’Eglise nous rappelle le modèle de foi et d’humanité qu’a été Thomas More, il est difficile de ne pas porter son regard sur son comportement politique. Jean-Paul II a d’ailleurs proclamé saint Thomas More patron des  responsables de gouvernements et des hommes politiques (Motu proprio du 31 octobre 2000) :

De nombreuses raisons militent en faveur de la proclamation de saint Thomas More comme Patron des Responsables de gouvernement et des hommes politiques. Entre autres, le besoin ressenti par le monde politique et administratif d’avoir des modèles crédibles qui indiquent le chemin de la vérité en une période historique où se multiplient de lourds défis et de graves responsabilités.

Thomas More illustre ainsi la grandeur et la dignité de la conscience morale (Gaudium et spes, n° 16) chez un serviteur de l’Etat. Car il a servi son pays et son roi ; on conserve uniquement le souvenir du martyr rebelle en oubliant qu’il a d’abord été un serviteur du roi (auquel il est resté fidèle jusque dans son martyre précisément). Ainsi que le relève à nouveau Jean-Paul II :

il est bon de revenir à l’exemple de saint Thomas More, qui se distingua par sa constante fidélité à l’autorité et aux institutions légitimes, précisément parce qu’il entendait servir en elles non le pouvoir mais l’idéal suprême de la justice.

C’est également ce que Benoît XVI a rappelé en septembre 2010 lors de son voyage au Royaume-Uni à l’occasion d’un discours à Westminster. Poursuivant sa méditation sur les fondements prépolitiques de la société politique, le Pape médite sur l’exemple de Thomas More pour tenter de répondre à la question : où peut-on trouver le fondement éthique des choix politiques ? S’il existe des normes objectives déterminant l’action politique, ces normes ne sont pas de nature religieuse et peuvent être atteintes par la raison. Dès lors, pour Benoît XIV

le rôle de la religion dans le débat politique n’est pas tant celui de fournir ces normes, comme si elles ne pouvaient pas être connues par des non-croyants – encore moins de proposer des solutions politiques concrètes, ce qui de toute façon serait hors de la compétence de la religion – mais plutôt d’aider à purifier la raison et de donner un éclairage pour la mise en œuvre de celle-ci dans la découverte de principes moraux objectifs… 

La religion, en d’autres termes, n’est pas un problème que les législateurs doivent résoudre, mais elle est une contribution vitale au dialogue national.

Bref, le but du catholique en politique n’est pas de finir martyr ! Seule une forme de perversion intellectuelle (la plus grave qui soit) peut le laisser penser. L’exemple de Thomas More doit dès lors être bien compris. Il n’a jamais recherché le martyre. Au contraire, il a préféré la prudence, voire la fuite (sauf à l’étranger, à la différence de son propre patron, et prédécesseur à la Chancellerie, saint Thomas Beckett!). Il a recherché des solutions juridiques, des interprétations conciliantes lui permettant d’assurer l’autorité du roi, le respect des droits de l’Eglise et sa vie… Il est d’ailleurs intéressant, pour un juriste, de voir à quel point les questions de l’obéissance et de la désobéissance sont liées à la question de l’interprétation (S. Rials a écrit des choses très justes sur le sujet).

Dans sa méditation de la Passion du Christ (La tristesse du Christ, Tequi 1990), Thomas More a développé une authentique pédagogie du martyre. Le courage n’est pas la stupidité :

[Dieu] voulait en effet que ses soldats soient courageux et aussi prudents, non pas stupides et insensés. Le propre du courage est d’endurer ce qui est pénible, alors que celui de la stupidité c’est d’être insensible dans l’épreuve (La tristesse du Christ, p. 26-27).

Le serviteur du Christ doit mesurer ses forces, sous peine de rompre sous le poids de l’épreuve:

un tel sommet de courage, si âpre et si abrupt, le Dieu de miséricorde ne nous ordonne pas de le gravir. Dès lors, si le premier venu fonce comme un sourd, trop loin pour revenir prudemment sur ses pas, il court des risques : faute d’atteindre la cime, il serait en danger de rouler dans le précipice la tête la première (p. 28-29).

Dans les situations difficiles, la première mission du chrétien est de faire son travail, et de le faire bien. Il en est de même en politique. Le gouvernement ne vous plait pas : rien ne sert de faire de la provocation et de pratiquer le terrorisme intellectuelle. Le service est premier : service social, de charité, de fraternité et au besoin de correction fraternelle. La critique sera d’autant plus entendue qu’elle est rationnelle et non systématique. Dans les cas extrêmes, il restera la voie de l’objection de conscience, voire de la désobéissance mais cela n’est pas donné à tout le monde.

Le chemin emprunté par Thomas More est étroit et la prétention au martyre est dangereuse pour l’homme ou la femme ordinaire. More lui-même craignait de ne pas résister aux épreuves de l’emprisonnement et surtout de la torture. Peu d’entre nous pourraient effectivement supporter une véritable épreuve.

I have chosen what chosen have few (More dans The Passion of saint Thomas More de Garett Fisher)

La tentation de la pureté débouche parfois sur les plus grandes lâchetés. La prudence est de savoir aussi ne pas s’exposer à ce qui dépasse nos forces personnelles. C’est donc bien une grande leçon que donnent Jésus et Thomas More à tous les apprentis martyrs notamment en politique.

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