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Les Dieux du stade

27 juillet 2012

Les Jeux Olympiques s’ouvrent ce vendredi à Londres. Je dis ça juste au cas où vous auriez déjà perdu le sens des réalités et de l’importance relative des choses. Peut-être vous êtes vous laissé aller à songer à la Syrie, à la faim dans le monde ou d’autres choses de ce genre. Pendant plusieurs jours le monde entier va vibrer à la vue des exploits sportifs dans un grand élan de communion ambiguë. La fraternité olympique universelle sera comme d’habitude tempérée par le chauvinisme congénital (en un seul mot) au sport. Jusque là rien de bien original.

Les Schtroumpfs Olympiques : du sport, du dopage et un (tout petit) peu de sexe

Cependant, comme tout grand évènement de ce type, les Jeux 2012 charrient leur lot de scandales et d’anecdotes plus ou moins sérieux. Je ne reviendrai pas sur la façon dont la perfide Albion a emporté la décision du CIO ou sur la conception très particulière de la liberté de l’institution (pensez-vous, ils prétendent interdire le live-tweet des épreuves!). Sinon, on tombe des nues en apprenant que les athlètes ne sont pas des moines (ni des moniales d’ailleurs) et que, dit-on, « il y a beaucoup de sexe au village olympique », qui n’est pas le village des schtroumpfs (quoi que… dans les Schtroumpfs olympiques l’enjeu est un baiser de la Schtroumpfette…). Le bon Baron doit se retourner dans sa tombe, lui qui affirmait : « Une olympiade femelle est impensable ; elle serait impraticable, inesthétique et incorrecte ».

Le sexe aux JO, c’est aussi la question de l’identité sexuelle. Il arrive parfois que l’on ait un doute sur la féminité d’une athlète (plus rarement l’inverse). Les annales olympiques recèlent quelques histoires surprenantes. Tout le monde se souvient du cas d’Erika Schineger qui championne du monde de ski en  1966, s’est avérée être un homme… Le cas n’est pas isolé (V. l’affaire Caster Semenya). On estime (ça vaut ce que ça vaut…) qu’un quart des médailles sont allés à de « fausses femmes » lors des JO de Tokyo en 1964 (ici). Cela explique que les tests de féminité se soient développés depuis plusieurs années (ici et ) et qu’on les tente de les renforcer cette année. S’il s’agit parfois de fraude pure (si j’ose dire) et simple, le plus souvent une malformation sexuelle est à l’origine de l’erreur. Plus récemment, le transsexualisme a suscité des difficultés : peut-on laisser un homme ayant pris l’apparence du sexe opposé concourir avec les athlètes féminines ? Dans la mesure où le traitement et l’opération entraînent un changement de physionomie importante et notamment une baisse de la masse musculaire, les autorités sportives ont finalement admis les transsexuels à concourir dans la catégorie dont ils ont l’apparence et à laquelle ils ont la conviction d’appartenir. Le CIO l’a admis depuis 2004 considérant par ailleurs qu’il ne s’agissait pas de dopage. Un jour, il faudra peut-être se demander aussi pourquoi séparer les hommes et les femmes dans les compétitions sportives. Les questions de genre, plus encore que de sexe, ont fait leur entrée dans le monde du sport.

Et pourquoi pas un jour poser la question de la légalisation du dopage (après tout si on est (très) libéral, au nom de quoi interdire ces pratiques ?). A nouveau, les Schtroumpfs laissent songeur : dans les Schtroumpfs Olympiques le Schtroumpf chétif bénéficie d’un placebo dopant prescrit par le Grand Schtroumpf lui-même!

Il n’y a pas que le sexe dans la vie (ni le genre). Il y a la religion ! Manque de bol, les JO 2012 tombent pendant le ramadan. Les athlètes musulmans sont confrontés à un cas de conscience : doivent-ils respecter le jeûne prescrit au risque de perdre voire de se blesser ? Peuvent-ils, au contraire, déroger à la prescription religieuse pour cause sportive ? Ils seraient 3 500 dans ce cas cette année (dont le judoka français Sofiane Milous). Certains donnent la priorité au jeûne, d’autres à la compétition, parfois au bénéfice d’une dérogation accordée par une autorité religieuse. La validité de ces dérogations est toutefois discutée. Il n’est pas certain qu’il soit possible de reporter le jeûne (sur un an?) sans commettre un manquement à l’un des cinq piliers de l’Islam :

Si l’on s’en tient à l’interprétation des textes, tout le monde doit jeûner pendant le ramadan sauf les personnes malades, les voyageurs et les femmes enceintes, sous certaines conditions. Le sport n’est pas une excuse valable, personne n’est obligé de faire du sport (propos de notre camarade @Alkanz rapportés ici)

Cela me fait bien entendu penser aux Chariots de feu (H. Hudson, 1981, 4 Oscars dont celui du meilleur film 1982). L’un des ressorts de l’histoire, inspiré de faits réels, réside dans le cas de conscience de l’écossais Liddell, presbytérien fervent, qui renonce à participer au 100 m lors des JO de 1924 car l’épreuve devait se dérouler un dimanche. Le film reste finalement assez méconnu tant la musique de Vangelis l’a écrasé depuis des années. Je ne l’ai moi-même vu qu’assez tard. C’est un bon film sur l’effort sportif et spirituel mais aussi sur la différence de classe et sur l’antisémitisme. A (re)voir entre deux épreuves d’athlétisme et de natation ou de judo…

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