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23 août 1942

23 août 2012

Après avoir rappelé les tragiques faiblesses de la pensée et de la morale des politiques et des juristes lors de la mise en place de la législation antisémite par le gouvernement de Vichy, je ne pouvais pas négliger de rendre hommage au Cardinal Saliège. Le 23 août 1942, le Cardinal-Archevêque de Toulouse a publié une lettre pastorale sur la personne humaine qui devait être lu lors de la messe du dimanche (sans commentaire). Le texte est court et peut être lu, in extenso sur le site du diocèse de Toulouse. Les premières phrases sonnent comme le cri d’Antigone à la face de Créon :

Il y a une morale chrétienne, il y a une morale humaine qui impose des devoirs et reconnaît des droits. Ces devoirs et ces droits, tiennent à la nature de l’homme. Ils viennent de Dieu. On peut les violer. Il n’est au pouvoir d’aucun mortel de les supprimer.

C’est un appel à la conscience des chrétiens et de tous les Français. Cet appel permet d’entendre la protestation qui suit contre le sort fait aux juifs de France. Ceux qui méprise un peu rapidement l’idée de loi naturelle et de droit naturelle devrait méditer sur les dangers d’une société dominée par le seul pouvoir de la volonté. C’est une sorte de Mit brennender Sorge mais en plus fort et en plus explicites car les juifs sont précisément mentionés et défendus. Le chrétien ne peut mépriser un frère en humanité :

Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos Frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier.

Heureusement, le Cardinal Saliège ne fut pas seul : Mgr Gerlier à Lyon, Mgr Théas à Montauban ou Mgr Delay à Marseille ont pris des initiatives analogues. Cela a d’ailleurs inquiété l’occupant qui a constaté, au moyen de sondage, que « les Français éprouvaient de la compassion pour les Juifs » (cité par J.-P. Cointet, Histoire de Vichy, p. 260). Laval fit d’ailleurs interdire, sans grand succès semble-t-il, la lecture de cette lettre. L’été 1942 marque une rupture entre le gouvernement de Vichy et la hiérarchie catholique. Elle prenait alors conscience, tristement de manière tardive, de la perversion du régime. Mgr Saliège adopte d’ailleurs la rhétorique de la France contre Vichy, priant la Vierge d’intercéder pour la France :

France, patrie bien aimée France qui porte dans la conscience de tous tes enfants la tradition du respect de la personne humaine. France chevaleresque et généreuse, je n’en doute pas, tu n’es pas responsable de ces horreurs.

S’il est difficile de dire où était la France le 23 août 1942, il est évident que le courage était à Toulouse.

One Comment leave one →
  1. François permalink
    24 août 2012 11 h 46 mi

    Bonjour, Merci de ces precisions ,il est vrai que la haute hiearchie de L’Eglise a Paris n’eut pas une attitude aussi nette en faveur des juifs ,de loin …De Gaulle s’en souvint . J’ai fait une erreur dans ma derniere reponse: Mitterand a eu la francisque en �43 �et non en 42 ! Alors que le vent commencait a tourner (Stalingrad) il est vrai qu’il était a Londres des 44 ! Pour moi une egnime . Amicalement

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