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Charité bien ordonnée… passe par l’Eglise

3 décembre 2012

Alors que je rappelais dernièrement le lancement de Diaconia 2013, j’apprends que Mme Duflot vient nous donner un petit coup de main tout à fait involontaire. Notre charitable ministre vient d’avoir l’idée de demander à l’Archevêché de Paris de mettre à disposition les locaux vacants dont il est propriétaire (V. ici sur le statut des biens en question), au profit des personnes mal logés et des sans abris alors que l’hiver approche (lettre donnée à la presse mais toujours pas reçue à l’Archevêché…).

Il ne faut pas être naïf évidemment et comme le relève le subtil Authueil, l’intervention a principalement pour but de laisser penser que l’Église a l’indignation sélective. Elle appelle à descendre dans la rue mais négligerait d’user de ses biens pour le service des plus pauvres. La demande de notre hospitalière ministre ferait, en outre, apparaître la vétusté du patrimoine immobilier de l’Église qui est à Paris.

Il y a du vrai dans tout cela mais il ne faut pas céder à la provocation. D’abord parce que le projet risque d’être difficile à mettre en place au-delà de la déclaration car, outre la vétusté, les moyens humains risquent de manquer que ce soit du côté de l’Église comme du côté de l’État. Pour ce dernier, cela n’étonnera personne. Pour la première, cela fait plus mal. Plus que l’opulence réelle ou supposée de l’Église, ce qui pourrait choquer c’est la tiédeur de l’engagement des chrétiens contemporains en faveur des pauvres. Quand on repense à Frédéric Ozanam ou à Dorothy Day, par exemple, la différence ne peut être niée. La restructuration du patrimoine immobilier qui a été engagé dans certains diocèses semblent en retard à Paris. Il faudrait peut-être se mettre au travail afin de se concentrer sur l’essentiel avec des moyens renouvelés et des volontaires plus nombreux notamment au service des pauvres. Pour autant, il ne faut pas négliger ce que fait déjà l’Église et notamment l’Archevêché de Paris avec son opération hiver solidaire. L’action de l’Église et des chrétiens est déjà considérable même si Mme Duflot, ancienne de la JOC, semble l’ignorer ou faire semblant de l’ignorer. L’inventaire des actions serait tout simplement impossible à faire. Et il ne s’agit pas uniquement d’hébergement d’urgence… L’agacement face à la demande de Mme Duflot est donc des plus légitimes (V. le billet du Chafouin) V. pour une autre réplique par les faits chez Aleteia)

Si l’Église veut, et si les chrétiens veulent, remplir leur mission, il faut effectivement tout à la fois tenir les deux bouts de la charité : la défense de la famille et de la vie implique l’accueil de l’étranger et l’attention au pauvre. Ce ne sont pas des idées de droite ou de gauche. Cela n’entre pas dans la logique de l’État-nation moderne. L’Église et les chrétiens ont autre chose à proposer. Ce qui est le plus pénible dans cette affaire c’est d’avoir à recevoir des leçons de l’État dont la médiocrité et l’inefficacité sont si patentes. Mais laissons-nous tout de même interpeler par la demande de Mme Duflot.

Évidemment, elle ignore également le Motu proprio sur le service de la charité que vient de publier Benoît XVI. Il s’agit d’un texte institutionnel et juridique et non pastoral, à proprement parler. Il se fonde toutefois sur un constat d’évidence :

Le service de la charité est, lui aussi, une dimension constitutive de la mission de l’Église et il constitue une expression de son essence-même, à laquelle elle ne peut renoncer ; tous les fidèles ont le droit et le devoir de s’engager personnellement pour vivre du commandement nouveau que le Christ nous a laissé…

Le Pape relève dans ce document que

Concernant cette diakonia de la charité… j’observais que « le Code de Droit canonique, dans les canons concernant le ministère épiscopal, ne traite pas expressément de la charité comme d’un domaine spécifique de l’activité épiscopale » (Deus caritas est)

C’est l’objet du Motu proprio de donner un cadre institutionnel insistant sur l’identité catholique des actions de charité. Bien évidemment, il ne faut pas oublier que le Vatican tente de reprendre un peu en main l’évolution de certains mouvements dont l’orthodoxie devenait des plus douteuses. Mais ce n’est pas l’essentiel : il s’agit surtout de donner une visibilité à l’action de l’Église dans ce domaine afin de construire, en dehors de l’État, et pas simplement au sein de la société civile, une authentique communauté chrétienne, fidèle à la doctrine sociale de l’Église. En abordant la question institutionnelle et juridique, l’Église assume son rôle de société autonome par rapport à l’État-nation. Cette société ne vivra pas sans l’engagement de ses membres : nous !

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12 commentaires leave one →
  1. 70rion permalink
    3 décembre 2012 13 h 50 mi

    Pas forcément en accord avec votre vision.
    On ne peut trop reprocher à C Duflot de faire le tour des disponibilités en locaux ici et là.
    C’est très compliqué dans les ministères j’imagine, entre ce qu’ils ne veulent pas lâcher, et, autres joyeusetés, ce qu’ils irngorent être leur propriété…
    Je me demande aussi si l’Eglise n’aurait pas un patrimoine bien moins « visible », notamment par rapport à l’administration fiscale, là où d’autres grands propriétaires privés, payant différentes taxes variant selon l’occupation, peuvent difficilement échapper à un inventaire après recoupement.

    Et j’attends de voir la conséquence économique d’une telle sollicitation pour l’Eglise.
    Si l’Etat se retrouve à verser de l’argent au titre de l’occupation des immeubles réquisitionnés – c’est le principe – , vous imaginez le boxon ?
    L’Eglise de France, qui va se retrouver avec une atteinte relative à son patrimoine immobilier, mais qui en recevra un retour éco… alors que probablement ce n’est pas ce qu’attendent les fidèles ?
    Sacré épine plantée dans ce qui devient de plus en plus une source de revenus essentielle à la vie économique de l’archevêché (valorisation du patrimoine immobilier)…

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    • 3 décembre 2012 14 h 00 mi

      Je n’en veux pas à Mme Duflot de faire le tour des popotes (je pense pas l’avoir écrit). Quant aux ministères, il est évident que c’est impensable.
      Pour ce qui est du trésor caché de l’Église, je n’y crois pas…
      Sur la réquisition éventuelle proprement dite, elle est inconcevable : couteuse, impossible à organiser en pratique… Quant aux revenus de l’Archevêché, je ne sais pas pour Paris mais pour l’Église en général, c’est, globalement, presque plus une charge qu’un bénéfice! Le diocèse de Lyon a procédé à une grande restructuration il me semble. Paris pourrait suivre l’exemple ?
      Au-delà de tout cela je pensais surtout à l’engagement personnel dans l’esprit de Diaconia 2013 par exemple.

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  2. Anne permalink
    3 décembre 2012 14 h 45 mi

    3 billets de suite excellents, doux à écouter et à lire. Je suis contente que tu aies repris la plume!
    Pour le bénévolat, ce serait une bonne idée de s’inspirer de ce qui est fait aux Etats-Unis et sans dans d’autres pays où l’on ne peut compter sur l’Etat, toujours l’Etat. Le bénévolat y est intégré dans les programmes scolaires et les enfants sont (fortement) incités dès la Grande section à donner de leur temps pour leur école, pour des personnes âges, etc. Les parents sont également impliqués, ça passe par le ménage dans les écoles, des petites conférences, des heures de lecture. Et puis également, sur le CV, le bénévolat est valorisé ce qui pousse pas mal les plus énergiques à s’investir au service de tous. La différence au final ? Elle est ENORME.

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    • 3 décembre 2012 14 h 57 mi

      Merci pour cet encouragement !
      Même lorsque l’État fait beaucoup de choses, il faut effectivement s’engager. La culture n’est pas très favorable en France mais c’est sans doute une nécessité.
      Je pensais aussi aux jeunes qui ont monté la comédie musicale sur Frédéric Ozanam : deux ont témoigné hier pendant l’entracte et on devine ce que de tels engagements peuvent impliquer dans la formation d’une personne.
      Il est tout aussi évident que la question que je pose vaut d’abord pour moi et que la question de l’engagement concret sur ces questions est régulièrement reposée…

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  3. 3 décembre 2012 15 h 57 mi

    Je suis en ce moment à San Francisco pour un colloque et j’ai assisté à la messe hier dans l’église paroissiale la plus proche de « chez moi ». Sur la feuille paroissiale, j’ai été frappé par la diversité des ministères en particulier l’engagement dans la charité : distribution de la nourriture, des vêtements, peut-être même des logements provisoires. Cette feuille paroissiale (je l’ai gardé car je veux la montrer à mon curé) disait qu’en Novembre, grâce à la générosité des paroissiens, que la paroisse avait pu fournir 192 « sacs mensuels » (i.e. de quoi manger pendant un mois) et 203 « sacs hebdomadaires » (des vivres pour une semaine); l’église réclamait des denrées non-périssables, des céréale, du beurre etc pour le mois de décembre. A côté de ça, toutes les paroisses françaises que je connais me semblent avares…

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  4. 3 décembre 2012 22 h 37 mi

    @Bashô

    Peut-être aussi qu’aux USA les gens sont moins imposés? Je ne voudrais pas pinailler mais on a un sens de l’Etat providence un peu plus collectivisé, chez nous. Je ne dis pas que les impôts nous autorisent à ne pas donner, ce n’est aps ma conception. Mais ce qu’on donne de manière forcé peut conduire certains à croire – à tort, donc, j’insiste – que la charité est déjà réalisée via les impôts.

    Enfin j’appuie ce billet : si l’Eglise avait un trésor caché, elle ne tirerait pas la sonnette d’alarme désormais quasi mensuellement sur le denier du culte….

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    • 3 décembre 2012 22 h 55 mi

      Le problème est que charité, fraternité et solidarité sont des techniques un peu différentes mais qui se partagent en partie une même ressource (la part financière). C’est pour cela que je tente d’insister un davantage sur la richesse humaine.

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  5. 4 décembre 2012 0 h 05 mi

    Oui, c’st aussi sur ce point qu’insiste Charles Gazeau ici : http://www.lavie.fr/actualite/economie/cecile-duflot-n-a-meme-pas-la-reconnaissance-du-ventre-03-12-2012-33794_6.php

    Il dit à la fin que contrairement à l’Etat, l’Eglise ne veut pas faire de chiffre… Dans ma paroisse, on sert la soupe à une dizaine de personnes au maximum chaque soir, mais on les écoute, on discute, on prend le temps…

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  6. Anne permalink
    5 décembre 2012 4 h 20 mi

    Evidemment, en France, on est plus imposé. C’est le problème tout en étant la solution pour pas mal de gens. Ceci, dit, la générosité des américains est frappante. Un prêtre était récemment invité dans notre paroisse pour faire du « fundraising » pour sa mission en Equateur. En un dimanche, il a récolté $25,000. Mon beau-frère prêtre nous a dit que c’est la somme qu’il récoltait en une année de quête dans sa paroisse française.
    Pour une autre petite histoire, récemment, une petite Eglise magnifique mais en mauvais état d’un village français a été détruite, en vue d’être remplacée par une autre petite « chapelle », objectivement super moche (dont l’architecte n’est autre que la copine de la femme du maire…). Les habitants du village se sont mobilisés pour obtenir la rénovation (et non la destruction) de l’Eglise. Ils ont fait signer des pétitions, monté une association et sont allés chercher les fonds non pas dans leur poche mais dans celle d’une université américaine. Malheureusement, ça na pas suffi cette fois…

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  7. Anne permalink
    5 décembre 2012 4 h 29 mi

    Et j’ajouterais que l’engagement personnel, indispensable, ne peut fonctionner que s’il est valorisé. Car ce n’est pas facile de s’engager si on n’obtient pas en retour une certaine reconnaissance. Cela implique un changement total des mentalités. Ce changement des mentalités doit passer me semble-t-il d’abord par l’école qui devrait dans son programme conduire les enfants et leurs parents à s’impliquer. POur la petite histoire, encore une, j’ai été embauchée d’office pour faire le ménage après la fête de l’école de ma fille. Comme tous les autres parents impliqués, j’ai reçu une lettre du directeur, très courtoise, m’expliquant que si je ne venais pas, cela allait perturber l’organisation et que je devrais m’acquitter de la modique somme de $200. Je n’ose pas imaginer cette situation en France. Mais au final, CA MARCHE et les parents sont contents de mettre leurs enfants dans une école où tout fonctionne

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  1. La charité nous presse ! « L'Osservatore Gabbiano
  2. » Et si Cécile Duflot avait raison ?

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