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Ministère de la ré éducation nationale

23 janvier 2013

LaVision_de_FerdinandNous sommes mal élevés… non pas que nous parlions la bouche pleine ou mettions nos doigts dans le nez ! Non ! mais nous méritons d’être rééduqués sans doute pour être plus républicains. En fait, nous, les adultes, nous sommes peut-être largement perdus pour la cause, aussi faut-il battre le fer chaud, travailler l’argile pendant qu’elle est malléable : bref, l’État, bon père parent 1, la République bonne mère parent 2 ont décidé de porter leur bienveillante sollicitude d’éducateurs sur nos enfants : nous sommes désormais doté d’un ministère de la rééducation nationale. Car vos enfants ne sont pas vos enfants, vous connaissez la formule de Gibran

La morale laïque à l’école. Certains ont fait semblant d’être surpris par les propos de Vincent Peillon reprenant à son compte l’idée d’enseigner la morale laïque aux enseignants puis aux élèves. On peut taper autant qu’on veut sur Vincent Peillon, un scrupule me fait rappeler que le précédent gouvernement avait déjà manifesté le souhait de réintroduire l’enseignement de la morale à l’école en 2011. La particularité du projet de Vincent Peillon est de s’inscrire dans une lignée qui a pour aïeux Jules Ferry et surtout Ferdinand Buisson (V. J. Baubérot sur les résultats de ces projets). C’est le retour des hussards noirs. La difficulté de ce projet et que nous ne sommes plus sous la IIIe République et qu’il est bien difficile de dégager ces fameux principes de morale laïque! Même anticléricale, la morale de Buisson était d’inspiration chrétienne et visait à renforcer l’unité d’une société très homogène, quitte à alimenter l’enthousiasme boucher des derniers mois de 1914…

Aujourd’hui plus rien de tel mais Vincent Peillon espère que l’école de la République parviendra à atteindre un objectif ambitieux. Pour lui

La morale laïque c’est comprendre ce qui est juste, distinguer le bien du mal, c’est aussi des devoirs autant que des droits, des vertus, et surtout des valeurs (JDD).

Mais il n’y a plus d’accord sur les valeurs portées par la société et par l’État et enseigner la morale laïque ce n’est pas si simple. A moins de la laisser définir par l’État justement… Ruwen Ogier notamment a bien mis en évidence l’existence de deux courants éthiques : l’un minimaliste, l’autre maximaliste. Le premier, qui a la préférence d’Ogier, est une morale hédoniste fondée sur la jouissance. Ce n’est pas une conception partagée par tous (V. not. Finkelkraut). Même si l’approche minimaliste hédoniste n’est pas a priori celle de Vincent Peillon, elle risque de s’imposer ne serait-ce que parce que notre ministre comme la plus grande partie de la gauche ont une peur maladive d’apparaître réactionnaires. Il ne faudra pas attendre longtemps avant de savoir quelles sont les implications de cette morale laïque en matière de d’euthanasie par exemple.

L’Épitre de saint Peillon aux Recteurs. Un évènement récent a donné un éclairage nouveau sur ce que Vincent Peillon a en tête lorsqu’il affirme vouloir promouvoir l’enseignement de la morale laïque à l’école. Il s’agit de la difficulté soulevée par l’introduction du débat sur l’extension du mariage aux personnes de même sexe dans les murs de l’école et notamment des établissements catholiques. Vincent Peillon s’est fendu d’une Épitre aux Recteurs d’Académie pour les mettre en garde contre de telles tentatives. Le cadre de cette intervention est claire :

Le gouvernement s’est engagé à « s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités », notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité  des orientations sexuelles.

Comme beaucoup d’autres par le passé, notre gouvernement entend jouer la jeunesse contre la génération de tarés qui l’a précédée. On ne demande pas encore aux enfants de dénoncer leurs parents mais les jeunesses socialistes ont déjà pris un certain goût à la délation.

L’éducation sexuelle notamment prend un tour tout à fait particulier. La promotion de la ligne Azur et d’outils pédagogiques de propagande franchement scandaleux comme la brochure Tomber la culotte (non pas de liens, vous vous débrouillerez), illustre clairement que les risques de dérive sont déjà largement réalisés. La sexualité est présentée comme un simple jeu destiné à fournir du plaisir à un, deux, trois ou plus, avec l’un et l’autre sexe ou genre. Cela ne relève plus des études de genre mais franchement du queer pour lequel les identités sont toujours instables, brouillées et à construire. La lettre de Vincent Peillon fait référence au taux de suicide des jeunes personnes homosexuelles : est-il sûr qu’en éduquant la jeunesse à la jouissance et à l’instabilité des identités nous lui assurions un avenir plus radieux heureux cool ?

La réforme de l’école et des rythmes. Dans un tel environnement, l’idée d’une réforme de l’école ne peut que susciter des inquiétudes même si chacun est d’accord sur le fait qu’elle nécessaire (comme depuis trente ans voire plus). Les trois piliers de la réforme ne suscitent pas de grande surprise : professionnalisation de la formation des enseignants, attention à l’enseignement primaire et notamment au taux d’encadrement, révision du socle commun renommé socle commun de connaissances, de compétences et de culture. L’enseignement de la morale prendra place au cœur de ce socle commun.

Comme on pouvait s’y attendre la question des rythmes scolaires va être très chahutée. Elle n’est pas très idéologique a priori mais c’est peut-être pour cela qu’elle réunira beaucoup de monde d’horizons variés (V. parentsensemble). L’absence de vue d’ensemble laisse espérer que les effets négatifs de cet aspect de la réforme n’ont pas été voulus. L’absence de réflexion sur le découpage temps scolaire/vacances, la faiblesse des enseignements d’ouverture sur la culture et les arts sont bien regrettables. La situation des enfants scolarisés dans le privé risque par ailleurs de se trouver compliquée, impliquant notamment une augmentation de la charge financière pour les parents, qui ne sont pas toujours de riches bourgeois anti républicains. Comme le rappelait récemment Henry le Barde, Napoléon Bonaparte aurait dit « N’attribuez jamais à la malveillance ce qui s’explique très bien par l’incompétence ». Et nous sommes habitués depuis quelques mois à reconnaître l’incompétence du gouvernement… Il reste que les parents sont clairement mis à l’écart lorsqu’il s’agit de l’école.

Les parents éducateurs. L’État n’a eu de cesse de prendre en charge l’éducation des enfants, parfois bien parfois mal, souvent en méconnaissant l’autonomie éducative des familles. La famille restait toutefois un lieu de sociabilité qui dépassait le champ strictement éducatif. C’est évidemment difficile de définir ce qui fait la richesse de la vie en famille. Les difficultés quotidiennes ont sans doute leur rôle dans la formation de la personnalité de l’enfant comme dans le développement des parents. Le rôle des parents a d’ailleurs été très variable dans l’histoire, y compris occidentale. L’aspect éducatif n’a pas toujours été central. C’est pour cela que l’assimilation des parents à de simples éducateurs dans le débat relatif à l’extension du mariage aux personnes de même sexe mérite une seconde d’attention. En effet, en limitant la fonction parentale à l’éducation, nous risquons d’affaiblir irrémédiablement la famille. D’une part, sur ce terrain il est difficile de justifier le refus du mariage et de l’adoption dite homosexuelle : sans doute, un enfant peut-il être élevé par deux personnes de même sexe. Mais là ne devrait pas être la question : il s’agit en réalité de savoir si ces adultes peuvent être des parents pour l’enfant. Je ne reviendrai pas sur cette question abordée ailleurs. D’autre part, si les parents sont uniquement des éducateurs, ils entrent en concurrence frontale avec l’État ! Celui-ci se trouve alors légitimé pour inspecter les foyers comme il inspecte déjà les écoles. Les familles perdent leur autonomie éducative, devenant des services décentralisés de l’État éducateur. Faudra-t-il envisager des familles sous contrat avec l’État ? des familles hors contrat ?

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14 commentaires leave one →
  1. Anne permalink
    23 janvier 2013 15 h 19 mi

    Flippant ! J’ai été voir les liens évoqués mais pas cités. Encore plus flippant.
    Bizarrement, je me demande si le rôle de l’école dans la rééducation des enfants ne devrait pas être beaucoup plus simple que cela. Sans parler de valeurs, de juste, de laic, de droits, de devoirs, ne peut-on s’en tenir à quelque chose comme ça:

    1. Tu éviteras de devenir dépendant de la télé, jeux vidéos, cigarettes, obsessions de tout genre
    2. Tu sauras dire non lorsque ta conscience te dit qu’il n’y a quelque chose qui ne va pas
    3. Tu couperas ta semaine et te reposeras le dimanche
    4. Tu respecteras ton père et ta mère. Tu respecteras ton prochain et surtout le plus faible.
    5. Tu ne tueras pas et tu respecteras ton corps et celui des autres
    6. Tu ne voleras pas
    7. Tu ne piqueras pas la copine de ton ami
    8. Tu ne médiras pas sur ton camarade
    9. Tu seras heureux pour l’autre et tu t’efforceras de ne pas jalouser.

    Bon, il m’en manque un. Mais est-ce que la répétition de ces « commandements » et sans cesse l’appel au respect de l’autre ne sont pas suffisants pour une rééducation de nos enfants ?

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    • René de Sévérac permalink
      23 janvier 2013 17 h 46 mi

      Bravo, Anne pour votre décalogue.
      Sauf qu’il part du principe que nous disposons d’une référentiel commun.
      C’est d’ailleurs ce que pense notre ministre (prof de philo ?).
      Quelques points révisables :
      2. « non lorsque ta conscience … » c quoi la conscience, Bouffon
      3. « reposeras le dimanche … » colonisateur, pourquoi pas le vendredi;
      4. « respecteras ton père et ta mère » ouais nique ta mère;
      5. « Tu ne tueras pas » Zyva, sauf les juifs ….
      (les juges de Toulouse l’ont bien compris en libérant Souad Merah)
      …. aller plus loi, je ne peux pas.

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  2. Anne permalink
    23 janvier 2013 20 h 48 mi

    OK, il faut pousser plus loin et dé-décaloguer pour ré-éduquer en toute laicité.
    2. La conscience, c’est quand tu ne te sens pas à l’aise, c’est tout. Ne fais pas ce que tu ne « sens » pas.
    3. Le dimanche ou le samedi, on n’est plus à ca près. Il faut que ce soit après la semaine de 5 jours et avant le retour au travail. C’est pas demain la veille que ça ne tombera pas un dimanche
    4. Celui qui nique sa mère, il nique son prof et ses camarades. Celui qui ne nique plus son prof et ses camarades arrêtera peut-être de niquer sa mère. Il doit y avoir un moyen plus poétique d’expliquer ça.
    5. Là, c’est plus la faute de l’école. Tu ne tueras point, à l’échelle de l’enfant, ça signifie respecter son corps et celui de l’autre (pas pousser, pas taper, etc).

    Bref, je suis plus optimiste que vous ! Enfin j’essaie. Et surtout je crois aux méthodes simples. Le respect, ça ne s’enseigne pas avec des mots mais avec des actes concrets dans les cours de récréation de maternelle.

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    • 23 janvier 2013 20 h 54 mi

      Vous êtes très inspirés les amis ! Anne optimiste, rien que ça c’est amusant !!
      Cela me fait penser que ce serait une sujet de billet intéressant : réécrivez le décalogues (vous avez trois heures).

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  3. Anne permalink
    23 janvier 2013 21 h 16 mi

    Et vous Nicolas 3 jours !

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  4. 24 janvier 2013 0 h 38 mi

    il me semble qu’on n’a plus qu’à attendre que ce gros truc qu’est l’éducation nationale, qui aurait pu fonctionner, s’effondre complètement.
    et entre temps, à s’organiser au mieux pour construire ou prévoir des modes de garde et d’éducation plus petits, plus simples, plus à l’écoute des parents, qui prendront le relais au pied levé le jour venu.

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  5. 24 janvier 2013 0 h 39 mi

    (pardon, d’*instruction*, plutôt que d’éducation.)

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  6. MJC49 permalink
    24 janvier 2013 9 h 07 mi

    ….. J’appelle cette gueuse : la destruction nationale, des profs pas respectés parce que non respectables. Des programmes nullos, faits pour des profs nullos. Un bachelier à 8 de moyenne, donnera forcément un prof minable et sous-cultivé. Vive l’Ecole Libre et…. surtout Hors-Contrat. Non, je ne veux pas que mes petits-enfants soient « mélangés » au nom du laïcisme intégriste et de la culture de caniveau des gouvernements de droite ou de gauche. Pas d’illusions : ce ministère aura disparu dans 20 ans pas plus, par la faute de ceux qui auraient du se mettre à son service. Même Dieu le Père ne peut rien pour ces gens-là, tellement ils sont obtus et bornés.

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  7. 2 février 2013 17 h 45 mi

    Le discours de l’Ecole et sur l’Ecole est lui-même très contradictoire : on cherche à développer l’autonomie (il apparaît explicitement dans le nouveau cadre du « socle commun ») alors que le contrôle évaluatif le nie ; n’a-t-on pas chercher à noter la « vie scolaire » ?. Le système français conduit à l’anomie de ses acteurs. S’intéresser donc à travailler l’autonomie des apprenants, c’est donc, selon les conceptions et les valeurs de chacun, au pire introduire un virus dans le système, au mieux, changer de cadres de références et trouver de nouveaux points d’appui pour les enseignants. Notre système a peut-être moins besoin de réformes que de changements de pratiques, à tous les étages de la maison. Je me rappelle une instruction accompagnant un programme de discipline il y a quelques années : « faire en sorte que le temps du cours soit le travail de l’élève ». Cela reste d’actualité ? Chiche ?

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