Skip to content

Annuntio vobis gaudium magnum

14 mars 2013

FrançoisHabemus Papam : nous avons un pape, nous reconnaissons Jorge Mario Bergoglio comme pape, évêque de Rome et premier parmi les évêques. Nous allons apprendre à le connaître sous le nom de François. C’est une grande joie pour l’Église catholique et les fidèles.

Son élection semble avoir créé la surprise. Il faut dire qu’il était donné à 33/1 sur les sites de paris en ligne ! Et puis il n’était pas de la Curie !! L’essentiel de ce qui a pu être dit pendant ces dix derniers jours n’avait pas grand chose à voir avec la réalité de ce qui se passait au sein de l’Église. Vous allez me dire que je n’étais pas dans la Chapelle Sixtine, ni même à Rome… C’est vrai mais je prétends être dans l’Église et avoir une idée ou deux sur ce qui s’est passé humainement mais aussi au-delà. L’élection d’un pape est un fait humain, naturel, nécessaire dans cette société particulière qu’est l’Église catholique, mais elle est aussi un évènement spirituel. Ce n’est pas qu’un évènement politique ; c’est une célébration liturgique qui implique toute l’Église et non seulement les 115 cardinaux électeurs. Et c’est pour cela que je suis heureux de cette élection et ce, il faut bien l’avouer, alors que je n’avais jamais prêté la moindre attention au primat argentin ! Il faut dire qu’il a écrit beaucoup moins de livres que Joseph et qu’il reste discret à la Curie…

J’avoue tout aussi franchement que j’aime déjà notre nouveau pape. Évidemment, en moins d’une heure de grands journalistes d’investigations ont trouvé la casserole qui restera attachée à la soutane du saint Père, comme la jeunesse nazie de Joseph Ratzinger ou les liens de Karol Wojtyla avec le KGB : Provincial des jésuites durant une partie de la dictature militaire argentine, Jorge Mario Bergoglio aurait été trop conciliant avec la junte au pouvoir allant jusqu’à lui prêter main forte y compris pour lui livrer certains de ces frères jésuites. En réalité, il faut bien avoir conscience que le souci du Provincial sud américain était surtout d’éviter une politisation radicale de la Compagnie de Jésus dont la base était très attirée par la théologie de la libération prônant une alliance avec les forces marxistes fortement implantées dans cette région. Il devait préserver sa famille d’une telle dérive tout en ne collaborant pas avec les militaires. Cela devait nécessairement déplaire à tout le monde. Et ce n’est pas pour rien qu’il a finalement été mis au placard pendant une dizaine d’années avant que Jean-Paul II l’en sorte pour le faire évêque. On notera que le placard semble avoir pris la forme d’un confessionnal car l’ancien Provincial a beaucoup confessé pendant ses années de retraite. Il n’est pas possible que cela n’ait pas une influence décisive sur sa personnalité et sa connaissance de l’humanité, même si tout jésuite est un puissant confesseur ! Lors de son opposition avec Nestor Kirchner, le regretté époux et prédécesseur de Christina Kirchner (actuelle présidente de la République d’Argentine), il n’est donc pas étonnant que ce passé ait été ressorti pour tenter de saper l’autorité de celui qui était considéré par la gauche argentine comme le principal opposant!

Si j’aime déjà notre nouveau pape, c’est surtout parce qu’il apparaît déjà comme le successeur et le complément de Jean-Paul II et de Benoît XVI. Dans un mail reçu ce matin pour inviter à une messe d’action de grâce, j’ai lu ce qui restera sans doute une source de méditation pendant ce pontificat :

Jean-Paul II nous a fait rentrer dans l’Espérance,
Benoit XVI dans la Foi,
François nous fait rentrer dans la Charité.

Car ce Cardinal Archevêque est proche des pauvres ; désertant son palais épiscopal pour vivre dans un appartement, il est déjà appelé le pape qui prend le métro. Ce qui est approximatif : il prend le bus aussi ! S’il n’a jamais été adepte de la théologie de la libération, il est manifestement un connaisseur et un praticien de la doctrine sociale de l’Église. De ce point de vue, il n’est pas douteux que Caritas in veritate connaîtra de nouveaux prolongements sous le nouveau pontificat. Le choix du nom François est manifestement un signe de cette charité qui habite le nouveau pape. La référence au Povorello est évidente même s’il est impossible d’oublier la figure de saint François-Xavier, un des premiers jésuites, ou encore d’ignorer saint François de Sales. Notre pape François (pas François Ier car il n’y a pas encore de François II !) a manifestement été inspiré dans le choix de son nom ; il le sera aussi, en fidélité avec ce choix fondateur, dans son action pontificale.

Il fera certainement encore plus ressortir la cohérence de la pensée de l’Église : il est impossible de défendre la dignité de la personne sans protéger les plus faibles qu’il s’agisse de l’enfant à naître, du travailleur ou de l’étranger. Il n’est donc pas surprenant que cet ami des pauvres ait été dans le même mouvement le défenseur de la vie à naître et de la famille dite traditionnelle. Tout cela se tient. J’imagine d’avance la déception de ceux qui cèdent à l’illusion d’un pape progressiste : ce qu’ils appellent conservatisme moral est en totale cohérence avec la pensée sociale chrétienne. Pasteur proche des pauvres et intime de l’humanité, il ne semble pas pour autant céder au moralisme : il a fermement rappelé à l’ordre les prêtres qui refusaient l’accès aux sacrements aux mères célibataires ou à leurs enfants. Il a également lavé les pieds de personnes atteintes du sida lors d’une célébration du jeudi saint. La fraternité (mot prononcé quatre fois par le nouveau pape hier soir) est indivisible.

Sa tâche est immense. Peu familier de la Curie, il ne faut pas s’imaginer que sa timidité soit un signe de faiblesse : sa vie montre qu’il n’est pas dépourvu de caractère et de force malgré une santé fragile depuis sa jeunesse. Il aura besoin de toute l’Église pour supporter le poids de sa charge. Si le pape François a demandé au peuple d’implorer la bénédiction du Seigneur, ce n’est pas seulement hier soir sur la Place Saint-Pierre ; c’est tous les jours que Dieu lui donnera pour accomplir sa mission.

Advertisements
5 commentaires leave one →
  1. Anne permalink
    14 mars 2013 17 h 13 mi

    Excellent résumé. Je l’ai fait suivre. Moi aussi j’aime bien la phrase d’invitation à la messe d’action de grâce.

    J'aime

  2. 14 mars 2013 18 h 08 mi

    Moi aussi, j’ai bien apprécié cette synthèse.
    Et Dieu sait que j’ai passé une bonne part de la journée à visiter des blogs et autres papiers sur Internet.
    Merci, Thomas More.

    J'aime

  3. Pierre Tissier permalink
    14 mars 2013 18 h 17 mi

    Je voudrais ajouter que le choix du nom de François est symbolique à plus d’un titre. On a tout d’abord quelque raison de penser qu’il s’agit pour le pape de se placer sous le patronage de François d’Assise. Mais il y a aussi François de Salles, et d’autres comme François de Paule et les saints jésuites François Xavier et François Régis… Dans tous les cas ce choix est symbole d’une ouverture sur le grand large du monde et d’une attention portée au respect de la Création. Je remercie Madame Merkel de l’avoir souligné dans son mot d’accueil: elle souhaite que le Pape François travaille à la justice et à la paix dans le monde et « à la sauvegarde de la création ».

    J'aime

  4. 15 mars 2013 1 h 38 mi

    j’espère qu’il sera mieux que Benoit 16, car il me faisait vraiment peur, alors que JP II lui m’offrait beaucoup de réconfort.

    J'aime

Trackbacks

  1. Et si François reléguait la cathophobie au rayon des fantasmes ? | Le blog d'Henry le Barde

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :