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Dialogue du réconfort dans les tribulations

27 mars 2013

Saint Thomas More était un homme de la Renaissance, l’un des premiers authentiques écrivains de langue anglaise. Son Dialogue du réconfort dans les tribulations est une œuvre spirituelle forte, belle et touchante et sans doute aussi l’un des premiers chefs d’œuvres de la littérature anglaise. On y retrouve tout ce qu’il est possible d’apprécier chez Thomas More : la simplicité, la profondeur de la spiritualité, la connaissance des Écritures et bien sûr une dose d’humour. Le Dialogue, quasi platonicien, met en scène un oncle, Antoine, et son neveu, Vincent, dans Budapest sur le point d’être atteinte par les Turcs. L’ouvrage est présenté comme ayant été écrit en latin par un Hongrois, traduit du latin en français puis du français en anglais. Encore un bonne blague de saint Thomas taquin…

Pourtant, son argument n’est sans doute pas évident à entendre pour nous aujourd’hui:

toute épreuve nous est envoyée pour notre bien, et peut nous faire du bien, à moins que nous le refusions (Livre I, Chap. VII).

nos épreuves sont doublement curatives : elles nous guérissent des fautes passées et nous préservent des fautes futures (Livre I, Chap. IX).

Les épreuves de la vie peuvent constituer autant d’occasions de rencontrer Dieu. A priori, cela n’a rien d’évident et il peut sembler aisé au bien portant vivant confortablement d’affirmer sans trembler une telle chose. Heureusement, ce n’est pas moi qui le dit ! C’est Thomas More himself. Il écrit cela en 1534, pendant sa pénible captivité dans la Tour de Londres précédent son exécution en juillet 1535. Toute épreuve est source d’une consolation plus grande encore. Au-delà de ce qui pourrait apparaître comme une forme de dolorisme, Thomas More nous montre la voie du réconfort. Là où certains ne voient que la plaie, il montre l’amour donné et le réconfort reçu. Dieu réconforte ceux qui peinent dans leur corps ou dans leur esprit. La conscience de cette sollicitude est déjà un remède à notre peine :

Je prierai pour obtenir le premier réconfort, savoir : le désir d’être soutenu par Dieu. Car le désir d’être réconforté est aussi indispensable à un affligé que la volonté de guérir à un malade…

Et quel merveilleux réconfort nous éprouvons alors à sentir en ce désir même le signe que Dieu s’attache à nous sauver !

Son Dialogue tend à réconforter ses proches, femme et enfants, mais aussi à affermir dans la foi ceux du peuple qui pourraient le lire. Il espérait d’ailleurs que ces lecteurs soient nombreux (d’où l’usage de l’anglais de préférence au latin) malgré les conditions de rédaction de son œuvre finie au charbon de bois après qu’on lui a retiré plumes et encre. Thomas More savait que ses jours étaient comptés. Il place dans la bouche d’Antoine, l’oncle âgé qui sait sa fin prochaine :

Je ne puis trouver meilleure comparaison que celle d’une chandelle presque entièrement brûlée. On pourrait la croire éteinte, car le bord du chandelier en cache la flamme, mais parfois cette flamme s’élève un peu et donne une brève lumière, jusqu’à ce qu’enfin elle s’éteigne complètement. C’est ainsi que bien souvent je crois ma mort proche, et puis j’ai quelques bons moments, comme maintenant. On pourrait croire que ces bons jours vont durer. Mais je sais que je n’en ai plus pour longtemps et même si je vous parais vraiment mieux portant, je tiens chaque jour pour mon dernier.

Le réconfort se trouve en Dieu et repose sur la foi :

Antoine : Puisque tout véritable réconfort doit venir de Dieu, nous devons supposer chez celui que nous venons réconforter une base sur laquelle nous appuyer. Cette base c’est la foi. Sans la foi, inutile d’espérer apporter quelque réconfort spirituel. Ce serait aussi vain que d’essayer de raisonner un dément…
Vincent : En vérité, mon cher oncle, la foi me paraît à moi aussi primordiale et même tellement indispensable que sans elle tout réconfort spirituel serait absolument vain. Je prierai Dieu de me donner une foi vive et entière.

Thomas More sait bien lorsqu’il écrit cela que la richesse, la prospérité, le pouvoir, l’honorabilité et les possessions ne sont d’aucun réconfort dans les tribulations, ces peines du corps et de l’esprit. Non pas qu’il faille systématiquement les mépriser et les tenir pour rien. Il faut cependant les considérer en vue de la vie à venir. On trouve chez Thomas une idée chère à Saint François de Sales : le chrétien n’est pas celui qui fait des choses merveilleuses radicalement différentes des mécréants ; il est celui qui fait tout ce que fait un homme ou une femme ordinaire mais qui le fait différemment.

La persécution, l’emprisonnement et la menace de la torture sont présentes dans les derniers chapitres du Dialogue. L’approche des Turcs et des persécutions est évidemment un symbole de l’emprisonnement et des tourments infligés à Thomas More par Henry VIII et Cromwell. Il trouve son propre réconfort en Dieu et dans la méditation de la Passion et de tous les saints prisonniers de la Bible (Joseph, Daniel et Jean-Baptiste en particulier) :

rappelez-vous que Notre-Seigneur lui-même fut fait prisonnier pour nous. C’est dans cette situation qu’il fut emmené, enfermé et conduit devant Anne, puis, d’Anne à Caïphe, de Caïphe à Pilate puis à Hérode, puis d’Hérode de nouveau à Pilate. Il fut ainsi captif jusqu’à la fin de sa Passion. Son emprisonnement ne fut pas long, mais il y dut subir autant de ces mauvais traitements qui nous épouvantent que bien des gens pendant un temps plus considérable. Réfléchissons que c’est pour nous qu’il souffrit ainsi et alors, à moins d’être vraiment vils, nous ne serons pas assez lâches pour le renier dans notre crainte de la prison, ni assez fous pour lui donner, par notre reniement, l’occasion de nous renier. Ce serait fuir une prison pour se précipiter dans une autre, bien pire (Livre III, Chap. XX).

La fin du Dialogue ouvre ainsi sur la toute dernière œuvre, inachevée, de Thomas More : La tristesse du Christ dans laquelle il médite Gethsémani. Mais il est loin de désespérer ; il conserve jusqu’à la fin une totale confiance, une joie profonde dans l’espoir d’être aimé de Dieu :

Voyons, comment pouvez-vous vous prétendre triste et abandonné, vous qui faites partie de son troupeau, quand le Christ, son Esprit-Saint, et avec eux le Père ne vous quittent ni de la longueur d’un pas ni de la durée d’une minute, si vous avez confiance en eux ?

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2 commentaires leave one →
  1. Curmudgeon permalink
    29 mars 2013 19 h 31 mi

    Thomas More a beaucoup de qualités, mais dans quel sens peut-on dire qu’il était « l’un des premiers authentiques écrivains de langue anglaise » ? La littérature anglaise avait au moins cinq siècles d’existence antérieure, avec des chefs d’œuvres d’écrivains parfaitement « authentiques ».

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    • 29 mars 2013 23 h 36 mi

      C’est une formule que j’ai du prendre chez Mulliez ou Marc’hadour. Il est vrai que la littérature anglaise avait déjà chez quelques lettres de noblesse dont Chaucer qui est bien antérieur à Thomas More (en tout cas plus franchement médiéval?). Notez bien tout de même « l’un des premiers » (on se rattrape comme on peut).
      Je pense que vous en savez plus que moi sur ce le sujet ! Thomas More pourrait avoir un statut un peu équivalent de ce point de vue (toute chose égale par ailleurs) à Villon ou Rabelais. Il a donné une œuvre originale et humaniste dans en langue populaire et non seulement en latin. Mais je me trompe peut-être…

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