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Oui-Oui au Pays du droit

1 avril 2013

oui_oui_2000_pays_jouetsTout super-héros a une origine, plus ou moins merveilleuse ou mystérieuse. Les numéros de Strange Special origines étaient parmi les plus appréciés des fans. Oui-Oui au pays des jouets est le premier volume des aventures de Oui-Oui écrit par Enid Blyton qui nous donne les origines d’un de nos héros préférés. Ce chef d’œuvre de la littérature universelle d’une densité dramatique peu égalée aborde avec délicatesse quelques unes des grandes questions qui travaillent notre humanité. Je me contenterai ici d’aborder quelques aspects juridiques de cette œuvre. Avant d’aborder la question centrale de l’identité de Oui-Oui, il faut décrire succinctement l’environnement juridique du Pays des jouets.
L’environnement juridique du Pays des jouets. Le Pays des jouets est, comme son nom l’indique, un lieu ignoré des humains mais pourtant situé à proximité de leur monde. On y va en train ou en bicyclette sans moyen magique explicite ; il n’y a pas de quai 9 ¾ pour embarquer vers Miniville. Ce premier volume donne quelques indications sur la structure de la société des jouets. Bien qu’il y ait une forme de vie communautaire, sans doute plus marquée à Guignolville qu’à Miniville, l’individu est reconnu en tant que tel. La propriété privée existe même si les règles d’attribution de la propriété foncière restent obscures. En effet, lorsque Oui-Oui cherche à s’installer, il cherche d’abord une maison libre ; puis, face à l’insuccès de ses premières recherches, il se décide à construire sa maison-pour-soi-tout-seul avec l’aide de Potiron. S’il achète bien les matériaux de construction (une maison phénix une boite de jeu de construction), le terrain est simplement désigné comme un espace libre entre deux maisons existantes. Rien n’est dit du droit de l’occupant, d’une éventuelle publicité foncière… C’est assurément le signe d’une vie juridique assez simple.
Les relations commerciales et juridiques sont largement calquées sur celles connues dans le monde des humains. L’argent existe et semble couramment utilisé. Les achats se font auprès d’opérateurs privés sur un marché apparemment libre. La concurrence semble jouer sans violence et essentiellement par les prix (le marché est réputé moins cher que les magasins, du moins pour le textile).
Le droit des contrats semble assez rudimentaire mais connaît les figures classiques et essentielles de la vente mobilière (Oui-Oui achète ses vêtements et sa maison-pour-soi-tout-seul ; en revanche, nous avons vu que le terrain est soumis à une sorte de loi d’occupation) et du prêt (Oui-Oui emprunte auprès de Potiron les sommes nécessaires à son installation).
Il existe bien entendu un espace non marchand, très convivial, constitué d’hospitalité et de goûters festifs.
L’identité de Oui-Oui. L’identité de Oui-Oui est au cœur de ce premier épisode. Nous apprenons rapidement qu’il est une création du père Taillebois mais qu’il s’est échappé de la demeure de son créateur car il n’appréciait pas le lion que venait de construire celui-ci et car il voulait vivre dans « un endroit où il y a des tas et des tas de gens ». Paradoxalement, c’est sa sociabilité qui a conduit Oui-Oui à s’enfuir pour se retrouver au milieu de nulle part jusqu’à ce que Potiron tombe sur lui.
La question essentielle posée par l’œuvre ouvrant le cycle épique des aventures de Oui-Oui est de savoir si Oui-Oui est un jouet ou non. C’est donc une question d’identité. D’une certaine façon, Oui-Oui au Pays des jouets est une forme d’anti-Pinocchio où Oui-Oui lutte pour accéder à son statut de jouet. Là où Pinocchio luttait pour devenir un véritable petit garçon, Oui-Oui se bat pour sa jouetude ! La reconnaissance de son statut de jouet l’autorisera à rester au Pays des jouets et à construire, maintenir et renforcer son réseau de sociabilité à peine en germe. Car la loi fondamentale, expressément invoquée dans l’œuvre, est que seul un jouet peut résider au Pays des jouets.
Cela ne se fait pas sans difficultés. A peine arrivé, la confrontation à la loi à travers le gendarme questionne Oui-Oui sur son identité. Or personne n’est témoin de l’origine de Oui-Oui. Personne n’est garant de son état civil ! Cela semble pourtant le lot commun des jouets : pour être reconnu comme tel il faut qu’un enfant ait joué avec lui. Il n’est pas évident par conséquent que les jouets naissent au Pays des jouets… Oui-Oui n’a même pas de nom lorsqu’il rencontre Potiron. C’est d’ailleurs Potiron lui-même qui le baptisera du nom de Oui-Oui lors de leur première scène d’intimité (à vélo). Potiron devient en quelque sorte le père de Oui-Oui, avant même de ressentir de l’affection pour lui (cela viendra quelques pages plus loin).
Lorsqu’il est interrogé sur son identité de jouet, Oui-Oui n’ose pas s’affirmer. Face au gendarme, il dit je crois, je suis presque sûr que je suis un jouet… Il reprendra le même discours peu assuré devant le juge. Car l’incertitude sur l’identité de Oui-Oui doit être tranchée par le droit. Le soir même, Oui-Oui est convoqué devant le juge de Miniville pour que son sort soit tranché : Oui-Oui est-il un jouet ou un bibelot ? A-t-il sa place au Pays des jouets ? Au cours de l’audience Oui-Oui est sommé de se défendre ; il le fait de manière vague et maladroite, largement desservi par sa tête montée sur un ressort qui dodeline sans cesse rendant équivoque sa déposition (Oui-Oui au Pays des jouets est ainsi également une œuvre sur le drame de la communication et ses implications dans un contexte judiciaire). La procédure est peu formelle. S’il n’est pas sûr qu’elle respecte les canons de l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme, elle ne présente pas de traits choquants. Et d’ailleurs, soit dit en passant, il est très douteux que la CEDH s’applique au Pays des jouets ! Quoi qu’il en soit, la justice semble assez paisible ; lorsque la foule s’enflamme pour Oui-Oui, le juge réclame le silence.

Potiron dépose en faveur de son nouvel ami. La conviction du juge semble emportée par les preuves de cette rapide insertion de Oui-Oui au sein de la société du Pays des jouets (et singulièrement de Miniville). Mais il ne suffit pas d’être jouet ; il faut encore être un bon jouet ! Pas de place pour les méchants au Pays des jouets (en revanche, rien n’est dit du sexe et du genre de Oui-Oui) !! On a beau dire, mais les exégètes ne sont pas unanimes sur ce point, on ne peut se défaire de l’impression que le juge vient de découvrir une nouvelle règle au cours de l’audience. Il est vrai que les jouets de Miniville sont pleins de bonté et que la malice est essentiellement représentée par les lutins. Mais y avait-il vraiment une telle règle avant que le juge ne l’énonce à l’audience ? Le mystère restera sans doute entier…
Heureusement Oui-Oui qui avait pourtant commis une énorme bévue en libérant les animaux de l’Arche de Noé, avait sauvé une petite poupée d’un lion pas méchant pour deux sous mais menaçant. Le témoignage de la maman de la petite poupée achève de convaincre le juge de la bonté et du courage de Oui-Oui qui gagne ainsi son statut de bon jouet autorisé à résider au Pays des jouets.

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2 commentaires leave one →
  1. Curmudgeon permalink
    5 avril 2013 16 h 23 mi

    J’ai fait une petite publicité à cette merveilleuse analyse juridique.

    J'aime

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