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Cachez cet embryon que je ne saurais voir…

10 décembre 2012

Embryon_Lejeune

La présence de la campagne de la Fondation Lejeune dans les pages d’un journal dont l’idéologie est assez éloignée de la protection de la vie a suscité ces dernières heures une réaction dont l’ampleur est proprement hallucinante ! Hallucination, c’est bien le mot. Cette campagne a pour but d’attirer l’attention sur les contradictions de notre législation en matière de protection de la vie humaine à ses débuts, et notamment sur la proposition de loi relative à la recherche sur l’embryon votée la semaine dernière par le Sénat. Pourtant par un étrange phénomène, qui tient précisément de l’hallucination collective, des idéologues ont vu dans cette publication une campagne anti-avortement (V. le micro-trottoir-caniveau de l’Express). Or à aucun moment le mot n’est prononcé, ni la réalité désignée… seule la protection de l’embryon contre le destin qu’on lui trace comme matériel de laboratoire est directement pointée !

Voici les trois textes accompagnés de l’image d’un embryon humain et d’une photo d’animal (baleine, souris ou ours) :

Demain en France l’embryon humain
sera moins protégé par la loi
que certains embryons d’animaux.

Pour éviter la recherche sur l’animal
on utilise l’embryon humain
comme matériau de laboratoire.

On arme des bateaux
pour défendre des baleines
alors qu’on laisse les embryons sans défense.

La Fondation s’est très clairement expliquée avant même de lancer sa campagne la semaine dernière sur son projet (ici aussi). Son objet est de montrer que la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines, éthiquement contestable, n’est pas nécessaire car elle s’avère très décevante et déjà dépassée. Rien d’autre mais c’est déjà énorme car c’est là le vrai, le seul, sujet d’actualité, même si presque personne n’a vraiment prêté attention à cette réforme en cours. La recherche sur l’embryon et l’avortement sont deux sujets différents, qui n’ont pas de lien nécessaire et direct. La preuve, la recherche sur l’embryon a été rigoureusement interdite pendant près de trente ans alors que l’avortement était légalisé !

Les premiers échanges sur cette campagne ont parfois fort mal tourné. Entre remise en cause de la liberté d’expression et attaque personnelle, se sont glissés des procès d’intentions. L’image même d’un embryon en a visiblement choqué plus d’un. C’est un scandale, en effet, d’oser montrer une telle image digne des pires extrémistes pro-vie américains ! Qu’une telle photographie suscite un tel déchainement est bien la preuve que nous avons du mal à voir les choses personnes en face… la réalité se donne à voir et elle paraît violente à ceux qui vivent dans le déni. Comment ne pas être frappé en outre par ce paradoxe moderne : les gens se pressent pour voir leurs petits à l’échographie mais ne peuvent supporter l’image d’un embryon sur un journal. Soit dit en passant, on ne mesure sans doute pas assez l’influence, ambiguë, de la pratique de l’échographie sur notre conception de la vie.

Les excuses de la rédaction du Nouvel Observateur, le journal par lequel le scandale est arrivé, ajoutent encore au ridicule. Quelle étrange conception de la liberté d’expression ! Quel symptôme de la faiblesse de la presse contemporaine !

Que la Fondation Lejeune soit favorable au respect de la vie, qui pourrait le lui reprocher ? Elle est fidèle, c’est vrai, à celui dont elle porte le nom : Jérôme Lejeune. Je me souviens très bien de la conférence qu’il était venu faire à la fac en marge d’un cours de droit de la famille. Je ne le connaissais pas mais j’ai été touché par son humanité qui rejoignait l’expérience que je commençais tout juste à vivre avec une troupe de jeunes trisomiques. Eux qui ont eu un rôle décisif dans ma vie…

Les attaques contre la personne et l’œuvre de Jérôme Lejeune sont le plus souvent indignes. Elles tentent de réduire la personne à un illuminé intégriste alors qu’il était un authentique savant. Pour mémoire, il a reçu le Prix Kennedy en 1962 et le William Allan Award  et n’a sans doute manqué le Prix Nobel qu’en raison de ses propos hostiles à l’avortement. Il fut le premier professeur de génétique à la faculté de médecine de Paris. Son engagement pour la vie découlait d’ailleurs de sa raison avant de rencontrer sa foi. Celle-ci lui a donné la force de ne pas renier les leçons tirées de sa science, la force de soigner ses petits patients plutôt que de les éliminer. Il n’est donc pas étonnant que Jérôme Lejeune ait été l’ami de Jean-Paul II, le Pape qui aimait la vie, défenseur de la foi et de la raison.

Si la foi n’est pas partagée par tous, comment faire pour vivre ensemble si même la raison déserte notre société ?

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10 commentaires leave one →
  1. Yogi permalink
    10 décembre 2012 16 h 52 mi

    L’autorisation du Sénat porte sur des cellules totipotentes ayant 5 jours d’existence maximum, et non sur des foetus de quelques mois comme sur la photo de la pub. Ce n’est donc pas de ce débat qu’il s’agit, ou alors avec la volonté de tromper le lecteur. Un embryon de 5 jours n’est pas une personne ; étant constitué de cellules totipotentes il peut donner lieu à de 0 à N jumeaux. Qu’il soit « sacré » pourquoi pas, mais l’assimiler à un être humain est une tromperie. Autant mettre la photo d’un nouveau-né.

    L’autorisation du Sénat porte sur des expérimentations sur des embryons « surnuméraires » qui sont sur le point d’être détruits, ce qui ne change rien à la défense de leur sort final. Ce n’est donc pas de ce débat qu’il s’agit, ou alors avec la volonté de tromper le lecteur.

    • 10 décembre 2012 17 h 10 mi

      Est-ce que vous êtes sûr aussi que c’est bien une baleine ?
      L’embryon est un être, vivant et n’est pas une souris ou un chien ; c’est un être vivant humain qui mérite le respect. Et c’est vrai le premier acte de respect pourrait être de ne pas le fabriquer comme on le fait pour le plonger dans l’azote liquide.
      Il n’y a pas de volonté de tromper mais d’illustrer. L’être n’est pas différent au stade embryonnaire ou par la suite… Il s’agit d’interpeler et non de faire une présentation à l’Académie.
      Quant aux jumeaux, ils se séparent d’une souche qui poursuit son propre développement et il n’y a pas éclatement de l’individu (si j’ai bien compris). Ce n’est donc pas un argument.

  2. Aristote permalink
    10 décembre 2012 17 h 44 mi

    @ Yogi

    Vous êtes sur tous les fronts. :-)

    • Yogi permalink
      10 décembre 2012 21 h 28 mi

      Un ovule fécondé peut donner lieu de 0 à n jumeaux homozygotes. Il est une « usine » à fabriquer des êtres humains dotés d’un génome particulier, mais il n’est pas lui-même l’une de ces personnes potentielles. Pendant toute la durée où il garde ses capacités totipotentes le zygote pourra donner lieu à zéro, un, deux, ou plus humains, ce nombre n’étant pas déterminé à l’avance et pouvant varier, à la hausse comme à la baisse, pendant une bonne dizaine de jours.

      De même qu’une usine de voitures n’est pas une voiture, un zygote de quelques jours n’est pas un être humain. On peut vouloir lui donner un statut particulier, mais pas celui « d’être humain ».

  3. Philippe permalink
    11 décembre 2012 21 h 21 mi

    @Yogi : admettez au moins qu’on peut y voir un processus vital d’humanité en devenir, que ce processus conduise ensuite à la formation de plusieurs individus est une autre question. Cette vitalité n’est pas celle d’une chose ou d’un animal. Dès la fécondation, l’oeuf contient en lui-même ce processus inné. Il ne produit pas, il devient. Pour ce qui est de votre analogie, je n’ai jamais vu une entreprise de voitures devenir une voiture.

  4. Artemis permalink
    11 décembre 2012 21 h 22 mi

    A Yogi,

    Et vous, vous n’avez pas été une « cellule totipotente ayant 5 jours » à un stade de votre vie? Que vous serait-il arrivé si on avait fait des expérimentations sur vous?

  5. Yogi permalink
    11 décembre 2012 23 h 40 mi

    @ Philippe : Oui, j’ai bien dit qu’on pouvait donner un statut spécial au zygote humain, mais différent de celui de « être humain », ce qu’il n’est pas. Il est autre chose.

    Quant à « l’usine de voiture », ce ne sont pas non plus les machines-outils elles-mêmes qui se transforment en voitures. Ce sont les limites de la comparaison entre les phénomènes biologiques et mécaniques.

    @ Artemis : Ben je serais (peut-être) mort … Et donc ? Croyez-vous que ma/notre/votre venue au monde présentait un caractère obligatoire, inévitable, nécessaire ?

  6. Loupiote permalink
    4 janvier 2013 14 h 12 mi

    Je m’inquiète d’une société où, en définitive, la vie n’a de valeur qu’en raison du désir de ceux qui seront juridiquement les parents et où si ce désir disparaît, elle peut être supprimée, parfois après avoir servi de matériel de laboratoire…

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