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La passion de saint Thomas More

21 juin 2010

Certains lecteurs m’ont fait remarquer qu’ils aimeraient en savoir plus sur Thomas More. L’occasion m’est donnée de parler un peu du patron de ce blog : c’est aujourd’hui que l’Eglise catholique fait mémoire de celui qui a su toute sa vie pratiquer le droit et la justice, exercer les plus hautes responsabilité politique sans trahir sa foi. Les anglicans eux-mêmes le fêtent mais un peu plus tard en juillet. Des livres savants ont été écrits sur ce grand saint. Je reviendrai simplement sur certains points de sa passion.

Thomas More en prison. Thomas More fût emprisonné dans la célèbre Tour de Londres pendant un peu plus d’un an. On devinera que les conditions de sa détention était difficile. Sa santé s’est dégradée et il a cru plusieurs fois qu’il ne verrait pas son procès. En réalité, il en aurait presque été libéré tant il redoutait de voir Henri VIII, qu’il a toujours servi fidèlement, contraint de le faire condamner à mort. Sa double fidélité au Roi et à la Foi lui a dicté le choix du silence, à l’image du Christ lors de son procès : il a toujours refusé de prêter le serment que l’on attendait de lui mais sans jamais en expliquer les raisons. Il refusait de reconnaître le Roi comme chef de l’Eglise d’Angleterre mais sans jamais remettre en cause son autorité temporelle.

Pendant sa détention, il a médité sur la mort et a pu écrire, au moins pendant un temps, plusieurs ouvrages. Il a en particulier écrit La tristesse du Christ, une méditation sur la passion du Christ de la fin de la Cène à l’arrestation. Thomas More savait que Dieu avait fait l’expérience de la fragilité humaine et de la solitude face à la mort. Il a connu le combat de l’homme qui avance vers la mort, l’Agonie. Il a pu notamment échapper au martyre prétentieux. Longtemps en effet, il a craint de ne pas être assez fort et de ne pas mériter le martyre. Thomas More n’a pas recherché le martyre, conscient que chacun doit chercher à sauver sa vie tant que son salut n’est pas menacé. Philippe Godding rapporte, dans sa Petite vie de Thomas More, que le promoteur de la foi a tiré argument des réponses évasives du prisonnier pour lui dénier la qualité de martyr. Thomas More est resté pendant toute sa détention ce qu’il a toujours été : un bon père et un bon mari, un humaniste et un fervent chrétien. C’est sans doute son comportement pendant cette période qui peut nous apprendre le plus aujourd’hui. Thomas More a découvert dans sa geôle le tout au ciel, pendant divin du tout à l’égout (Chez Fabrice Hadjadj dans Réussir sa More mort)

Le procès de Thomas More. Le procès de Thomas More ne s’est évidemment pas déroulé selon les canons de l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme. Les juges avaient pour la plupart un intérêt direct à sa disparition. Figuraient parmi eux plusieurs membres de la famille d’Anne Boleyn… L’acte d’accusation lui reprochait d’être resté silencieux quand il lui était demandé s’il reconnaissait le Roi comme chef de l’Église d’Angleterre mais aussi d’avoir dénié au Parlement le droit d’imposer le Roi comme chef de cette Église. Si le premier point est indéniable en fait, il était difficile d’en faire un motif de condamnation, le second aurait été bien plus compromettant s’il était avéré. En réalité, l’unique témoin (mais cela suffisait) a menti. C’est une des erreurs de la série The Tudors que de faire effectivement prononcer ces paroles à Thomas More (l’erreur est relevée par Arthur Kincaid dans Moreana Vol. 45, n° 175, p. 242).

Condamné, Thomas More reprend la parole avant le prononcé de la peine, suivant en cela un usage qu’il dut rappeler à ses juges. Son dernier discours éclaire toute sont attitude des mois précédents. Il est, me semble-t-il très bien rendu par ce passage de A man for all seasons (rien à voir évidemment avec The Tudors).

L’exécution. Thomas More est condamné à mort mais sa peine est aménagée : il échappe à la dépendaison à moitié mort, à l’éviscération, à la décapitation et à l’écartèlement… Bref, pour faire court (si j’ose dire), il est condamné à être décapité. Même lors de son exécution Thomas More a conservé son légendaire sens de l’humour. Alors qu’il montait à l’échafaud, il sollicita l’aide de l’officier qui le conduisait ajoutant

pour ce qui est de descendre, je m’en tirerais bien tout seul

C’est à nouveau une erreur dans la série des Tudors : le faux pas lors de l’ascension de l’échafaud n’est accompagné d’aucune parole humoristique. Voici tout de même la scène qui reste très forte malgré ses défauts.

Thomas More a réussi sa mort ; preuve qu’il a réussi sa vie si l’on veut bien suivre la belle démonstration de Fabrice Hadjadj (Réussir sa mort).

Saint patron  des responsables de gouvernement et des hommes politiques, Thomas More est un laïc à la personnalité unifiée qui a choisi la voie étroite de l’obéissance au roi et à l’Église, alors en conflit. Il a su affirmer les limites du pouvoir de l’État tant à l’égard de l’Église qu’à l’égard de la personne et de sa conscience. Il faudrait sans doute méditer sa vie et son engagement aujourd’hui où la question de l’engagement des chrétiens en politique se pose avec tant d’évidence.

Pour terminer, j’aimerais simplement reproduire une prière que Thomas More a écrite en prison en marge de son livre d’heures

Donne moi ta grâce, Seigneur bon,
de tenir pour rien le monde
De tenir mon esprit fixé en Toi,
et de ne pas flotter au souffle des bouches humaines;
De m’accommoder à la solitude,
De n’être pas avide de compagnie mondaine,
Peu à peu de rejeter le monde
et de libérer mon esprit de son tourbillon;
De ne pas être avide de ses nouvelles mais dégouté de ses vanités;
Joyeusement de penser à Dieu
D’implorer son secours
et de prendre appui en son réconfort;
de me mettre activement à l’aimer,
de découvrir ma vilenie et ma misère,
pour me faire tout petit sous sa main puissante;
de pleurer mes péchés passés, et pour m’en purifier
de supporter patiemment l’adversité;
de souffrir volontiers mon purgatoire ici-bas
d’accueillir avec joie les tribulations;
de suivre l’étroit chemin qui conduit à la vie;
de porter la croix avec le Christ;
d’avoir en mémoire les fins dernières,
d’avoir toujours ma mort devant les yeux,
une mort toujours présente,
pour qu’elle ne me soit pas étrangère.
D’envisager et considérer le feu éternel de l’enfer;
d’implorer mon pardon avant que vienne le Juge,
d’avoir sans cesse à l’esprit la Passion
que le Christ souffrit pour moi.
De le remercier continuellement de ses bienfaits,
de racheter le temps que j’ai perdu,
de m’abstenir de vaines parlotes et de sotte gaîté;
de couper court aux récréation superflues.
De tenir pour rien la perte des biens de ce monde,
des amis, de la liberté et du reste pour gagner le Christ.
De voir en mes plus ennemis, mes plus grands amis.

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6 commentaires leave one →
  1. 22 juin 2010 19 h 26 mi

    Quelle déception que ton jugement sur les Tudors, j’ai adoré cette série, ignare que je suis…

    J'aime

    • 22 juin 2010 21 h 10 mi

      Pour être franc, j’ai bien aimé la série aussi… mais l’image de Thomas More n’est pas juste malgré les réelles qualités de l’acteur. Il est présenté comme un fanatique bruleur de réformés…
      En outre, lui faire prononcer une phrase qu’il n’a pas prononcé et qui n’a entraîné sa condamnation que grâce à un faux témoignage change tout le sens du procès et donc de la vie de mon second patron…

      J'aime

  2. 27 juin 2010 18 h 39 mi

    c’est pas très bien dit (excusez mon langage d’avance…) mais : il a la classe Sir More! 🙂

    J'aime

  3. GChamouton permalink
    19 juillet 2010 14 h 03 mi

    Merci pour ces précisions sur la mort d’un grand saint. Il n’est pas encore de notoriété publique que le pape Jean-Paul II l’a désigné comme saint patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques.
    Je suis convaincu que ces derniers gagneraient beaucoup à réfléchir sur la vie de Saint Thomas More et sur son engagement.

    Saint Thomas More, priez pour nous.

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  4. mekoul israel permalink
    11 octobre 2015 14 h 45 mi

    Je suis heureux de lire tous ces mots sur more.
    Je voudrais vous faire le roman biographique ecrit par moi sur thomas more. Il nest pas encore publie.
    Mekoul israel

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